Non contente de multiplier les cargaisons de brut russe, l’Inde fournit maintenant Moscou en pétrole raffiné. Voilà des mois que les sanctions européennes et américaines pleuvent sur les pays osant acheter du brut russe, généreusement livré par la flotte noire de Moscou, des navires pétroliers fantômes aux ventres rongés par le sel qui traversent les océans au mépris des règles internationales.
Parmi les acheteurs, l’Inde figure en bonne place. Le pays de Narendra Modi aurait connu en juillet son plus haut niveau d’importations de brut russe jamais enregistré (Centre for Research on Energy and Clean Air – CREA). Un total quotidien de 2,5 millions de barils de brut en moyenne sur le mois, selon les données de Kpler (The Times of India).
Les raffineries russes en berne
Il semble désormais que New Delhi rende la faveur à Moscou, en lui livrant des quantités importantes d’essence, issue du pétrole raffiné, note Bloomberg. Le premier chargement a été réceptionné le 5 août et d’autres pourraient suivre, selon Kpler. Et la Russie en a grand besoin ! EA Analytics estime que le rythme de transformation du pétrole brut en Russie s’établissait à 3,6 millions de barils de raffiné par jour en juillet… soit environ un tiers sous la normale saisonnière, et son niveau le plus bas depuis mai 2002 (The Moscow Times).
La faute incombe à Kiev, qui depuis des mois pilonne les raffineries et dépôts de pétrole russe pour ralentir l’économie de guerre ennemie. Ainsi, Reuters a recensé 16 raffineries russes attaquées par des drones ukrainiens entre janvier et mai, certaines à plusieurs reprises.
C’est deux fois plus que sur la même période de 2025. Les attaques ont mis hors service environ 700 000 barils/jour de capacité de raffinage. Au total, 35 unités de distillation primaire, représentant 2,85 millions de barils par jour de capacité, ont été contraintes à l’arrêt depuis janvier en raison des attaques ou de leurs conséquences. En mars et avril, la capacité affectée a même approché ou dépassé 1 million de barils par jour.
Nayara Energy : du brut russe, de l’essence indienne
Le carburant provient notamment de la société indienne Nayara Energy Ltd, raffinerie détenue à 49% par Rosneft, le géant pétrolier russe. Depuis que les sanctions européennes ont compliqué les relations commerciales de Nayara, la raffinerie fonctionne essentiellement avec du brut russe. En décembre 2025, par exemple, Nayara aurait acheté environ 371 000 barils/jour de pétrole russe, et ce depuis cinq mois consécutifs. Ses fournisseurs irakien et saoudien avaient cessé de lui livrer du brut.
La raffinerie de Vadinar, détenue par Nayara sur la côte ouest de l’Inde, raffine désormais quelque 400 000 barils par jour. Une première cargaison de 42 000 tonnes d’essence y a été chargée le 18 juin par le pétrolier russe Cyclone, anciennement Agni, selon les données de suivi maritime compilées par Bloomberg.
Le carburant a ensuite été transbordé sur le Garnet, sous pavillon omanais, dans le port égyptien de Damiette, le 6 juillet, avant que le navire ne rejoigne la Russie au début du mois d’août. D’autres livraisons pourraient suivre : le Varg a chargé près de 40 000 tonnes d’essence à Vadinar le 6 juillet et aurait, selon Kpler, probablement effectué à son tour un transfert de navire à navire à Damiette à la fin du mois.