Il avait été écarté de la tête de la Cour suprême hongroise après s’être opposé à Viktor Orbán. Le voilà désormais président, élu mardi par le nouveau Parlement. Les députés espèrent faire du passé judiciaire d’Andras Baka un gage de crédibilité pour le rétablissement de l’Etat de droit.

Ils ont élu cet ancien président de la Cour suprême avec 140 voix pour, six contre et aucune abstention. Le parti au pouvoir Tisza dispose d’une majorité des deux tiers au Parlement depuis les élections législatives d’avril. Agé de 73 ans, Andras Baka est « digne d’incarner l’unité de la Nation », avait déclaré auparavant le Premier ministre pro-européen Péter Magyar sur Facebook, saluant une vie « d’engagement envers l’Etat de droit ».

Un symbole face à Orban

Le choix de cette figure aux fonctions essentiellement protocolaires constitue un hommage à celui qui avait « dit non » à Viktor Orbán, Premier ministre de 2010 à 2026. Andras Baka avait été évincé en 2012 de la présidence de la Cour suprême après avoir dénoncé comme une purge déguisée l’abaissement de l’âge de départ à la retraite des juges. Quatre ans plus tard, la Cour européenne des droits humains avait reconnu le caractère politique de son limogeage.

« Il était allé jusqu’au bout pour démontrer que ce qui lui était arrivé était contraire au droit européen », souligne l’analyste Bulcsu Zsiga, du Centre pour l’analyse politique équitable. Son retour au sommet de l’Etat constitue donc, selon lui, un signal adressé aux partenaires européens de la Hongrie et une « garantie que le rétablissement de la démocratie libérale se déroulera selon une trajectoire clairement définie ». Elu député en 1990 sur la liste du parti conservateur MDF, Andras Baka avait également été juge à la CEDH de 1991 à 2008.

Une rupture avec l’ancien système

Péter Magyar avait initialement proposé la présidence à la championne d’échecs Judit Polgar, qui avait décliné. Tisza avait ensuite choisi Andras Baka parmi trois candidats lors d’un vote à bulletins secrets. Le Fidesz de Viktor Orbán avait annoncé qu’il boycotterait le scrutin, qu’il juge « illégitime ». Le parti dénonce le raccourcissement du mandat du précédent président, Tamás Sulyok, par la nouvelle majorité parlementaire le mois dernier.

Des ONG de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, avaient également critiqué cette éviction, qu’elles jugeaient comparable aux méthodes utilisées par Viktor Orbán pour remodeler les institutions. Andras Baka avait lui-même estimé auprès de l’AFP le mois dernier que cette destitution n’aurait pas dû avoir lieu « dans un pays régi par l’Etat de droit », jugeant que la Hongrie était devenue « un Etat captif sous Orban ».

Selon Péter Magyar, le nouveau président ne devrait toutefois exercer qu’une partie de son mandat, jusqu’à l’achèvement de la réécriture de la Constitution, qui doit durer entre un an et un an et demi. Le Premier ministre promet d’ouvrir les consultations dès le mois prochain.