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Beagle 2 n’a jamais été détruit. L’atterrisseur britannique s’est posé sur Mars le 25 décembre 2003, intact, presque exactement là où il devait toucher le sol. Ce qui l’a réduit au silence pendant plus d’une décennie n’est ni un crash violent ni le froid glacial de la planète rouge : c’est un simple panneau solaire resté à moitié déplié, qui a bêtement recouvert son antenne de communication.
L’histoire mérite d’être racontée depuis le début, car elle a longtemps été considérée comme l’un des plus cuisants échecs de l’exploration spatiale européenne. Avant d’être un souvenir amer, Beagle 2 était un pari fou porté par un scientifique haut en couleur, Colin Pillinger, professeur de sciences planétaires à l’Open University. Professeur Colin Pillinger qui a mené la première mission du Royaume-Uni vers la planète rouge en 2003, basé à l’Open University et à la tête de la mission aux côtés de l’université de Leicester. Son ambition : chercher des traces de vie passée dans le sol martien, avec un budget dérisoire comparé aux standards de la NASA.
À retenir
- Un atterrisseur britannique déclare ‘perdu’ a finalement été retrouvé intact sur Mars
- L’équipe scientifique a attendu 12 ans avant de découvrir ce qui s’était réellement passé
- Une pièce mécanique minuscule a suffi à couper toute communication avec la Terre
Sommaire
- Un Noël 2003 qui tourne au silence radio
- Retrouvé en 2015, grâce à un appareil photo en orbite
- Le vrai coupable : un pétale récalcitrant
- D’échec cuisant à fierté nationale
Un Noël 2003 qui tourne au silence radio
Beagle 2, qui faisait partie de la mission Mars Express de l’Agence spatiale européenne à la recherche de vie extraterrestre, devait atterrir sur Mars le jour de Noël 2003, mais avait disparu le 19 décembre 2003. Ce jour-là, l’équipe au sol attend un signal. Rien ne vient. Après la date prévue de l’atterrissage, il n’y eut que le silence. De nombreuses tentatives furent faites pour contacter l’engin via Mars Express et des radiotélescopes terrestres, mais en février 2004 Beagle 2 fut déclaré perdu.
Toutes les hypothèses circulent alors : parachute non déployé, atmosphère martienne plus dense que prévu, crash sur un rocher, désintégration lors de l’entrée atmosphérique. Le sort du petit robot britannique, pesant à peine 33 kilos, devient un mystère qui obsède littéralement les scientifiques qui l’ont conçu. Pendant onze ans, aucune image, aucun indice tangible. Juste un vide, et une équipe qui refuse d’abandonner.
Retrouvé en 2015, grâce à un appareil photo en orbite
La percée arrive grâce à la caméra HiRISE, embarquée sur la sonde américaine Mars Reconnaissance Orbiter. Des images prises par cette caméra, initialement scrutées par Michael Croon, ancien membre de l’équipe des opérations de Mars Express à l’ESOC, ont permis d’identifier des preuves claires de la présence de l’atterrisseur dans la zone d’atterrissage attendue d’Isidis Planitia. Un passionné, en quelque sorte un chasseur d’images amateur au service de la science, avait soumis une piste via un programme participatif ouvert au public.
L’annonce officielle tombe en janvier 2015, lors d’une conférence de presse à la Royal Society de Londres. David Parker, alors directeur exécutif de l’agence spatiale britannique, explique que les images récentes de la caméra HiRISE montraient de bonnes preuves que l’engin avait atterri sur Mars à la date prévue, le 25 décembre 2003, mais qu’il ne s’était que partiellement déployé. l’atterrissage lui-même, l’étape la plus périlleuse de toute mission martienne, avait fonctionné à la perfection. L’entrée atmosphérique avait réussi. Le bouclier thermique avait fonctionné parfaitement. Les parachutes s’étaient même déployés.
Le vrai coupable : un pétale récalcitrant
Voici le détail qui change tout. Beagle 2 devait déployer quatre panneaux solaires en forme de pétales, comme une fleur qui s’ouvre au réveil. Après l’atterrissage, quatre panneaux solaires circulaires en forme de « pétales » devaient se déplier l’un après l’autre. Caché sous le dernier pétale se trouvait l’antenne de communication de l’engin. Problème : ce dernier panneau ne s’est jamais complètement ouvert.
La conséquence est double, et particulièrement cruelle sur le plan de l’ingénierie. L’atterrisseur ne pouvait pas récupérer toute l’énergie nécessaire pour fonctionner, mais en plus, les panneaux, censés s’ouvrir comme des pétales de fleur, devaient être totalement déployés pour dégager l’antenne utilisée pour communiquer avec Mars Express, et donc avec la Terre. Ni choc, ni gel, ni défaillance électronique majeure : juste une pièce mécanique un peu trop timide qui a suffi à couper toute communication. Des travaux de modélisation 3D menés ultérieurement par une équipe de la De Montfort University, à Leicester, sont venus confirmer ce scénario en comparant des simulations optiques précises aux clichés réels pris par HiRISE.
Le gouvernement britannique lui-même a confirmé ce diagnostic des années plus tard. Beagle 2 avait touché Mars le jour de Noël 2003 mais était resté silencieux, présumé perdu pendant plus d’une décennie. En janvier 2015, des images de la NASA ont confirmé qu’il avait atterri en toute sécurité et précisément sur sa cible, son silence étant probablement causé par un unique panneau solaire n’ayant pas réussi à se déployer entièrement. Un peu comme si un colis livré parfaitement à bonne adresse restait bloqué à jamais dans un hall d’immeuble, faute d’avoir pu sonner à l’interphone.
D’échec cuisant à fierté nationale
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est le retournement complet de perception qu’elle a provoqué. David Parker avait alors résumé la situation en rappelant que l’histoire de l’exploration spatiale est marquée à la fois par des succès et des échecs, et que cette découverte prouvait que Beagle 2 était plus un succès qu’on ne le pensait auparavant. La mission avait longtemps été qualifiée d’échec héroïque par l’astronome royal britannique lui-même, avant d’être réhabilitée en franc succès technique.
Colin Pillinger, hélas, n’a jamais su que son atterrisseur avait touché Mars. Le principal investigateur de Beagle 2 était mort seulement quelques mois plus tôt, en mai 2014 ; il s’en est allé sans jamais savoir que le fruit de son travail avait, contre tant d’obstacles, atteint la surface de Mars en toute sécurité. Sa fille, présente lors de l’annonce, avait exprimé sa fierté que les critiques ayant qualifié la mission d’échec soient enfin réduites au silence.
Aujourd’hui encore, Beagle 2 repose là où il s’est posé, quelque part dans le bassin d’impact d’Isidis Planitia, à moins de deux mètres d’envergure une fois déployé. Le Royaume-Uni a même commémoré la mission par des plaques posées à travers le pays, rappelant qu’il s’agit du premier engin spatial britannique et européen à s’être posé avec succès sur une autre planète. Une antenne coincée sous un pétale de panneau solaire : voilà tout ce qui a séparé l’équipe de Pillinger d’un contact radio historique avec la surface martienne.
Sources : spectrum.ieee.org | sciencemuseum.org.uk