Des missiles nord-coréens ont été utilisés sur le front ukrainien et Pyongyang y a envoyé des soldats pour renforcer la Russie. À l’heure où les renseignements militaires de Kiev dénoncent le rôle grandissant de la Corée du Nord aux côtés de la Russie, Volodymyr Zelensky appelle la Corée du Sud à soutenir militairement son pays. Un pas que Séoul ne semble pas prêt à franchir…

La Corée du Nord s’implique encore un peu plus dans la guerre en Ukraine aux côtés de la Russie. C’est en tout cas ce qu’affirme le renseignement militaire ukrainien.

Mardi 11 août, la ville de Zaporijia, dans le sud de l’Ukraine, a connu une nouvelle nuit de bombardements. Au moins neuf personnes y ont été tuées. Le président ukrainien accuse Moscou d’avoir lancé des missiles balistiques nord-coréens, les fameux KN-23, parmi les armes utilisées alors.

Ces missiles, qui sont en quelque sorte les cousins nord-coréens de l’Iskander russe, ne sont pas nouveaux sur le front. Capables de frapper à plusieurs centaines de kilomètres, ils sont une menace supplémentaire pour l’Ukraine. 

« Les KN-23 sont des missiles balistiques qui ont des trajectoires en cloche avec une phase d’accélération finale qui les rend très difficiles à intercepter, décrypte Théo Clément, chercheur associé à l’EHESS et spécialiste de la Corée du Nord. Ils sont suffisamment fiables et perfectionnés pour contourner certains systèmes de défense antimissile, mais ils ne représentent qu’une toute petite fraction de ce qui est utilisé par l’armée russe ».

Leur intérêt pour Moscou est néanmoins évident : multiplier les attaques et saturer les défenses antiaériennes ukrainiennes, déjà en difficulté.

30 000 à 50 000 soldats nord-coréens supplémentaires ?

Les missiles ne sont pas le seul soutien apporté par Pyongyang à Moscou : environ 13 000 soldats nord-coréens auraient déjà été envoyés aussi en Russie depuis le début du conflit, notamment dans la région de Koursk. Un chiffre qui pourrait, au demeurant, bientôt être multiplié par trois. Le renseignement ukrainien évoque en effet l’arrivée prochaine de 30 000 à 50 000 soldats nord-coréens sur le front. Et ce n’est pas tout. Une unité spécialisée dans les frappes de missiles balistiques serait en cours d’installation dans la région de Voronej, dans l’ouest de la Russie, avec un stock d’une centaine de missiles.

« Volodymyr Zelensky a intérêt à ce que le conflit s’internationalise »

Ces renforts constituent une menace directe pour l’Ukraine mais aussi, selon Volodymyr Zelensky, pour le reste du monde. Des soldats qui combattent, des missiles testés en conditions réelles : tout cela permet à Pyongyang d’acquérir une expérience directe de la guerre et contribue à renforcer la Russie.

Mais cet argument relève aussi d’une stratégie du président ukrainien. « Je ne doute pas de la volonté nord-coréenne d’augmenter son soutien à la Russie tant que Pyongyang y trouve un intérêt économique, financier, scientifique ou militaire, analyse Théo Clément. Mais d’un point de vue stratégique, Volodymr Zelensky a aussi intérêt à ce que le conflit s’internationalise. Parce que s’il y a effectivement un soutien nord-coréen de plus en plus important aux côtés de la Russie, cela appelle symétriquement un renfort du soutien occidental à l’Ukraine. »

Une ligne rouge sur les livraisons d’armes

C’est dans ce contexte que Volodymyr Zelensky appelle Séoul à renforcer son soutien à Kiev, notamment en fournissant des systèmes de défense antiaérienne et en développant la coopération en matière de drones.

La Corée du Sud aide déjà l’Ukraine dans plusieurs domaines : l’énergie, les infrastructures, la santé, l’éducation et l’aide à la reconstruction. Mais Séoul maintient une ligne rouge : pas de livraison d’armes à un pays en guerre.

En 2023 pourtant, la Corée du Sud avait contourné cette doctrine en envoyant des centaines de milliers d’obus d’artillerie aux États-Unis, ensuite acheminés en Ukraine.

Ne pas basculer dans le camp des belligérants

Séoul pourrait-il malgré tout franchir le pas ? Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères l’a rappelé cette semaine : la livraison d’armes à l’Ukraine n’est pas au programme. Dans un éditorial publié le 13 août, le Korea Times explique ce choix : envoyer des armes lourdes ferait basculer Séoul dans le camp des belligérants aux yeux de Moscou, et donc aussi indirectement de Pyongyang.

Un pas que la Corée du Sud n’est pas prête à franchir, alors que la nouvelle majorité à Séoul cherche justement à renouer avec la Corée du Nord.