Un comédien explique avoir gagné seulement 100 euros en deux ans pour 153 représentations dans l’établissement, qui lui rétorque que seuls les spectacles rodés font l’objet d’une rémunération et que ce n’est un secret pour personne.

« Allume ton téléphone et dénonce ton comedy club devant la France entière ». Serait-ce la nouvelle mode chez les humoristes ? Début août, le stand-uppeur Sylvain Fergot a publié une vidéo, devenue virale, sur les réseaux sociaux, dans laquelle il exposait les dysfonctionnements du management du Paname Comedy Club, un des vaisseaux amiraux du rire dans la capitale. Dans les colonnes du Parisien, l’établissement s’était alors empressé de dénoncer un « coup de com » et des « accusations fallacieuses ». Les internautes, eux, ne savaient plus qui croire. Et l’affaire semble depuis enterrée, même si sa médiatisation a permis au comédien de gagner des dizaines de milliers d’abonnés.

Un événement similaire s’est produit quelques jours plus tard, à Lille. Thomas Calone, un humoriste suivi par 6000 personnes, a réagi à la vidéo de Sylvain Fergot, le remerciant d’avoir mis de la lumière sur ce problème. « Un comedy club qui ne paye pas les artistes, heureusement que ce n’est qu’à Paris », ironise-t-il au début d’une vidéo partagée le 7 août, dans laquelle il pointe du doigt le Spotlight, le plus gros comedy club de la ville, qui lui aussi ne paierait pas ses artistes. Le stand-uppeur argumente : « J’ai remporté des “opens mic” et on m’a proposé de faire de la scène. Je me suis dit que j’allais gagner beaucoup d’argent, peut-être même cent euros par représentations. Au final, j’ai gagné cette somme en deux ans, pour 153 dates. En fait, j’ai même gagné cent euros pour une date, et zéro pour les 152 autres. »


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L’humoriste nordiste reproche à l’établissement de faire payer cinq euros l’entrée dans la salle, qui compte 180 places, sans rien reverser aux comédiens. « Si jamais on veut discuter de ces dispositions et qu’on n’est pas d’accord avec eux, on est viré du comedy club », dénonce Thomas Calone. Le stand-uppeur dit profiter de son statut d’intermittent du spectacle pour « mordre la main qui ne l’a jamais nourri ». Il invite également les spectateurs à se rendre dans d’autres établissements du rire de la capitale des Flandres et ses confrères à boycotter le Spotlight. À ce jour, sa vidéo compte près d’un million de vues, soit cent fois plus que ses contenus habituels.

Réponse du Spotlight

L’extrait n’est pas arrivé dans l’oreille d’un sourd. L’établissement lillois a répondu mercredi soir à Thomas Calone. Dans une publication Instagram de quinze pages, – ayant pour titre « Alors comme ça, on ne paie pas les artistes ? » -, la direction du Spotlight, qui préfère présenter le lieu comme un « café-théâtre », explique programmer quatre comedy clubs par semaine, avec sept à huit participants disposant d’un temps de passage de huit minutes. Ces artistes ne sont effectivement pas payés. « Mais ça n’a jamais été un secret, assure la salle. Les comédiens qui viennent l’ont demandé. Ils s’inscrivent eux-mêmes, sont au courant des conditions et sont libres d’annuler. » 

Quand l’artiste pense que son spectacle est prêt, nous le programmons au Spotlight et nous lui assurons un cachet minimum pour les premières représentations

Direction du Spotlight sur Instagram

L’organisation précise que le comedy club du Spotlight est un « laboratoire » réservé aux artistes qui souhaitent se produire dans une salle équipée pour répéter et créer du contenu pour les réseaux sociaux. « Sur cette scène, pendant huit minutes, ils peaufinent, prennent des bides, font rire, ils testent, ajoute l’établissement. Quand l’artiste pense que son spectacle est prêt, nous le programmons au Spotlight et nous lui assurons un cachet minimum pour les premières représentations. » Sur le sujet de l’entrée payante, la salle confirme toucher environ 811 euros par séance. Une enveloppe qui servirait à régler toutes les charges de la soirée. Son bénéfice net serait de deux euros par séance.

Gérémy Crédeville attaque Thomas Calone

Le cogérant du Spotlight, Gérémy Crédeville, mastodonte de l’humour, a lui aussi réagi sur les réseaux sociaux. « En direct du camping », il regrette que l’institution se prenne actuellement « des seaux de merde » après les déclarations « fausses » de Thomas Calone. « Tous les artistes qui ont joué leur spectacle chez nous pendant les seize dernières années ont été payés et le seront au cours des seize prochaines », commente-t-il. Avant d’ajouter : « La tournure de la phrase de Thomas Calone sous-entend qu’il a joué 153 fois son spectacle sans être payé et ce serait scandaleux. Seulement, ton spectacle, tu ne l’as jamais joué puisque ta toute première date sera mi-novembre. Je pense qu’il est bien, à mon avis il est rodé. Après 153 entraînements, c’est du velours ! »

Repenser notre modèle, faire évoluer les plateaux ou envisager leur arrêt : toutes les pistes sont aujourd’hui sur la table

Direction du Spotlight sur Instagram

Gérémy Crédeville profite de ce règlement de compte sur les réseaux sociaux pour attaquer les autres comedy clubs de Lille ayant sauté sur l’occasion pour essayer d’attirer des humoristes dans leurs établissements. Le cogérant du Spotlight explique toutefois que la majorité des autres institutions du rire à Lille recourent à la « technique du chapeau », comme la quête à la messe, pour rémunérer les artistes. Une pratique assimilée à la mendicité et donc interdite par la loi. « Le chapeau est légal seulement si c’est un complément d’un contrat de travail avec un cachet minimum », rappelle Gérémy Crédeville.


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Le Spotlight ne ferme pas les yeux sur cette problématique. Le théâtre lillois a annoncé l’ouverture d’ici au 1er octobre d’un « temps de réflexion pour imaginer l’avenir » de ses comedy clubs. « Repenser notre modèle, faire évoluer les plateaux ou envisager leur arrêt : toutes les pistes sont aujourd’hui sur la table », écrivent les propriétaires, qui ont décidé de suspendre ces événements pour les prochaines semaines afin de « préserver les équipes » et « éviter les pressions extérieures pour les artistes programmés ». Ils espèrent faire avancer le débat « sans raccourcis et sans mensonges ».