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Sheikh Sobi, à quelques encablures de la mythique vallée des Momies dorées : c’est là qu’une mission archéologique égyptienne vient d’exhumer trois tombes rupestres datant de périodes différentes de l’histoire pharaonique. Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités a confirmé la découverte, réalisée dans l’oasis de Bahariya, en plein désert occidental, à quelque 380 kilomètres à l’ouest des pyramides de Gizeh. Cinq momies, des dizaines d’objets funéraires et une architecture funéraire à trois visages distincts : le site continue, trente ans après sa découverte initiale, de livrer ses secrets.

À retenir

  • Trois tombes rupestres découvertes à Sheikh Sobi, à proximité de la vallée des Momies dorées
  • Une sépulture familiale de la Basse Époque contenant cinq momies côtoie deux structures d’époque romaine
  • Des dizaines d’objets funéraires suggèrent que le site pourrait receler des milliers d’autres vestiges enfouis

Sommaire

  1. Une tombe familiale, deux tombeaux romains
  2. Vases, tables d’offrandes et figurines votives
  3. Trente ans après la découverte de la vallée des Momies dorées

Une tombe familiale, deux tombeaux romains

La première tombe mise au jour est un puits carré taillé dans le grès, profond d’environ trois mètres, qui débouche sur deux chambres funéraires. Mohamed Abdel-Badi, responsable du secteur des antiquités égyptiennes au sein du Conseil suprême des antiquités, a décrit la structure comme un puits carré d’environ trois mètres de profondeur, au fond duquel s’ouvrent deux chambres funéraires. Côté ouest, une petite pièce rectangulaire abritait un sarcophage en calcaire. Il s’agit d’une petite pièce rectangulaire dans laquelle un sarcophage en calcaire contenant une momie enveloppée de bandelettes de lin a été découvert. Détail qui intéresse les archéologues : le sarcophage était placé à l’intérieur d’une niche creusée dans le sol de la chambre, une disposition qui correspond à la manière dont étaient disposés les sarcophages dans les tombes de la période tardive découvertes sur le site.

La seconde chambre, plus vaste, se trouve côté nord du puits. Plus spacieuse et de plan rectangulaire, les archéologues estiment qu’elle était destinée à l’inhumation des autres membres de la famille. Quatre sarcophages supplémentaires en calcaire y ont livré autant de momies enveloppées de lin, confirmant l’hypothèse d’une sépulture collective réservée à un même clan. Hisham El Leithy, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, a précisé que la première découverte était une tombe collective taillée dans le grès, censée avoir servi de sépulture familiale pour cinq personnes, datant de la Basse Époque égyptienne et contenant cinq momies. Voilà pour la Basse Époque, celle des derniers pharaons indigènes avant la conquête perse puis grecque.

Les deux autres tombes, elles, appartiennent à un tout autre monde, celui de l’Égypte sous domination romaine. La deuxième tombe, censée dater de la période romaine, présente un plan en escalier, tandis que la troisième, également attribuée à l’époque romaine, est une sépulture collective comportant des puits funéraires. Fait curieux : le second tombeau consiste en un escalier menant à une chambre, dont l’absence de décoration funéraire laisse penser qu’elle n’a jamais servi de sépulture effective. Une salle prévue mais jamais utilisée, ou peut-être un projet interrompu. Le troisième, quant à lui, semble avoir eu une fonction plus technique que sépulcrale : un puits rectangulaire y mène à une petite salle ou zone d’accueil, que les archéologues pensent avoir servi à préparer les momies avant leur inhumation. Un atelier funéraire, en somme, niché juste à côté des tombes qu’il alimentait.

Vases, tables d’offrandes et figurines votives

Ce ne sont pas seulement les architectures funéraires qui intéressent les archéologues. Les fouilles ont également livré une série d’objets funéraires, dont des vases en céramique, de petites bouteilles et des plats de formes et tailles variées, ainsi que des tables d’offrandes en calcaire et en grès. Ce mobilier, banal en apparence, raconte une histoire précise : celle des rites funéraires pratiqués sur plusieurs siècles dans cette oasis reculée, où l’on continuait à honorer les morts avec de la nourriture et des boissons symboliques bien après la fin des dynasties pharaoniques. Des figurines votives ont également été retrouvées, complétant un tableau déjà riche en enseignements sur les pratiques religieuses locales.

Le site de Sheikh Sobi n’est pas un simple point sur la carte. C’est l’un des emplacements archéologiques les plus importants de l’oasis de Bahariya, abritant les tombes de dirigeants et de prêtres de la Basse Époque de l’Égypte ancienne. Un temple y a également été identifié : le site comprend le temple de Bawiti, construit par le dirigeant de l’oasis de Bahariya durant la XXVIe dynastie égyptienne en l’honneur du roi Amasis II. Autant dire que cette région du désert occidental, longtemps perçue comme un territoire secondaire, s’impose désormais comme un carrefour funéraire de premier plan pour l’Égypte antique.

Trente ans après la découverte de la vallée des Momies dorées

La proximité géographique avec la fameuse vallée des Momies dorées n’est pas un hasard de circonstance. Zahi Hawass et son équipe égyptienne avaient découvert ce site en 1996, aujourd’hui considéré comme la plus grande nécropole d’Égypte pour la période gréco-romaine ; les fouilles originelles avaient révélé environ 250 momies vieilles de près de deux mille ans. Certaines arboraient des masques dorés, ce qui a valu son nom au site. Hawass a par la suite estimé que la nécropole pouvait contenir plus de dix mille momies au total. Un chiffre vertigineux, qui donne la mesure de ce qui pourrait encore sommeiller sous le sable de Bahariya.

La nouvelle fouille s’inscrit dans cette continuité. La mission, composée de 40 membres entre archéologues et ouvriers, fouillait le site depuis trois mois avant que les tombes ne soient mises au jour. Sherif Fathy, ministre du Tourisme et des Antiquités, a estimé que ces découvertes apportaient de nouveaux éléments sur l’histoire de l’oasis et enrichissaient la compréhension de la civilisation égyptienne antique. Reste une question qui taraude les spécialistes locaux : combien de chambres funéraires, encore vierges de toute fouille, patientent sous ce sable qui n’a visiblement pas fini de rendre son butin ?