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Un paquebot de 302 mètres qui a traversé l’Atlantique plus vite que n’importe quel autre navire de son histoire, et qui va bientôt reposer au fond du golfe du Mexique. Le SS United States, entré en service en 1952, n’ira ni à la casse ni dans un musée flottant : il attend actuellement à Mobile, en Alabama, le feu vert final pour être coulé au large de Destin, en Floride, où il deviendra le plus grand récif artificiel jamais créé par l’homme.

L’histoire de ce géant des mers mérite qu’on s’y arrête. Le navire détient le record de la traversée transatlantique la plus rapide par un paquebot, complétant le voyage de New York à l’Europe en seulement trois jours, 10 heures et 40 minutes lors de son voyage inaugural en 1952. Un record jamais égalé depuis, ni par un paquebot à passagers ni par aucun autre navire civil de cette taille. Pendant ses années de gloire, le SS United States a transporté des présidents américains, des stars hollywoodiennes et jusqu’à Salvador Dalí, avant d’être retiré du service en 1969 et de sombrer, lui, dans un oubli beaucoup moins glamour.

À retenir

  • Un paquebot record des années 1950 échappe à la démolition et attend son dernier voyage au large de la Floride
  • Les autorités locales investissent 13 millions de dollars pour transformer une épave en attraction touristique sous-marine
  • Un calendrier administratif qui s’étire : le navire patiente toujours à quai malgré les multiples reports depuis 2026

Sommaire

  1. Trente ans à quai, puis un ultimatum judiciaire
  2. Un an de décontamination à Mobile avant le grand plongeon
  3. Un calendrier qui n’en finit pas de glisser
  4. Détrôner l’USS Oriskany, référence du genre

Trente ans à quai, puis un ultimatum judiciaire

Le navire a longtemps végété à un ponton de Philadelphie, otage d’un conflit entre la SS United States Conservancy, association chargée de préserver son héritage, et le propriétaire du quai. Retiré du service actif en 1969, le navire est resté près de 30 ans amarré à un quai du sud de Philadelphie, avant qu’un différend entre le propriétaire du quai et la Conservancy ne l’oblige à quitter les lieux. Un juge fédéral a fini par trancher : dehors, et vite. Faute de repreneur capable de financer sa restauration complète, un scénario que beaucoup redoutaient, la casse pure et simple, se profilait sérieusement.

C’est là qu’Okaloosa County, comté du nord-ouest de la Floride connu pour ses stations balnéaires de Destin et Fort Walton Beach, est entré en scène. Le comté a acquis le navire en 2024 pour 1 million de dollars, empêchant ainsi ce navire au palmarès record d’être vendu comme ferraille, et investit désormais 13 millions de dollars dans l’initiative, couvrant à la fois la préparation technique du navire et le développement d’un musée dédié. Le montant précis de l’acquisition et du transfert, lui, s’élève à 10,1 millions de dollars selon les chiffres communiqués par le comté. Un pari financier assumé, pour transformer une charge patrimoniale encombrante en attraction touristique durable.

Un an de décontamination à Mobile avant le grand plongeon

Le paquebot a achevé son dernier voyage depuis Philadelphie vers l’Alabama en mars 2025, où il est amarré depuis, non loin du cuirassé USS Alabama, dans l’enceinte du Battleship Memorial Park. Sur place, les équipes s’activent depuis des mois sur un chantier aussi méticuleux que spectaculaire. Le navire sera submergé après plus de six mois de travaux à Mobile pour garantir qu’il soit sans danger pour l’environnement, un travail incluant le retrait de vieux carburants, peintures et câblages, réalisé en collaboration avec l’Agence de protection de l’environnement.

Le chantier a aussi son lot de symboles qui s’effacent. Les deux funnels emblématiques du navire, ces cheminées rouge, blanc et bleu qui faisaient sa silhouette reconnaissable entre mille, ont été démontés à l’été 2025. Rien ne se perd cependant : la SS United States Conservancy et les autorités locales prévoient un musée et un centre d’accueil pour exposer des objets récupérés comme les cheminées d’origine et le mât radar du navire. Une manière de dissocier la mémoire du navire de sa carcasse métallique, qui elle, ira reposer sous l’eau.

Un calendrier qui n’en finit pas de glisser

Le comté visait initialement un plongeon au début de l’année 2026. Puis un report en avril, puis en mai, puis en juin. Le navire doit être coulé dans le golfe pour devenir le plus grand récif artificiel du monde, mais son déploiement, prévu en mai, a été repoussé à juin. La faute, en grande partie, à la lourdeur administrative : le comté attend toujours l’aval de plusieurs processus fédéraux, notamment ceux du Corps des ingénieurs de l’armée et de l’EPA, et une fois cette étape franchie, le navire sera déployé dans un délai de 30 à 60 jours. Mi-août 2026, le navire patiente donc toujours à quai à Mobile, prêt techniquement mais suspendu à la dernière signature administrative.

Le site retenu, lui, est déjà arrêté au mètre près. Le navire doit être coulé à environ 22 milles nautiques (41 kilomètres) au sud-ouest de Destin et 32 milles nautiques (59 kilomètres) au sud-est de Pensacola, après avoir passé la majeure partie de l’année au port de Mobile pour en retirer produits chimiques, câblages, plastique et verre. Une fois posé sur le fond, le navire reposera à une profondeur d’environ 55 mètres, mais sera si haut que ses ponts supérieurs se trouveront à environ 18 mètres de la surface, le rendant accessible aux plongeurs débutants comme expérimentés. Concrètement, un plongeur amateur pourra effleurer la coque sans dépasser les profondeurs réservées aux experts, une aubaine rare pour un site de cette envergure.

Détrôner l’USS Oriskany, référence du genre

Le SS United States ne coule pas dans le vide. Il rejoindra une zone déjà réputée chez les plongeurs, à une douzaine de milles nautiques de l’USS Oriskany, porte-avions sabordé en 2006 et considéré jusqu’ici comme le plus grand récif artificiel des États-Unis. le contraste avec ce voisin militaire est net : responsable local du projet, Craig Coffey résume l’ambition avec une pointe de fierté locale, expliquant vouloir « prendre ce titre » détenu jusqu’ici par l’Oriskany. Deux épaves record à moins de 20 kilomètres l’une de l’autre, de quoi transformer discrètement ce coin du Panhandle floridien en destination mondiale pour la plongée technique.

Reste une question que les opposants au projet posent depuis le début : sabordé un tel monument d’ingénierie navale, est-ce vraiment lui rendre hommage ? L’initiative n’a pas manqué de susciter des critiques, de nombreux passionnés d’histoire et défenseurs du patrimoine s’étant opposés à l’idée de laisser le navire historique sombrer dans l’océan. Le comté d’Okaloosa, lui, mise sur un chiffre pour trancher le débat : la prochaine étape de l’histoire du SS United States devrait attirer des dizaines de milliers de visiteurs chaque année du monde entier venus la découvrir, sous l’eau plutôt qu’à quai. Une seconde vie, littéralement immergée, pour un navire qui n’aura jamais vraiment cessé de fasciner.