À l’occasion du sommet de l’OTAN qui s’est déroulé à Ankara au début du mois de juillet, Donald Trump avait laissé entendre que Washington pourrait transmettre à Kiev les plans nécessaires à la fabrication des missiles Patriot. « Nous allons vous accorder une licence pour fabriquer des Patriot », avait-il notamment déclaré. Mais le président américain a finalement fait marche arrière. Lors d’une réunion à Camp David, il a estimé qu’il s’agissait d’une décision particulièrement délicate.
« C’est une décision difficile que de céder ce genre de technologie… Ceux à qui vous confiez cette technologie peuvent un jour se retourner contre vous », a-t-il fait part selon les informations du Telegraph. Si ces missiles américains se retrouvent au cœur du débat, c’est principalement à cause de leur radar fabriqué par Boeing en Alabama. Sa technologie est si avancée que Washington en limite l’exportation, même avec certains de ses alliés.
PAC-3 Ka-Band Active Radar Seeker : une technologie précieuse
Baptisé PAC-3 Ka-Band Active Radar Seeker, cet autodirecteur radar actif en bande Ka est installé à l’avant du missile. Il permet à l’intercepteur de repérer sa cible dans la dernière phase de son vol et de la guider jusqu’à une collision directe. Le dispositif est logé dans la pointe du missile, qui mesure environ 25 centimètres de diamètre. Le radar lui-même ferait environ 20 centimètres de large.
Cette technologie est particulièrement importante pour l’Ukraine, qui utilise les Patriot pour se protéger contre les missiles russes les plus difficiles à intercepter. Selon The Telegraph, Kiev se prépare notamment à une nouvelle campagne hivernale de frappes contre ses villes et ses infrastructures énergétiques, alors que ses stocks de missiles diminuent.
Volodymyr Zelensky aurait demandé 300 intercepteurs pour faire face à cette menace. « Chaque lot de missiles antibalistiques sauve la vie de nos concitoyens. Et chaque nuit où nous en manquons se solde par des pertes humaines », a déclaré le président ukrainien.
Pourquoi Washington refuse de transmettre cette technologie ?
Les États-Unis contrôlent de façon stricte les plans et les technologies nécessaires à leur fabrication. Même si Kiev avait obtenu une licence américaine, la production n’aurait pas pu commencer immédiatement. Pour l’heure, seuls l’Allemagne et le Japon disposent d’une licence pour produire leurs propres exemplaires et Tokyo n’a d’ailleurs pas été autorisé à fabriquer le radar actif.
La mise en place d’une production ukrainienne aurait pu prendre plusieurs années, d’autant plus que cela nécessiterait de créer une nouvelle chaîne de fournisseurs et de certifier les entreprises impliquées. En parallèle, Washington veut s’assurer que les plans, logiciels et technologies transmis ne puissent pas tomber entre les mains de la Russie.
« Je pense qu’il existe une crainte : si nous fournissons cette technologie à l’Ukraine, elle pourrait, d’une manière ou d’une autre, finir entre les mains de la Russie », estime Phil Breedlove, ancien commandant suprême des forces alliées en Europe, auprès de nos confrères britanniques.
La solution envisagée par les experts serait alors de produire les missiles en Allemagne, qui dispose donc de la licence américaine, ou dans un autre pays européen. Là encore, cette option prendrait tout de même du temps puisque Berlin n’a toujours pas achevé sa nouvelle usine destinée à produire des missiles Patriot.