Le centre culturel de Chisà affichait presque complet ce mercredi 12 août pour la projection du documentaire Des boues rouges aux nuits bleues. À l’issue de la séance, les réalisateurs Jean-Baptiste Andreani et Lionel Boisseau ont échangé avec le public. Leur ambition : expliquer le contexte et les mécanismes qui ont conduit à la naissance du mouvement nationaliste corse contemporain. Pour les réalisateurs, cette diffusion en Plaine orientale prend un sens particulier. Une partie des faits narrés dans ce film s’est en effet jouée sur ce territoire. Présenter ce doc ici, c’est donc aussi revenir sur une histoire profondément liée à celles et ceux qui l’ont vécue, et à une mémoire collective.

Rendre cette page d’histoire accessible à tous

Les réalisateurs ont voulu remonter aux origines pour comprendre comment s’est construite cette histoire, du projet de l’État en 1960 de mener des essais nucléaires à l’Argentella à la naissance du FLNC en 1976.

Une dizaine d’anciens militants de l’organisation militaire clandestine ont accepté, des années plus tard, de revenir sur les actions qu’ils ont conduites. Plus de vingt heures d’entretiens ont été réalisées, auxquelles s’ajoute un important travail d’archives. « Nous voulions retracer et faire vivre les souvenirs des premiers acteurs », résume Jean-Baptiste Andreani.

Les archives filmées disponibles sont parfois rares. Certaines séquences ont ainsi été reconstituées à l’aide d’images en 3D et générées par l’intelligence artificielle, avec le travail d’un graphiste. « Pour ce qui s’est passé à l’Argentella, il n’existe que deux articles de presse », raconte Lionel Boisseau. « Ce qui nous manque en illustration classique nous sert aussi à raconter différemment, à dynamiser le récit et à lui donner plus de poids », ajoute-t-il.

L’autre enjeu du documentaire est de rendre cette histoire accessible à tous. Pour cela, les réalisateurs ont fait le choix d’un récit chronologique. « Nous souhaitions créer un continuum, qui est nécessaire à la compréhension de cet enjeu, explique Jean-Baptiste Andreani. Tous les événements se sont enchaînés jusqu’à la création du FLNC. Il était important de mettre cela en évidence. »

Échanges avec le public

À Chisà, la projection s’est prolongée par un échange avec les spectateurs. Une étape importante pour les réalisateurs. « Nous avons envie de montrer ce film à un public attentif et réactif. Réaliser un film, c’est aussi générer des discussions », explique Lionel Boisseau. Le documentaire entend prolonger la réflexion au-delà de la projection. « C’est cela aussi qui nous intéresse », signale le coréalisateur.

Pour Jean-Baptiste Andreani, cette rencontre avec le public donne également du sens à un travail réalisé dans l’ombre. « Le métier de réalisateur est parfois sous-estimé. Nous sommes contents de pouvoir le partager avec le public. Cela conclut ces cinq années de travail », confie-t-il.

Un temps d’échange a été organisé avec le public après la diffusion du film "Des boues rouges aux nuits bleues" à Chisà.Un temps d’échange a été organisé avec le public après la diffusion du film « Des boues rouges aux nuits bleues » à Chisà. Lionel Boisseau

Après cette étape dans le Fiumorbu, Des boues rouges aux nuits bleues poursuit son parcours à travers la Corse, entre projections et diffusion sur Via Stella. Mais le film ne s’arrête pas aux frontières de la Corse : sa diffusion sur Public Sénat permettra aussi de porter cette histoire plus loin.