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Un toit plat, une gouttière encombrée de mousse et de résidus, le genre d’endroit qu’on préfère ignorer jusqu’au jour où l’eau déborde. C’est pourtant là, dans la boue accumulée de gouttières parisiennes, berlinoises et osloïtes, que des chercheurs ont mis la main sur des grains qui ne ressemblent à rien de ce que notre planète produit. Ces particules, larges de quelques dixièmes de millimètre à peine, viennent de l’espace. Et certaines d’entre elles portent la signature chimique d’un astéroïde que personne n’a jamais croisé auparavant.

À retenir

  • Des grains cosmiques jamais répertoriés ont été extraits de simples gouttières urbaines
  • La composition chimique de ces particules ne correspond à aucune météorite connue sur Terre
  • Cinq mille tonnes de poussière d’étoiles tombent sur notre planète chaque année, mais seules les gouttières les gardent fraîches

Sommaire

  1. Une trouvaille improbable dans les gouttières de trois villes européennes
  2. Des grains venus d’un astéroïde que personne n’a jamais croisé
  3. Cinq mille tonnes de poussière d’étoiles tombent sur Terre chaque année

Une trouvaille improbable dans les gouttières de trois villes européennes

L’histoire commence avec un musicien de jazz norvégien plus curieux que la moyenne. Un musicien de jazz norvégien a révolutionné la science en trouvant ces fragments d’astéroïdes et de comètes sur les toits urbains, bouleversant la conviction scientifique dominante. Jon Larsen, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a fini par convaincre un planétologue de l’Imperial College de Londres, Matthew Genge, de regarder de plus près ses trouvailles.

Le résultat de cette collaboration a de quoi surprendre. Des chercheurs ont pu trouver des micrométéorites sur des toits dans trois villes européennes, dont Paris, Oslo (Norvège) et Berlin (Allemagne). Le tri n’a rien eu d’anecdotique : quelque 500 grains de poussière cosmique ont été retrouvés dans plus de 300 kg de dépôts de gouttières ratissés au sein des trois villes européennes explorées. Trois cents kilos de boue de toiture pour extraire l’équivalent d’une poignée de grains de sable venus d’ailleurs. La méthode, elle, tient presque du bricolage : Larsen récoltait les dépôts accumulés dans les gouttières ouvertes, les tamisait, puis utilisait un aimant pour extraire les particules du résidu restant.

La communauté scientifique n’y croyait pas vraiment au départ. C’est plutôt une surprise, comme le soulignent les auteurs de l’étude publiée dans la revue Geology. On pensait alors que la pollution urbaine, le trafic automobile et l’usure des bâtiments auraient depuis longtemps noyé ces poussières cosmiques sous des tonnes de particules terrestres. Erreur. Les grains ont non seulement survécu au trajet dans nos gouttières, ils se sont même révélés différents de tout ce qu’on connaissait jusque-là. Les grains retrouvés dans nos villes sont un peu plus gros (0,3 mm) que ceux d’Antarctique (0,01 mm) et arborent aussi moins de cristaux en forme de plume. Comme ils sont tombés au cours des six dernières années, ils constituent à cet égard la collection des plus jeunes micrométéorites connues sur Terre à ce jour. Une trouvaille jugée suffisamment importante pour figurer, l’année de sa publication, parmi les avancées scientifiques les plus marquantes selon Discovery Magazine.

Des grains venus d’un astéroïde que personne n’a jamais croisé

Voilà pour la découverte initiale. Mais des travaux plus récents sont allés encore plus loin, en s’appuyant à la fois sur les glaces polaires et sur ces mêmes collectes urbaines. Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé dix de ces particules, collectées aussi bien dans les glaces de l’Antarctique que sur des toits urbains. Leur composition chimique ne correspondait à aucune famille de météorites déjà répertoriée sur Terre.

Pour comprendre d’où viennent ces intrus, l’équipe a reconstitué leur trajectoire à travers l’atmosphère. Les simulations indiquent que ces poussières sont arrivées entre 14 et 17 kilomètres par seconde, une vitesse compatible avec une origine au sein d’un astéroïde géocroiseur évoluant sur une orbite relativement excentrique. un corps rocheux qui croise parfois la trajectoire de la Terre, sans qu’aucun fragment assez massif de cet astéroïde n’ait jamais été retrouvé sous forme de météorite classique. Seule sa poussière, minuscule et discrète, parvient jusqu’à nous.

Selon les auteurs, ces poussières proviendraient probablement d’un corps parent encore inconnu, proche des très rares chondrites carbonées de type CY, mais suffisamment différent pour représenter un type de météorite qui n’a encore jamais été retrouvé sur Terre. Un objet cosmique connu uniquement par ses retombées microscopiques, jamais par lui-même. C’est un peu comme deviner l’existence d’un animal rien qu’à l’odeur qu’il laisse derrière lui, sans jamais l’avoir aperçu. En étudiant ce nouveau type de micrométéorites, les chercheurs ont ainsi mis en évidence la signature d’un corps parent jusqu’ici inconnu, probablement un astéroïde primitif.

Cinq mille tonnes de poussière d’étoiles tombent sur Terre chaque année

Ce genre de découverte n’a rien d’un hasard isolé. Le fond des océans, les calottes glaciaires et, on le sait désormais, les gouttières de nos immeubles fonctionnent comme un immense système de collecte de poussière d’étoile. Les estimations les plus rigoureuses, obtenues après près de deux décennies de collecte dans la neige ultra-propre du Dôme C, en Antarctique centrale, situent l’apport annuel autour de 5 000 tonnes de matière extraterrestre. Une bonne partie finit dans les océans, qui recouvrent 70 % de la surface du globe. Le reste se dépose partout ailleurs, sur les champs, les parkings et, donc, les toitures.

Ce qui rend les gouttières si précieuses aux yeux des chercheurs, c’est leur fraîcheur. Les collections antarctiques et sous-marines sont difficiles d’accès et contiennent des particules d’âge varié, souvent considérable, tandis que les particules récoltées sur les toits sont récentes et leur chute peut être datée assez précisément, ce qui en fait un échantillon de référence moderne. Un détail loin d’être anodin : cela permet de vérifier si la pluie cosmique qui tombe aujourd’hui ressemble à celle d’il y a des millénaires, ou si elle a changé de nature. Or la proportion des différents types de sphérules dans l’échantillon urbain moderne ne correspondait pas à la moyenne observée dans les dépôts plus anciens, ce qui laisse penser que le flux de poussière cosmique n’a pas été constant à l’échelle géologique récente.

La prochaine fois que vous grimperez à l’échelle pour dégager des feuilles mortes, la boue noirâtre au fond de votre gouttière contient peut-être, statistiquement, quelques grains venus d’un astéroïde jamais identifié. Rien ne le distingue à l’œil nu d’un simple résidu de pollution urbaine : il faut un aimant, un tamis fin et beaucoup de patience pour l’isoler. Les scientifiques amateurs qui s’y essaient chez eux, en suivant les méthodes popularisées par Project Stardust, savent qu’ils ont infiniment plus de chances de trouver de la limaille de chéneau ou des résidus de peinture que le moindre fragment cosmique. Mais la probabilité, aussi faible soit-elle, n’est jamais nulle.