Gianni Infantino plus menacé que jamais à la tête de la Fifa. Alors qu’il semblait intouchable après la « réussite historique » du Mondial 2026, selon ses mots, le patron du football international est en pleine tempête depuis deux semaines après avoir tenté d’ouvrir l’instance qu’il dirige à des investisseurs privés. Un projet rapidement avorté après l’opposition ferme de trois confédérations, la puissante UEFA européenne en tête. Depuis, la colère n’est pas retombée et se transforme peu à peu en une ferme contestation de l’actuel numéro 1 du football mondial.
Les instances européenne, nord-américaine et asiatique sont toujours vent debout contre Gianni Infantino : elles ont notamment rappelé que le football « n’appartient à aucun individu », dans une lettre ouverte rendue publique lundi. « Il y a du silence là où il devrait y avoir des responsabilités, de la distance là où il devrait y avoir de la transparence. Ce ne sont pas les qualités que le football mérite de trouver dans son leadership », ont aussi taclé les trois confédérations.
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Pour autant, le président de la Fifa « a de bonnes chances de passer l’été, à moins que la situation ne s’envenime avec le front commun UEFA-Concacaf-AFC », estime Kévin Veyssière, fondateur du média FC Geopolitics. Selon lui, Gianni Infantino bénéficie d’appuis malgré sa fragilité actuelle : « Il a réussi à avoir le soutien des confédérations africaine (CAF) et sud-américaine (Conmebol), on voit aussi que le Mexique s’est désolidarisé de la Concacaf, et enfin le numéro 2 de la Fifa – Mattias Grafström, qui l’avait critiqué en interne dans un premier temps – s’est finalement rangé derrière lui. »
Sans oublier le soutien appuyé du président américain Donald Trump, qui a estimé que « la Fifa commettrait une terrible erreur si, pour quelque raison que ce soit, elle envisageait ne serait-ce qu’un instant de remplacer son président Gianni Infantino ». Voilà pour le rapport de force du moment, alors que la prochaine élection du président du football mondial doit avoir lieu le 18 mars 2027.
Infantino « fragilisé » et boycott européen des compétitions de la Fifa
« Gianni Infantino est fragilisé, mais il essaie de faire le dos rond avant d’enclencher la séquence de sa réélection », analyse Kévin Veyssière. Silencieux durant les premières turbulences après la fuite dans la presse de son projet controversé, le président de la Fifa a repris ces derniers jours une activité visible de dirigeant de l’instance du football mondial. Présent au Maroc pour une réunion de crise, il en a profité, mercredi 5 août, pour faire un passage dans les tribunes du stade Al Medina de Rabat à l’occasion du match de CAN féminine entre le Malawi et la Zambie. Deux jours plus tard, il était en Colombie – accueilli par Alejandro Dominguez, le président de la Conmebol – pour assister à l’investiture du nouveau président d’extrême droite Abelardo de la Espriella.
Deux déplacements dans des pays qui soutiennent l’actuel président de la Fifa, dont la démission semble pour le moment peu probable, selon le journal L’Équipe. Le quotidien sportif affirme que la pression exercée par les trois confédérations opposées à Gianni Infantino aurait avant tout pour but « d’aboutir à un retrait de (s)a candidature » à la prochaine élection à la tête de l’instance. D’autant que le poids du trio UEFA-Concacaf-AFC pèse lourd dans le scrutin, les trois confédérations rassemblant environ les deux tiers (136) des 211 associations membres de la Fifa.
Et comme une association membre équivaut à un vote lors de l’élection, une action commune du trio, telle qu’une candidature dissidente, serait largement de nature à entraver la réélection de Gianni Infantino. Un coup dur pour un président qui semblait encore intouchable à la fin de la dernière Coupe du monde. « Gianni Infantino a péché par orgueil avec son projet d’ouvrir la Fifa aux investissements privés, ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », explique Kévin Veyssière, qui rappelle qu’il sortait pourtant d’un Mondial « globalement réussi en termes d’audience, de remplissage des stades, de spectacle et surtout en termes économiques – avec un montant record de 15 milliards de dollars. »
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Ce coup de chaud sur le football mondial ne semble encore qu’à ses prémices, et peu de noms sortent du chapeau pour venir concurrencer Gianni Infantino à la prochaine élection – même si le nom du Canadien Victor Montagliani, vice-président de la Fifa depuis dix ans, revient souvent parmi les potentiels candidats, selon L’Équipe. Le patron de l’UEFA, Aleksander Ceferin, joue, lui, un trouble jeu : alors qu’il a officiellement fermement exclu de briguer la présidence de la Fifa, son comportement des dernières semaines semble démontrer le contraire. À moins qu’il ne souhaite soutenir un proche pour ce poste – en l’occurrence Nasser al-Khelaïfi, président du PSG.
D’ici ce scrutin, le « front anti-Infantino » dispose encore d’options pour accentuer la pression, à commencer par le boycott des compétitions organisées sous l’égide de l’instance mondiale. L’UEFA a menacé de recourir à ce procédé à plusieurs reprises ces dernières semaines. Si les paroles venaient à être suivies d’effets, la première victime de ce bras de fer pourrait être le Mondial U20 féminin, qui doit se dérouler en septembre en Pologne. La compétition se disputerait sans les nations européennes.
Mais il existe encore une voie où la tension retomberait ces prochaines semaines, notamment si la menace de boycott n’est finalement pas mise en œuvre. Le président de la Fifa pourra alors encore s’envisager un avenir dans le football mondial, comme le conclut Kévin Veyssière : « Si ça en reste à la lettre d’intention, Gianni Infantino pourra préparer sa réélection tranquillement et essayer de convaincre de nouveau les fédérations qui ont été déçues par son comportement durant cette séquence estivale. »