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Chaque nuit d’août, en levant les yeux vers Persée, on assiste en réalité au sacrifice d’une comète deux fois plus grosse que l’astéroïde qui a rayé les dinosaures de la carte. Swift-Tuttle est un grand corps céleste dont le noyau mesure 26 kilomètres de large, presque deux fois la taille de l’objet supposé avoir causé la disparition des dinosaures. Les grains qui se consument dans notre atmosphère ne sont pas des poussières anonymes égarées dans le vide : ce sont les résidus d’un des plus gros objets qui croisent régulièrement la trajectoire de la Terre.
109P/Swift-Tuttle est la plus grande comète périodique connue à croiser régulièrement l’orbite terrestre. Elle a été repérée pour la première fois en 1862, presque simultanément par deux astronomes américains qui ne se connaissaient pas. L’astronome américain Lewis Swift l’observa le 16 juillet 1862, et son compatriote Horace Parnell Tuttle l’observa le 19 juillet 1862, ce qui lui valut d’être baptisée du nom des deux découvreurs. Trois ans plus tard, un troisième nom entre dans l’histoire : celui de l’Italien Giovanni Schiaparelli, qui établit le lien entre cette comète et la pluie d’étoiles filantes observée chaque été. C’est Giovanni Schiaparelli qui réalisa en 1865 que cette comète était à l’origine des Perséides. Avant lui, personne n’imaginait qu’un phénomène aussi régulier et aussi terrestre puisse avoir une origine aussi lointaine.
À retenir
- La comète Swift-Tuttle mesure deux fois plus grand que l’astéroïde ayant rayé les dinosaures
- Le phénomène régulier des Perséides cache une mécanique céleste vieille de millénaires
- En 2126, cette géante cosmique redevendra visible à l’œil nu pour la première fois en 134 ans
Sommaire
- Un manège de 133 ans, mais un ruban de poussière permanent
- Des grains de sable, mais une vitesse qui change tout
- Le plus gros visiteur régulier du voisinage terrestre
- Rendez-vous en 2126, mais pas seulement pour les Perséides
Un manège de 133 ans, mais un ruban de poussière permanent
Voici le paradoxe qui déroute souvent : la comète elle-même ne repasse près du Soleil que tous les 133 ans. Comet 109P/Swift-Tuttle takes 133 years to orbit the Sun once, elle a atteint son dernier périhélie en 1992 et reviendra à nouveau en 2126. Alors pourquoi les Perséides sont-elles au rendez-vous chaque mois d’août, sans exception ? Parce que la comète elle-même n’a plus rien à voir avec le spectacle annuel. À chaque passage près du Soleil, la chaleur solaire fait sublimer la glace de son noyau, arrachant des grains de poussière qui ne suivent pas le corps principal. Ce matériau ne suit pas la comète : il reste derrière elle, étiré en un long ruban le long de sa trajectoire, et ce ruban demeure en place en permanence, que la comète soit proche ou non ; il s’accumule ainsi depuis des milliers d’années.
La Terre, elle, tourne autour du Soleil avec une régularité d’horloge suisse. Son orbite croise ce ruban de débris, non pas à proximité mais en plein dedans, et parce que notre trajectoire est régulière, nous traversons ce point précis à la même période chaque année, au cœur du mois d’août. C’est cette mécanique, plus que la comète elle-même, qui explique la fidélité du rendez-vous. Swift-Tuttle a posé les rails il y a des siècles, et la Terre continue de rouler dessus, année après année, sans que le train original ait besoin de repasser.
Des grains de sable, mais une vitesse qui change tout
Il ne faut pas se tromper sur la nature de ce qui brûle dans le ciel. Ces grains ne sont pas des rochers : leur taille va du grain de sable au petit pois, et leur masse se compte en fractions de gramme. Ce qui transforme ces confettis cosmiques en traits de lumière visibles à l’œil nu depuis un jardin, c’est la vitesse d’impact avec l’atmosphère. Chaque année entre le 17 juillet et le 24 août, la Terre s’engage dans ce nuage à 30 km/s, tandis que les grains arrivent en sens quasi frontal, portant la vitesse relative à 59 km/s, soit 212 000 km/h.
Une comparaison permet de mesurer l’énergie en jeu. Une particule d’un dixième de gramme lancée à 59 km/s transporte 174 000 joules d’énergie cinétique, l’équivalent d’une quarantaine de grammes de TNT, concentrés dans un objet qui tiendrait sur un ongle. C’est cette énergie, entièrement dissipée en une fraction de seconde dans les hautes couches de l’atmosphère, qui produit l’éclair lumineux qu’on appelle étoile filante. Rien de magique, donc : juste de la physique pure, où la masse compte moins que la vitesse.
Le plus gros visiteur régulier du voisinage terrestre
Ce qui distingue vraiment Swift-Tuttle des autres corps croisant notre orbite, c’est son gabarit. Le noyau de Swift-Tuttle mesure environ 26 kilomètres de diamètre, soit environ deux fois la taille de l’objet responsable de la disparition des dinosaures. Elle est de loin le plus grand objet géocroiseur, astéroïde ou comète à courte période, à avoir croisé l’orbite terrestre et à s’en être approché à plusieurs reprises. Un chiffre qui donne le vertige quand on se souvient que la plupart des astéroïdes surveillés par les agences spatiales mesurent quelques centaines de mètres tout au plus.
Cette taille a d’ailleurs suscité une belle frayeur scientifique dans les années 1990. Lors de sa redécouverte en septembre 1992, la date de passage au périhélie différait de 17 jours par rapport à la prédiction de 1973, et l’on a alors calculé que si le prochain passage, prévu en juillet 2126, accusait un décalage similaire, la comète pourrait heurter la Terre le 14 août 2126, une hypothèse prise au sérieux compte tenu de la taille du noyau. Des observations plus poussées ont permis d’écarter ce scénario catastrophe. Comme le résume Paul Chodas, responsable du centre d’étude des objets géocroiseurs à la NASA, « son orbite passe très près de celle de la Terre, ce qui en a fait un objet considéré comme dangereux au fil des années. Aujourd’hui, nous connaissons son orbite suffisamment bien pour affirmer que nous sommes à l’abri d’un impact pendant plusieurs milliers d’années. »
Rendez-vous en 2126, mais pas seulement pour les Perséides
Le prochain passage de Swift-Tuttle près du Soleil promet un spectacle bien différent de celui, discret, de 1992. Lors de son dernier passage en 1992, elle était trop faible pour être visible à l’œil nu ; le prochain passage, en 2126, pourrait la rendre comparable en luminosité à la comète Hale-Bopp de 1997, si les prévisions se confirment. Les astronomes de cette génération future pourront donc observer directement, dans le ciel, l’objet responsable de la pluie d’étoiles filantes la plus populaire de l’année, alors que nous ne voyons habituellement que ses miettes.
En attendant ce rendez-vous lointain, la trace de Swift-Tuttle continue de s’enrichir : chaque passage ajoute un nouveau ruban de poussière, légèrement décalé des précédents, ce qui explique pourquoi certaines années les Perséides sont plus denses que d’autres. La comète a quitté le système solaire interne depuis plus de trente ans déjà, mais elle continue, sans y être pour rien directement, à illuminer nos étés.
Sources : ccstib.fr | journaldelastronomie.fr