l’essentiel
Un arrêté publié le 28 juillet ouvre pour la première fois en France la voie à l’homologation de robots autonomes capables de transporter jusqu’à une tonne de marchandises. Ces véhicules électriques circuleront sur la chaussée, sous supervision humaine et sur des itinéraires autorisés par les collectivités. Une étape réglementaire décisive pour la logistique du dernier kilomètre.
On le sait, le dernier kilomètre de la livraison reste le plus sensible, le plus coûteux et parfois un casse-tête. Et si cette partie était opérée par des robots-livreurs ? Cette possibilité n’est plus de la science-fiction, elle existe déjà en Chine et dans d’autres pays. Elle peut désormais se déployer en France puisque notre pays est le premier pays européen à autoriser les robots de livraison autonomes.
Des robots sur la chaussée, pas sur les trottoirs
Le verrou était moins technologique que réglementaire. Un arrêté du 28 juillet derniermodifiant les règles relatives à la réception des véhicules de catégorie L permet désormais l’homologation de petits robots de livraison routiers autonomes. Jusqu’ici dépourvus de cadre spécifique, ils rejoignent donc une catégorie qui comprend notamment les tricycles et quadricycles à moteur. Avec une différence fondamentale : ils transportent des marchandises sans présence humaine à bord.
Il ne faut cependant pas imaginer de petits engins roulant au milieu des piétons. Le choix français est différent de celui retenu dans certains pays : ces robots circuleront sur la chaussée et non sur les trottoirs. Selon leur catégorie, ils pourront atteindre quatre mètres de longueur, deux mètres de largeur et 2,5 mètres de hauteur. Leur charge utile pourra aller jusqu’à 1 000 kg et ils seront capables d’assurer des livraisons sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Autonomes mais supervisés à distance par un humain
Pour se déplacer, ces véhicules associent caméras, lidars, radars et logiciels embarqués, éventuellement dotés d’intelligence artificielle. Ils analysent leur environnement, détectent les obstacles et commandent les différents actionneurs du véhicule pour évoluer de manière autonome sur une zone ou un parcours prédéfini. Autonomes ne signifie pourtant pas livrés à eux-mêmes. Leur circulation devra rester supervisée à distance par un opérateur capable de suivre leur progression et leurs éventuelles difficultés.
La sécurité constitue d’ailleurs l’un des piliers du dispositif. Comme les autres véhicules automatisés homologués, ces robots devront respecter les réglementations applicables en matière de cybersécurité et de protection des données personnelles. Et leur homologation nationale ne leur donnera pas un droit automatique à circuler partout. Les collectivités territoriales conserveront la maîtrise du terrain en définissant les zones ou les itinéraires sur lesquels leur circulation sera autorisée.
L’aboutissement de nombreuses expérimentations
La décision française marque ainsi le passage d’une logique d’expérimentation à celle d’un possible déploiement industriel. La France travaille depuis plusieurs années sur les mobilités automatisées. Une stratégie nationale a été engagée en 2018 et plus de deux cents expérimentations de véhicules autonomes, toutes technologies confondues, ont été conduites en France depuis 2015. Montpellier avait notamment accueilli dès 2019 des expérimentations concernant la livraison autonome.
Le calendrier n’implique donc pas l’arrivée immédiate de flottes de robots dans toutes les villes françaises. Les constructeurs doivent d’abord faire homologuer leurs véhicules. Les collectivités devront ensuite déterminer où ils pourront circuler. Puis viendra l’épreuve essentielle : celle de leur intégration dans une circulation réelle, au contact des voitures, vélos et autres usagers de la chaussée.
La France intervient alors que les travaux internationaux et européens destinés à établir un cadre commun pour l’homologation de ces engins sont encore en cours. Le gouvernement a choisi de créer un cadre national sans attendre leur aboutissement. Il estime que ces véhicules pourraient rendre la logistique urbaine plus propre, plus silencieuse et plus efficace, notamment grâce à leur motorisation électrique.
Robots ou drones ?
Cette évolution confirme surtout le changement d’échelle observé dans la livraison autonome. Le dernier kilomètre est devenu un terrain d’industrialisation pour les robots de trottoir, véhicules autonomes légers et drones. Aux États-Unis, plusieurs acteurs combinent déjà livreurs humains, robots et véhicules autonomes. En Chine, les robots terrestres sont intégrés à des chaînes logistiques beaucoup plus largement automatisées.
L’Europe avançait jusqu’ici plus prudemment, freinée par le partage de l’espace public, la responsabilité juridique, la sécurité ou l’acceptabilité sociale. Le nouveau cadre français ne supprime aucune de ces questions mais permet simplement de commencer à y répondre avec des véhicules homologués plutôt qu’avec de seules expérimentations.
Reste enfin une interrogation : ces robots remplaceront-ils les livreurs ? L’expérience internationale montre plutôt, pour l’instant, une combinaison des modes de livraison selon la distance, le poids du colis ou la complexité du trajet. Le robot pourrait ainsi prendre en charge les parcours répétitifs et prévisibles, tandis que l’humain conserverait les situations les plus complexes.