Posted On 12 août 2026
Le dernier conseil municipal examinait une convention en apparence anodine entre la Ville de Grenoble et la Direction des Services de l’Éducation Nationale de l’Isère, relative au déploiement de l’espace numérique de travail dans les écoles publiques et à la sécurisation juridique des données personnelles des élèves. Un texte technique, presque administratif. Mais Brigitte Boer (Réconcilier Grenoble) a saisi l’occasion pour rouvrir un dossier vieux de 10 ans que la majorité municipale préfère visiblement voir dormir : le basculement forcé des écoles grenobloises sous Linux.
UNE DÉCISION IDÉOLOGIQUE ACTÉE SANS CONSULTATION
Remontons en juin 2015. La mairie décide alors de remplacer Windows par Linux dans l’ensemble des écoles publiques de la ville. Une décision présentée comme une avancée par les Verts/LFI (le logiciel libre contre les GAFA…). Sauf que ce n’est « pas une décision technique née d’un besoin des écoles », rappelle Brigitte Boer, mais « un engagement idéologique appliqué sans consultation ». Ni les enseignants, ni les familles, ni les enfants n’ont été associés à ce choix, imposé d’en haut sans la moindre évaluation transparente de ses conséquences.
Brigitte Boer, élue du groupe d’opposition Réconcilier Grenoble, lors du dernier conseil municipal.
DES ENSEIGNANTS LAISSÉS SEULS FACE AU CHANGEMENT
Sur le terrain, le réel a immédiatement démenti la théorie. « À l’époque, de nombreux enseignants s’en plaignaient », relève Brigitte Boer, qui note que certains « allaient même jusqu’à apporter un ordinateur personnel de chez eux par commodité ». Un aveu révélateur : pour continuer à travailler normalement, le personnel enseignant a dû contourner l’outil que la mairie venait précisément de lui imposer. Le plan de formation, condition première de la réussite d’un tel virage, n’a manifestement jamais suivi à la hauteur des besoins.
UNE RUPTURE AVEC LES USAGES RÉELS DES FAMILLES
Microsoft ne proposant pas de version scolaire spécifique, les ordinateurs familiaux tournent, eux, sur les mêmes environnements que ceux du monde professionnel. Les élèves ayant la chance d’avoir un ordinateur à la maison s’y habituaient donc naturellement dès l’enfance. En imposant Linux à l’école, la municipalité a créé une rupture artificielle avec ces usages réels, compliquant le travail à domicile de milliers de familles grenobloises. Voilà le résultat concret d’une idéologie qui préfère la pureté doctrinale à la vie quotidienne des gens.
DES LOGICIELS PÉDAGOGIQUES SACRIFIÉS SUR L’AUTEL DU DOGME
Cerise sur le gâteau : nombre de logiciels pédagogiques utilisés en classe sont achetés par les coopératives scolaires, voire directement par les enseignants sur leurs propres deniers. Avant tout déploiement, il aurait fallu vérifier leur compatibilité avec Linux. « Et ce n’était souvent pas le cas ! », insiste Brigitte Boer. De l’argent public et privé englouti pour des outils devenus inutilisables du jour au lendemain, sans que la mairie ne s’en émeuve outre mesure.
DIX ANS DE SILENCE : AUCUNE ÉVALUATION INDÉPENDANTE
Depuis dix ans, ce choix structurant n’a jamais fait l’objet d’une évaluation indépendante présentée en conseil municipal. Pas de bilan des incidents techniques par école et par an, pas de taux de satisfaction des enseignants mesuré par une enquête formelle, pas de liste des logiciels pédagogiques rendus inaccessibles. Un bilan sera-t-il un jour disponible ? La question, posée par Brigitte Boer en conseil, résonne comme un aveu silencieux : la majorité préfère l’opacité à l’examen des résultats de sa propre politique.
À Grenoble, pendant que les élus se félicitent d’avoir installé des logiciels libres dans les classes, de nombreuses écoles sont occupées par des familles sans abri.
LA MAIRIE S’AFFRANCHIT DE SA PROPRE DOCTRINE
Le plus savoureux reste à venir. Sous la mandature de Laurence Ruffin, les ordinateurs des élus municipaux ont été changés : exit Microsoft Office, place à OpenOffice. Le même remède prescrit sans ménagement aux écoles depuis dix ans s’applique désormais à l’hôtel de ville lui-même. Sauf que cette fois, ce sont les décideurs qui goûtent à leur propre potion. On aurait pu croire à une cohérence enfin retrouvée. C’était sans compter sur la capacité de la majorité à se contredire elle-même.
L’ÉCONOMIE FICTIVE DE LA BASCULE OPENOFFICE
Car dans le même temps, le courrier électronique et les agendas des services municipaux continuent de fonctionner sous Outlook, composante de la suite Microsoft 365. Autrement dit, la Ville paie déjà des licences Microsoft pour la messagerie – un abonnement qui inclut de facto Word, Excel et PowerPoint. Priver les élus de ces outils ne représente donc aucune économie réelle. C’est, selon les mots mêmes de Brigitte Boer, « une économie fictive » qui ne traduit rien d’autre qu’« un désir d’imposer par idéologie un logiciel libre ».
LFI FAIT SON SKETCH HABITUEL POUR ÉVITER LE DÉBAT
Face à ces questions précises et documentées, la majorité aurait pu répondre sur le fond : formation, compatibilité logicielle, suivi technique. Elle a botté en touche tandis que le groupe LFI a préféré un tout autre registre, servant en séance leur habituelle antienne sur l’impérialisme américain et la toute-puissance des GAFA. Une pirouette commode qui permet d’éviter le débat sur les usages des écoles pour se draper dans une posture idéologique gratuite. Pendant ce temps, les enseignants continuent de composer avec des outils qu’on ne leur a jamais appris à maîtriser.
L’ÉCOLE AUSSI SACRIFIÉE À L’IDÉOLOGIE
De Piolle à Ruffin, le même réflexe prévaut inlassablement : décider dans l’entre-soi avec une motivation uniquement idéologique, imposer sans consulter, et ne jamais rendre de comptes sur les résultats. Le logiciel libre est resté un totem municipal, brandi comme un gage de vertu, quand l’évaluation sérieuse, elle, n’a jamais eu lieu. Dix ans après, ce sont toujours les enseignants, les familles et les enfants grenoblois qui rament, dans l’indifférence générale, face à un dogmatisme intact.