l’essentiel
Au début des années 1970, en décapant la couche superficielle de sables et graviers pour atteindre l’argile, un ouvrier de la briqueterie Gélis fit une découverte au droit de l’ancien bois communal de Colomiers dit « de Sauvegarde ».

Au début des années 1970, en décapant la couche superficielle de sables et graviers pour atteindre l’argile, un ouvrier de la briqueterie Gélis fit sa découverte au droit de l’ancien bois communal de Colomiers dit « de Sauvegarde ». Alerté par le conducteur de l’engin qui trouvait une quantité importante de fragments de poteries à trois mètres de profondeur, M. Gélis reconnut des amphores concentrées dans un périmètre restreint d’environ un mètre de diamètre.

Il fut facile de creuser jusqu’au fond de cette cavité. Remplie d’amphores, elle mesurait environ quatre mètres de profondeur et reposait sur une couche de sable pur. Une des amphores cassée en trois morceaux mais presque entière fut isolée et M. Gélis confia sa découverte à la Société d’archéologie et d’histoire de Colomiers, pour étude.

Un puits funéraire

La cavité du quartier de Sauvegarde est en fait un puits funéraire pour une sépulture. Les cendres du défunt y étaient éparpillées au fond et recouvertes d’offrandes dans des vases, puis d’une couche de terre de quelques centimètres pour sceller la tombe, enfin d’une « couche libatoire » comme dans toute la Gaule antique. Cette couche est constituée d’un amas d’amphores plus ou moins bien rangées et toujours décolletées et parfois même d’amphores brisées par-dessus. Comme les vases remplis de nourriture en offrandes, les amphores symbolisaient le vin nécessaire au mort dans l’au-delà. Il ne reste plus rien aujourd’hui de ce puits funéraire, l’activité d’extraction de l’argile ayant surcreusé le site sur plus d’une dizaine de mètres.

L’amphore soigneusement reconstituée est donc probablement ce qu’on appellerait aujourd’hui un « emballage perdu » mais recyclé !

L’histoire du Ier siècle avant Jésus-Christ

Les archéologues ont étudié sous toutes les coutures les dimensions et la composition de l’amphore, les résultats sont riches d’enseignements. Elle mesure 105 cm de long, la panse fuselée est large de 28 cm, le col de 33 cm y est relié par deux anses de section ovoïde de 30 cm, l’épaisseur maximale de la paroi est de 2,3 cm.

La matière, une pâte dure de couleur rouge brique et d’aspect feuilleté, contient des points blancs de 2 à 3 mm, des grains de sable blancs brillants ou rosés et d’impuretés noirâtres est spécifique des amphores dites « républicaines » c’est-à-dire du Ier siècle avant Jésus-Christ.

Ce type d’amphores était très répandu, on en trouvait en grand nombre dans les épaves et les sites de la même époque, notamment dans les oppida de la Narbonnaise (agglomérations de hauteur fortifiées) et aussi plus localement dans les puits funéraires de la nécropole du quartier Saint-Roch à Toulouse ou à Vieille-Toulouse.

Des inscriptions à la peinture rouge sur d’autres amphores indiquent qu’elles ont contenu du vin de Campanie au sud du Latium (Italie) qui faisait l’objet d’un commerce transitant par Narbonne et Toulouse en direction de la Gaule encore indépendante. Chacune contenait 24 à 25 litres de vin mêlé à de la résine pour sa conservation et faisait l’objet d’une taxe au profit du fisc romain !

Sources : revue N° 3 – SAHL Colomiers.