Le ministre islandais des Affaires étrangères , Össur Skarphéðinsson (à l’extrême gauche), et des représentants de l’UE lors d’une conférence de presse en juillet 2017, annonçant le lancement officiel des négociations sur le processus d’adhésion à l’UE. Photo : Conseil de l’Union européenne.
L’Islande a failli rejoindre l’UE après la grave crise financière de 2008. Face à un système bancaire au bord de l’effondrement et à une économie en récession, Reykjavik a cherché une nouvelle voie pour stabiliser son économie et renforcer son intégration à l’Europe.
En 2009, l’Islande a officiellement déposé sa candidature pour adhérer à l’UE et a entamé les négociations en 2010. Le processus a progressé relativement rapidement, avec 27 des 35 chapitres de négociation ouverts et 11 chapitres provisoirement achevés.
Toutefois, des désaccords concernant le contrôle des ressources halieutiques et un changement de gouvernement suite aux élections de 2013 ont interrompu le processus. Le nouveau gouvernement a choisi de maintenir des liens étroits avec l’UE par le biais de l’Espace économique européen (EEE), mais n’a pas souhaité adhérer à l’Union. En 2015, Reykjavik a demandé à l’UE de ne plus considérer l’Islande comme pays candidat.
Après plus d’une décennie, la question des relations avec l’UE est de nouveau à l’ordre du jour. Si, en 2008, l’intégration était principalement motivée par le besoin de stabilité et de relance économique, les calculs actuels s’étendent au commerce, à la sécurité et au statut stratégique. La hausse du coût de la vie, la volatilité économique, l’impact du conflit en Ukraine , la concurrence géopolitique dans l’Arctique et l’évolution des relations transatlantiques contraignent Reykjavik à repenser sa position entre l’Europe et ses partenaires traditionnels.
La pêche a été l’un des sujets les plus litigieux en Islande lors des négociations d’adhésion à l’UE. (Image : Page d’information sur la pêche en Islande)
La difficulté actuelle réside dans le clivage marqué entre les groupes d’électeurs. Les partisans de la reprise des négociations font valoir que, malgré son intégration étroite à l’UE via l’EEE, l’Islande ne dispose toujours pas d’une voix directe dans le processus décisionnel de l’Union.
Dans cette perspective, un retour à la table des négociations permettrait à l’Islande d’évaluer les conditions concrètes réalisables au lieu de fonder ses décisions sur des préoccupations passées. La ministre des Affaires étrangères, Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, a également affirmé que Reykjavik n’accepterait aucun accord entraînant une perte de contrôle sur les ressources du pays.
À l’inverse, les opposants craignent que la reprise des négociations n’ouvre la voie à l’adhésion de l’Islande à l’UE et ne compromette son autonomie dans des secteurs clés, notamment la pêche.
L’Islande possède une vaste zone économique exclusive, et la pêche y joue un rôle essentiel dans son économie, ses exportations et les moyens de subsistance des communautés côtières. Au-delà d’une simple activité économique, la pêche est profondément ancrée dans l’histoire et l’identité nationales, les Islandais ayant lutté pendant des décennies pour obtenir le contrôle des ressources de leurs eaux.
L’UE applique la politique commune de la pêche (PCP) pour gérer les ressources, déterminer les possibilités de pêche et fixer des quotas pour différents stocks de poissons. Les opposants craignent donc que l’Islande ne maîtrise plus pleinement ses quotas et l’exploitation de ses ressources halieutiques, et qu’elle doive partager les responsabilités de gestion avec d’autres États membres. Ce groupe soutient que l’Islande pourrait accéder au marché européen via l’EEE sans devenir membre de l’UE, tout en conservant la maîtrise de ses ressources halieutiques et de ses propres politiques.
Le clivage est flagrant dans les sondages. Une enquête Gallup a révélé que 54 % des personnes interrogées étaient opposées à l’adhésion de l’Islande à l’UE, tandis que 46 % y étaient favorables. Toutefois, une partie de l’électorat se dit disposée à soutenir la reprise des négociations afin de définir les modalités précises, mais n’est pas encore certaine d’accepter l’adhésion.
Le référendum du 29 août constitue donc avant tout un test de la volonté de l’Islande de s’intégrer plus profondément à l’Europe. Si les électeurs l’approuvent, Reykjavik aura l’occasion de reprendre les négociations et d’aborder les points qui ont bloqué le processus, notamment le contrôle de ses pêcheries. Si le « non » l’emporte, l’Islande conservera très probablement son modèle actuel.
Source : https://hanoimoi.vn/iceland-chia-re-truc-lua-chon-noi-lai-dam-phan-voi-eu-1215904.html