Le FTSE 100 a entamé la semaine en légère baisse, les investisseurs préférant réduire leur exposition avant la publication, jeudi, des premières estimations du produit intérieur brut (PIB) britannique pour le deuxième trimestre 2026. Après quatre semaines consécutives de hausse et des records historiques atteints en juillet, l’indice phare de la Bourse de Londres marque une pause, sur fond de tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et de politique monétaire restrictive au Royaume-Uni.

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par Cyril Jarnias

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Un repli mesuré après une série de records

Lundi 10 août 2026, le FTSE 100 a ouvert en retrait d’environ 0,2 % autour de 10 875 à 10 882 points, effaçant une partie de ses gains récents mais restant très proche de ses sommets. Vendredi 7 août, l’indice avait clôturé à 10 901,09 points, bouclant ainsi une quatrième semaine consécutive de progression et se situant à moins de 1 % de son plus haut absolu, proche de 10 951 points atteint en juillet.

10 979,60

Record intraday historique du FTSE 100 atteint fin juillet, avant de clôturer à 10 897,27 points, à la lisière des 11 000 points.

Le FTSE 250, plus domestique, a lui aussi connu un parcours soutenu. Il a inscrit un nouveau record de clôture à 24 854,86 points le 7 août, avec une hausse hebdomadaire de 3,7 %, avant de céder légèrement du terrain à l’ouverture le 10 août, autour de 24 844 points.

Attentisme avant les chiffres du PIB

La principale source de prudence tient à la publication, jeudi 13 août, des données de PIB pour le deuxième trimestre 2026 et pour le mois de juin par l’Office for National Statistics (ONS). Ces chiffres sont perçus comme l’indicateur clé du mois d’août pour mesurer la capacité de l’économie britannique à résister à des conditions financières plus strictes.

Bon à savoir :

Le consensus prévoit une croissance du PIB de 0,4 % au deuxième trimestre, alignée sur les performances américaines et de la zone euro. Toutefois, les données mensuelles sont contrastées : après un recul de 0,1 % en avril, l’activité n’a progressé que de 0,1 % en mai. Sur trois mois (jusqu’à fin mai), la croissance atteint 0,7 %, portée par les services, qui ont augmenté de 0,3 % en mai.

Pour juin, plusieurs facteurs ponctuels devraient améliorer les indicateurs, en particulier une météo estivale exceptionnellement favorable et une poussée de la consommation liée à la Coupe du monde de football. Les économistes s’interrogent néanmoins sur la durabilité de ces soutiens. La consommation des ménages montre déjà des signes d’essoufflement, ne progressant que de 0,3 % au deuxième trimestre, sur fond de pressions financières persistantes et de hausse des taux hypothécaires.

Attention :

La nouvelle équipe d’Andy Burnham mise sur une croissance solide pour soutenir son discours de relance, mais un PIB plus fort qu’attendu pourrait prolonger la période de taux élevés, la Banque d’Angleterre restant vigilante sur l’inflation.

Marché partagé entre énergie, consommation et valeurs défensives

Sur le plan sectoriel, la séance de lundi a été dominée par des prises de bénéfices sur plusieurs grandes valeurs défensives et de consommation. Des groupes tels que British American Tobacco, Unilever ou Diageo ont pesé sur l’indice, les investisseurs sécurisant une partie de leurs gains après un début d’été porteur et une saison de résultats globalement meilleure que prévu. Des sociétés comme Unilever et Reckitt Benckiser ont d’ailleurs dépassé les attentes du marché ces dernières semaines et relevé leurs perspectives de distribution de dividendes.

Exemple :

Les groupes comme Glencore, Fresnillo ou Antofagasta ont été soutenus par des prix fermes des métaux précieux et du pétrole. Le baril de Brent se négocie autour de 83 dollars, dans un contexte de tensions persistantes dans le détroit d’Ormuz, où les Gardiens de la révolution iraniens ont durci leurs exigences vis-à-vis des États-Unis, douchant les espoirs de réouverture rapide de cette voie maritime stratégique.

La décision de Glencore, fin juillet, de maintenir sa principale cotation à Londres plutôt que de la transférer à New York a également été perçue comme un signal positif pour l’attractivité de la place londonienne. Dans le même temps, le groupe London Stock Exchange (LSEG), opérateur de la Bourse, a relevé ses prévisions annuelles après une forte hausse de ses bénéfices semestriels, renforçant la confiance dans l’écosystème financier britannique.

Un contexte macroéconomique complexe mais des marchés résilients

La consolidation du FTSE 100 intervient alors que le Royaume‑Uni évolue dans un environnement macroéconomique délicat. La fermeture du détroit d’Ormuz depuis février 2026 et les tensions entre Washington et Téhéran alimentent un choc énergétique mondial. Cette situation renchérit les coûts de l’énergie, entretient des pressions inflationnistes et perturbe les chaînes d’approvisionnement.

0,9

Ce chiffre correspond à la croissance du PIB britannique prévue par EY en 2026 si le détroit rouvre avant la fin du troisième trimestre.

Les autres grands organismes dressent un tableau relativement proche, mais avec des nuances. Le Fonds monétaire international a ramené sa prévision de croissance britannique à 0,8 % pour 2026, contre 1,3 % auparavant, soulignant la vulnérabilité du pays aux chocs sur l’approvisionnement énergétique. L’Office for Budget Responsibility (OBR), de son côté, envisage une hausse de 1,1 % du PIB, tout en alertant sur le ralentissement du marché du travail, qui pèse sur la consommation des ménages.

30

Moins de 30 % des revenus des entreprises du FTSE 100 sont générés au Royaume-Uni, soulignant leur forte exposition internationale.

Banques, énergie et défense en première ligne

La composition sectorielle du FTSE 100, très orientée vers les secteurs dits d’« ancienne économie », s’avère particulièrement favorable dans le contexte actuel. Les banques bénéficient d’un environnement de taux élevés, alors que des groupes comme Lloyds Banking Group ou NatWest ont publié chacun 4,3 milliards de livres de bénéfices avant impôts et annoncé d’importantes hausses de dividendes, respectivement de 30 % et 26 %. L’énergie et les mines profitent des cours élevés du pétrole et du gaz, conséquence directe du blocage d’Ormuz, tandis que les entreprises de défense tirent avantage de l’augmentation des budgets militaires européens.

Astuce :

Le secteur pharmaceutique reste soutenu par des opérations stratégiques et un flux régulier de fusions et acquisitions. Toutefois, certains épisodes rappellent sa volatilité inhérente : le 9 juillet, AstraZeneca a subi une chute de 9,2 % en une séance après l’échec clinique d’un traitement cardiaque, un revers qui n’a pas remis en cause la valorisation globale du secteur.

Sur le plan des valorisations, le FTSE 100 se traite sur des multiples jugés attractifs par rapport aux grands indices internationaux. Son ratio cours/bénéfice tourne autour de 14 fois, contre près de 22 fois pour le S&P 500 américain. Par ailleurs, le rendement moyen des dividendes avoisine 3,5 %, un niveau parmi les plus élevés du G7, qui attire des flux de capitaux internationaux en quête de rendement défensif.

Politique monétaire prudente et inflation sous surveillance

La Banque d’Angleterre se trouve au cœur des préoccupations des marchés. Lors de sa réunion du 30 juillet, le Comité de politique monétaire a décidé, pour la cinquième fois consécutive, de maintenir son taux directeur à 3,75 %, par six voix contre trois. Les membres dissidents, dont Huw Pill, Megan Greene et Catherine Mann, plaidaient pour un relèvement de 25 points de base, invoquant les risques d’inflation liés aux tensions énergétiques au Moyen‑Orient.

Même si l’inflation a ralenti plus vite qu’attendu au printemps, la volatilité des prix de l’énergie justifie le maintien d’une politique restrictive afin d’éviter des effets de second tour sur les salaires. L’indice des prix à la consommation a ralenti à 2,6 % sur un an en juin, après 2,8 % en mai, une évolution meilleure que le consensus (2,7 %). Les données sur l’emploi restent relativement solides, avec un taux de chômage de 4,9 % et 148 000 créations de postes sur la dernière période connue, même si l’OBR rappelle que le marché du travail montre des signes de ralentissement.

Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre

Les analystes de marché anticipent désormais que la Banque d’Angleterre maintiendra son taux directeur à 3,75 % jusqu’à la fin de l’année 2026, les baisses significatives étant repoussées à 2027. Dans ce cadre, un chiffre de PIB supérieur aux attentes jeudi pourrait conforter l’institution dans sa stratégie de statu quo prolongé, tandis qu’un indicateur décevant relancerait les spéculations sur un assouplissement plus rapide.

Volume en retrait et regard tourné vers les États‑Unis

La prudence des investisseurs se manifeste également dans les volumes d’échanges. Lundi matin, l’activité sur le marché londonien est restée modérée, la publication de l’indice des prix à la consommation américain, prévue mercredi 12 août, constituant un autre catalyseur majeur pour les opérateurs. L’inflation aux États‑Unis donnera des indications cruciales sur la trajectoire de la Réserve fédérale, et donc sur l’orientation globale des marchés mondiaux.

Bon à savoir :

Les prochains jours seront décisifs pour la Bourse de Londres, entre les chiffres de croissance britannique et l’inflation américaine. Le FTSE 100 est porté par des résultats solides, des valorisations attractives et une exposition internationale, mais reste vulnérable aux chocs énergétiques et aux décisions de politique monétaire.