l’essentiel
La canicule a avancé comme jamais la date des vendanges dans le vignoble de Fronton, près de Toulouse, où les vignes sont d’une grande beauté grâce à un épisode météo inattendu… On vendangera donc aussi pendant la grande fête du vignoble, « Fronton Saveurs et Senteurs » qui ouvrira ses portes vendredi prochain pour un week-end à la rencontre des vignerons qui mettra les papilles en effervescence.

« Ça peut paraître difficile à croire, mais ces vendanges sont pour le moment les plus belles de ces dernières années ! La canicule est vraiment compliquée à vivre, mais elle reste à mon sens, le moins pire des fléaux. En revanche, personne n’a en mémoire avoir vendangé avant un 15 août… » Souriante de nature, Anne Ribes cache encore moins sa joie de faire le métier qu’elle aime en cette matinée de vendredi.

 

La vigneronne du Domaine Le Roc, à Fronton, s’est pourtant levée à 5 heures et n’a pas arrêté une minute alors que les dernières remorques de négrette, cépage phare du Frontonnais, se vident. Il est 10 heures. Le thermomètre a commencé son affolante ascension vers les 40 degrés attendus dans la journée. Et ce, dans un contexte particulièrement étrange ce matin-là où l’on vendange… dans les fumées ! Les incendies des Landes rappellent une nouvelle fois la dure réalité de cet été, y compris à des centaines de kilomètres du foyer.

Les « bulles » de l’avenir ?

Malgré tout, la vigneronne s’active avec son associé et son ouvrier qui affichent un visage radieux malgré l’effervescence : « Nous vendangeons d’abord la négrette mais avec un degré d’alcool bas. Elle servira à faire notre Rocambulle, un pétillant sur lequel on mise pour l’avenir. Puis on continuera avec la négrette et les autres cépages. Au final on a trois semaines d’avance sur les vendanges habituelles… », explique Anne Ribes en grimpant sur le pressoir qui se remplit avec une aisance à faire pâlir un gymnaste russe.

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À 31 ans, la fille du président du Syndicat des vins de Fronton, Frédéric Ribes, a repris l’affaire familiale depuis quelques années sous le regard bienveillant d’un papa qui distille avec amour, et de manière affirmée, sa longue expérience.
Au Roc, ce sont trente-cinq hectares en bio qui seront vendangés et plus de mille deux cents hectolitres produits avec des rouges, des rosés, des blancs et un vin pétillant.

Des orages salvateurs

Sauf catastrophe, le millésime 2 026 serait donc « à la fois d’une très belle qualité et, cerise sur le gâteau, avec de la quantité », assure Anne Ribes qui n’a pas oublié les cinq dernières années pour le moins compliquées, voire horribles pour certains.
Cependant, dire que la canicule est un bienfait pour la vigne serait voir le verre plus qu’à moitié plein… Certes, les fortes chaleurs ont favorisé sa croissance et celle des baies. Elles ont également contribué à monter les degrés d’alcool, mais à terme, elle peut aussi être fatale à la vigne.

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« Le salut est venu de petits épisodes orageux non destructeurs, au bon moment, fin juillet. Ils ont évité que les vignes ne grillent. Sincèrement, c’est, pour nous, le scénario idéal. Sans eau, en revanche, on partait vers une vraie catastrophe… », confie Benjamin Piccoli, directeur du syndicat des vins de Fronton.

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Si le Roc est un des tout premiers à vendanger, les autres domaines, ainsi que les coopérateurs de la Cave Vinovalie, ne tarderont pas à lancer eux aussi ce moment qui reste fabuleux dans une année vigneronne souvent chahutée. Certains commenceront dès ce lundi et poursuivront jusqu’à la mi-septembre selon un calendrier, cette année bouleversé, mais qui pourrait bien devenir la norme dans ce vignoble en pleine mutation.
Emmanuel Haillot

« Aux risques naturels s’ajoute la déconsommation »

Ces vendanges annoncent-elles un avenir compliqué ?

Nous abordons ces vendanges avec enthousiasme car même si l’été a été particulièrement chaud, l’hiver et le printemps avaient été arrosés et la vigne a plutôt résisté. Deux orages fin juillet (25-30 mm) et début août (10 mm) ont permis de sauver une grande partie de la récolte.
Pour l’heure, les vendanges s’annoncent plutôt qualitatives avec globalement une quantité moyenne, parfois très bonne. Pour autant, l’avenir de la viticulture en France, et dans le Sud-Ouest, s’annonce en effet compliqué, avec notamment la crise du rouge due à la forte déconsommation.

Qu’est-ce qui a entraîné l’arrachage de 20 % du vignoble ?

Les changements climatiques entraînent depuis quelques années des pertes de récolte importantes. Plusieurs aléas touchent notre vignoble : gel, grêle, sécheresse… Les leviers techniques ne sont pas simples à mettre en place et sont souvent très coûteux. À ces risques naturels s’ajoutent désormais, et de manière encore plus rapide, les changements d’habitude de consommation des Français. Moins de vin, moins de rouge, moins d’AOP ; pour une appellation comme la nôtre, où le rouge représente une bouteille sur deux, la baisse des ventes est importante.

De quelle manière les vignerons ont-ils commencé à se diversifier ?

Plusieurs domaines expérimentent des outils pour baisser les risques liés aux évolutions du climat : filets, adaptation des traitements, nouveaux cépages, évolution des modes et des périodes de taille ou des rognages. En parallèle, les gammes s’élargissent. Les blancs se développent et de nouveaux produits apparaissent : rouges légers, bulles, etc. De vieux cépages sont aussi remis au goût du jour ou des cépages résistants sont plantés. L’œnotourisme permet aussi de toucher une nouvelle clientèle et de vendre de nouvelles prestations. Certains s’essayent même à de nouvelles cultures : deux domaines ont planté des oliviers, variété négrette pour le clin d’œil !
Recueilli par E.H