Observer une éclipse est un phénomène rare, mais ce qui l’était encore plus à Marseille, c’est de trouver des lunettes de protection pour le faire en toute sécurité. Au stade nautique Florence Arthaud (8e), où la Ville et l’Académie des arts et des sciences en ont distribué gratuitement 3 000 paires, la situation s’est rapidement tendue mercredi 12 août.

« On ne s’attendait pas à ce qu’autant de monde vienne, il y avait la queue de l’entrée de la marina jusqu’au rond-point du David », explique-t-on à la Ville. La distribution a conduit à des bousculades, des heurts et des cris. « L’organisation était catastrophique, c’était presque dangereux », témoigne Bernard, retraité venu profiter de ce spectacle céleste. « Certaines familles avec enfants sont reparties car c’était trop violent », affirme Lamyae, 23 ans.

La sécurité tardant à arriver sur place, Didier Rogeon, président de l’Académie des sciences, a dû appeler la police. « Les bénévoles ont vite été débordés, on ne pensait pas que l’éclipse susciterait autant d’intérêt auprès des Marseillais », poursuit-il. Même si l’événement était en préparation depuis plus de trois ans, difficile d’anticiper un tel afflux de personnes. La quête de lunettes étant presque mission impossible, plusieurs individus ont récupéré des paires gratuites pour les revendre devant le stade nautique.

Une pénurie nationale

Plus tôt dans la journée, de nombreux points de vente pris d’assauts n’avaient pas pu répondre à la demande des Marseillais. « Il y a une rupture de stock nationale dans beaucoup de laboratoires qui nous fournissent ces lunettes », explique Jennifer derrière le comptoir de la pharmacie du Vieux-Port. L’établissement avait déjà tout vendu deux jours avant l’éclipse.

Plusieurs pharmacies n’ont pas reçu leurs commandes de lunettes. « On en attendait 1 000 mais les fournisseurs n’étaient pas dans les délais », témoigne une employée de la pharmacie de la Corse (7e). D’autres points de ventes, plus gâtés, ont pu en écouler jusqu’au jour J. Mais face à une demande sans précédent et un stock insuffisant, certaines paires étaient vendues autour de dix euros l’unité.

En 1999, pour éviter les abus et permettre au plus de monde possible de profiter de l’éclipse sans danger, l’État avait plafonné les prix des lunettes à cinq francs, soit 76 centimes. 27 ans plus tard, une partie des fournisseurs proposaient aux détaillants des paires à quatre euros pièce. Conséquence : certains commerces ont augmenté leurs prix. En témoigne une salariée d’une pharmacie près de la porte d’Aix : « Lundi on les vendait à cinq euros, dès mardi c’était 15 euros les deux. » Le prix de quelques minutes de contemplation.