Depuis avril 2022, Artem, 21 ans, vit dans le canton de Fribourg après avoir fui la guerre en Ukraine. Originaire de Lysychansk, dans le Donbass ukrainien, le jeune homme raconte les coulisses d’un déracinement où l’effort d’adaptation masque une blessure toujours vive.
Installé avec sa mère et sa grand-mère dans un logement mis à disposition par une paroisse, Artem tente de mener une vie normale. Mais l’absence de son père, médecin resté en Ukraine, et le souvenir des bombes pèsent lourdement sur son quotidien.
Malgré la sécurité retrouvée, un malaise persiste: « Je me sentais toujours comme si je n’étais pas dans mon assiette, comme si je n’avais pas ma place ici. C’était surtout lié à ce sentiment de culpabilité de partir de l’Ukraine comme ça, de tout abandonner », confie-t-il dans le podcast Nous autres de la RTS.
Sans aucune base linguistique à son arrivée, Artem s’est lancé seul dans l’apprentissage du français. Recherche de règles de grammaire sur internet, cours pour réfugiés et lecture de livres dont il ne comprenait au début que quelques mots, il a cherché à sortir rapidement de sa zone de confort pour pouvoir communiquer et étudier.
Les images qui reviennent la nuit
Après un passage au gymnase, Artem choisit de bifurquer vers ce qui le passionne depuis longtemps: l’informatique. Motivé par l’envie de comprendre les coulisses du numérique et de la programmation, il réussit l’examen d’entrée de l’Ecole des métiers de Fribourg. Un parcours exigeant qu’il mène malgré les obstacles de la langue et la complexité des équivalences scolaires.
Si la journée est occupée par les cours, la création de jeux vidéo ou les moments partagés avec sa copine Louise, les nuits restent difficiles. L’angoisse pour ses amis et son père restés sous les bombardements et les souvenirs d’habitations détruites refont surface dès que le calme revient: « Quand la journée est finie et que je rentre chez moi, ma tête recommence à repenser à la guerre. »
Parler pour lever le voile
Habituellement réservé et peu enclin à étaler ses émotions, y compris avec ses proches, Artem a choisi de prendre la parole dans ce podcast. Non pas par facilité, mais pour permettre à son entourage et aux autres de comprendre ce qui se joue derrière son silence et ses baisses de moral soudaines.
Pierre Bavaud