Léon Marchand a décroché avec autorité son premier titre européen, sur 200 mètres papillon. Avant d’être imitée par Marie-Ambre Moluh sur 100 mètres dos.
Il s’est passé plein de choses, mais on a tout de même envie de commencer par celui qui en a fini. Florent Manaudou a reçu le vibrant hommage que méritait sa carrière de sprinter – six médailles olympiques, dont une en or, quatre titres mondiaux – après avoir annoncé jeudi qu’il se mettait pour de bon au sec.
Du beau monde autour du bassin, de l’eau dans les yeux aussi, et une éclipse en forme de cadeau bonus pour tous ceux qui avaient pris un billet pour la session d’hier, déjà tout heureux qu’ils étaient d’apercevoir l’autre astre de la natation française. Car c’est d’abord pour Léon Marchand qu’on s’était pressé au centre aquatique olympique de Saint-Denis.
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Rendez-vous d’autant plus privilégié que le roi des JO 2024 avait été contraint, pour son grand retour à Paris, d’aller à l’essentiel côté programme. Exit le 200 mètres brasse, et les deux épreuves de quatre nages, soit trois de ses quatre spécialités. Les soucis à l’adducteur, qui ont troublé les eaux de son été, paraissent désormais bien loin.
« Je suis hyper fier »
Pour sa première finale individuelle de la semaine, non seulement Marchand n’a pas déçu – l’a-t-il déjà fait dans un bassin ? – mais il a frappé fort. En s’imposant en 1’51’’72, avec plus de deux secondes d’avance sur le Hongrois Richard Marton, il signe la meilleure performance mondiale de l’année. « Je finis très bien, le dernier 50 est le meilleur que j’ai fait depuis longtemps, lâchait-il à chaud. Mais ça veut aussi dire que j’aurais peut-être pu partir plus vite. »
Et là alors, le record du monde que d’aucuns lui prédisaient aurait pu vaciller. Mais la marque de Kristof Milak (1’ 50” 34), qui s’est concentré à Paris sur le sprint, tient toujours. « Le record du monde n’était pas ici, j’ai fait le maximum, glissait l’élève de Bob Bowman, sans une once de regret dans la voix, les tracas de l’été interdisant de faire la fine bouche, bien au contraire. Je suis hyper fier, surtout de faire ça à Paris, et content de m’être accroché ces dernières semaines. » En zone mixte, il saluait aussi Manaudou, qui s’y était invité : « L’énergie est venue de ce que Flo nous a fait avant la course. C’était beau, j’ai eu des frissons. »
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Lui qui a déjà, à 24 ans, une collection riche de sept titres mondiaux et quatre olympiques, venait là de décrocher son premier or européen en solo. Aucun syndrome derrière cette curiosité, juste une histoire de timing d’éclosion, couplée à l’impasse française lors de la dernière édition à Belgrade, concomitante avec les sélections pour les Jeux.
Record d’Europe en bonus ?
À l’aube de la dernière journée, le capital peut encore gonfler. Et autant l’affaire du papillon semblait imperméable aux doutes, autant celle du 400 mètres nage libre (séries à 9 h 30, finale vers 20 heures) recèle quelques inconnues. Car les références sont rares, « même en compétition régionale ou départementale », rappelait-il hier.
De fait, jamais Marchand ne s’est présenté sur la distance en grand championnat. Il est arrivé avec la 11e marque au bilan mondial, la 5e au niveau européen (3’ 44” 70), mais elle a été réalisée mi-avril, donc pas vraiment dans un moment de pic de forme. Personne ne serait donc surpris que le record de France de Yannick Agnel (3’ 43” 85), qui date de 2011, soit battu.
Moluh, la nouvelle star
En attendant, on a vu un record d’Europe décroché par une Française, dont on commence seulement à parler, autrement dit une autre médaille d’or. Pour la natation française, Marie-Ambre Moluh a quelque chose d’une petite sœur de Léon Marchand. Favorite du 100 mètres dos, elle a assumé le statut et donc ajouté la manière (57’94). À 20 ans, la chose n’est pas anodine.
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« C’est vrai que je n’ai jamais vraiment eu cette position, je n’ai jamais été attendue et je pense que ça m’a stressée, entonnait la nageuse, qui s’entraîne depuis deux ans au sein de la prestigieuse université de Berkeley, en Californie. Après, je me disais juste ‘‘Imagine quand tu seras en finale olympique, ce sera dix fois pire, donc arrête un peu’’. »
On parlait de faire un doublé, de marquer les esprits.
On peut effectivement considérer la chose comme un joli échauffement avant les Jeux de Los Angeles, d’autant qu’elle connaît déjà le coin. Hier, la joie de la Francilienne, déjà en argent sur 50 mètres et en or sur le relais mixte 4×100 4 nages, trouvait aussi un prolongement avec le bronze de Pauline Mahieu. « On parlait de faire un doublé, de marquer les esprits. » C’est chose faite. Et voilà la France, à l’aube du dernier jour, qui remonte d’un coup à la 4e place au classement des médailles (9, dont 3 en or).