Posted On 15 août 2026

Les Échos consacrent, dans leur série estivale sur les nouveaux maires élus en mars, un portrait à Laurence Ruffin (Verts/LFI). 7 villes seulement ont été retenues pour cette enquête nationale. Grenoble en fait partie : non pour un motif flatteur, mais parce que la maire y navigue à vue entre une alliance électorale contestée avec La France insoumise et le groupe Réconcilier Grenoble, « un fort contingent d’opposition » explique le journaliste. 

LA LEÇON DE MORALE QUI N’A PAS LIEU D’ÊTRE

Dans l’article, Laurence Ruffin justifie encore son alliance avec Allan Brunon (LFI) par la nécessité d’« éviter le retour de Carignon », qui posait selon elle « un problème moral, politique et éthique ». Culotté de la part d’une élue qui doit elle-même son fauteuil à un accord qu’elle n’a jamais eu le courage de détailler aux Grenoblois avant le scrutin, et en usant des pires méthodes de propos orduriers et de magouilles déloyales tout au long du second tour.

Les Echos du 13 août
UN ACCORD CACHÉ AUX GRENOBLOIS

Car si le 22 mars Laurence Ruffin l’a emporté (une « victoire à la pyrrhus », selon l’analyse du média Place Gre’net), c’est en vertu d’un « accord technique » passé avec Allan Brunon, qui offre 13 sièges à LFI. Mais aussi la présidence de la commission des finances, offerte à son allié sans jamais en référer aux Grenoblois. Ce marchandage de pouvoir, jamais soumis au jugement des électeurs avant le second tour, pose le seul vrai « problème moral » de ce mandat.

BRUNON, LE PRIX À PAYER POUR GARDER SON POSTE

C’est cet accord de la honte qui permet depuis des mois à Allan Brunon de dérouler ses outrances : élus traités de « nazis », police accusée de « tuer », insultes homophobes assumées en pleine rue, jusqu’à l’interruption violente du concert de Barbara Butch au Cabaret Frappé le 18 juillet. Un piétinement méthodique des valeurs républicaines. Pourtant, Laurence Ruffin ne lui retire ni la présidence des finances, ni la moindre délégation. Parce qu’elle ne peut pas : sans LFI, sa majorité s’effondre. Elle a choisi de fermer les yeux car elle y est structurellement contrainte.

« TRÈS EN PHASE AVEC LFI » : L’AVEU QUI DÉMENT LA MISE EN SCÈNE

Car c’est là que le vernis craque. Dans cette même interview où elle proclamait en juillet qu’Allan Brunon a franchi « une ligne rouge » sur le sujet de Barbara Butch, Laurence Ruffin persiste et signe : elle se dit toujours « très en phase avec LFI ». 2 déclarations contradictoires prononcées à quelques minutes d’intervalle, qui résument à elles seules l’imposture du mandat. Un théâtre de circonstance, destiné à calmer une opinion publique excédée, sans jamais entamer la dépendance qui la lie à ses alliés insoumis.

L’infâme tract de LFI avant le Cabaret Frappé, mais Ruffin ne veut pas rompre avec ce parti.
CLÉMENT CHAPPET : « DES GAGES » DONNÉS À LFI

Face à cette valse-hésitation, Clément Chappet, président du groupe d’opposition Réconcilier Grenoble, ne mâche pas ses mots dans Les Échos. Il pointe une plainte contre X déposée pour « protéger Allan Brunon », et dénonce plus largement des « gages » donnés à LFI. Et de rappeler que « au moins, sous l’ancien maire Éric Piolle, les débats traitaient de sujets locaux, tandis que LFI est dans une logique nationale et se fout de Grenoble ». 

UN BILAN DES 100 JOURS RÉDUIT À DES GADGETS

Sur le bilan des cent jours, Clément Chappet est tout aussi direct : « Elue sans programme, elle parle d’un plan de mandat pour l’automne. Et dans la perspective des 100 jours, outre la réappropriation de l’existant, ne restent que quelques gadgets : des rubans colorés dans une rue en juillet pour le commerce et une trempette dans l’Isère fin août ». L’ère du vide, mais en faisant plouf et avec des rubans.

SÉCURITÉ : « RIEN DE NEUF » DANS UNE VILLE QUI SAIGNE

Sur la sécurité, Les Échos rappellent la vague de fusillades liées au narcotrafic qui a fait une dizaine de morts en six mois. Pour l’opposition, « rien de neuf » : à la question orale de Réconcilier Grenoble sur le sujet, Laurence Ruffin a répondu qu’elle ne partageait « ni votre constat ni vos solutions » et qu’il faisait de « l’instrumentalisation » ! 

La seule réponse municipale pour la sécurité : un comité éthique pour produire un rapport non-contraignant dans 3 ans ! Comité qui « suscite méfiances et moqueries »…

Elle vante une « cellule de coordination rapprochée » (soit les réunions de CLSPD qui existent depuis des lustres !) et parle d’une cartographie des caméras « en cours » (ça devrait aller vite, le Procureur en ayant recensé seulement une vingtaine utile à Grenoble…). Une cartographie pour ne rien faire ensuite : l’immobilisme, en mouvement perpétuel.

NOUS DEVONS À RUFFIN « L’IMAGE REGRETTABLE » DES CONSEILS

Interrogée sur l’ambiance électrique des conseils municipaux, Laurence Ruffin botte en touche avec un mépris à peine voilé : « ce théâtre donne une image regrettable de la politique ». Mais qui en est responsable si ce n’est celle qui détient le pouvoir de l’assemblée et n’ose pas en user pour tenir les débats face à LFI qu’elle a fait élire et qui bordélise tout ?

Pire : elle reporte l’apaisement à un horizon qui ne dépend même pas d’elle, estimant que « cela sera peut-être plus apaisé après la présidentielle ». Manière à peine voilée de faire comprendre qu’elle espère une union de la gauche pour récupérer LFI (avec ou sans Allan Brunon) dans son giron. Et elle ose parler de valeurs.

LA MAIRE PRISONNIÈRE ET INCAPABLE

Ce portrait national confirme tout ce que nous documentons depuis des mois : une maire prisonnière d’un accord qu’elle a caché aux électeurs, incapable de sanctionner un allié qui multiplie les outrances, et réduite à des gadgets de communication pour masquer l’absence complète de politique de fond. 12 ans après le début du naufrage, Grenoble continue de payer, mandat après mandat, la même absence de courage politique.