L’étang du Méjean, espace protégé près de Montpellier, subit les effets du changement climatique. Ambre Samson et son équipe gèrent ce site de 600 hectares, confronté à la sécheresse et à la submersion marine. La biodiversité est menacée, avec un déclin des cigognes et l’apparition d’espèces envahissantes comme la jussie.

Véritable poumon vert aux portes de la ville, l’espace protégé de l’étang du Méjean abrite une biodiversité unique dans le secteur. Le site, géré par la Maison de la nature, a connu plusieurs évolutions au cours des dernières années. Une équipe de sept personnes y travaille à l’année, dont Ambre Samson. « On gère un site d’environ 600 hectares avec 400 de lagunes et 200 de terres, confie l’agente d’accueil et chargée de gestion administrative. Une grosse mosaïque d’habitats que nous maintenons en bon état écologique. » Une tâche compliquée dans un contexte de changement climatique. « Il y a de plus en plus de sécheresse et les canicules sont aujourd’hui plus fréquentes et intenses », poursuit-elle. Sans eau, pas de zone humide : la mécanique est aussi simple qu’implacable.

Il est nécessaire de garder un maximum d’eau douce pour la biodiversité

Il est nécessaire de garder un maximum d’eau douce pour la biodiversité

Faire face à la submersion marine

Sur le terrain, ce dérèglement se traduit déjà dans les équilibres entre espèces. « Il y a un petit déclin dans la natalité des cigognes mais nous n’avons pas d’évaluation quantitative. Avec l’installation des hérons, on peut surtout parler d’une compétition entre les espèces », note Ambre Samson. Ce duel crée une forme d’autorégulation au niveau de la natalité.

Qui dit adaptation au changement climatique dit évolution des objectifs. Ces derniers changent tous les 5 à 10 ans. « Nous avons des documents de gestion. Maintenant, on parle de diminution du trait de côte, de submersion marine », ajoute Ambre. L’étang du Méjean est saumâtre, c’est-à-dire mi-doux mi-salé. « Le but, c’est de garder de l’eau douce pour conserver les zones humides. La submersion marine apporte trop de sel et le site n’aime pas ça. »

Un couple de flamants sur l’étang

Un couple de flamants sur l’étang

Ralentir ce phénomène pourtant inévitable reste une tâche complexe. « Avec les restrictions d’eau, c’est difficile, surtout après l’été que l’on vit actuellement, explique-t-elle. On essaie de mettre des assecs sur les roselières pour déminéraliser le site et ensuite on remet en eau pour renouveler. » Sur place, et plus encore en cette période estivale, la sécheresse se ressent jusque dans les arbres et la végétation du site. « On a des figuiers qui ont les racines dans l’eau et qui sont pourtant toujours à plat. »

L’étang à sec à cause des canicules répétées

L’étang à sec à cause des canicules répétées

Le réchauffement climatique, un danger pour les espèces

Ces bouleversements climatiques s’accompagnent, parfois, de la disparition d’espèces. « Ça fait un moment que l’on n’a pas entendu le butor. On avait du moyen-duc l’année dernière et cette année on ne l’a pas vu. On ne peut pas encore parler de disparition car ça ne fait que trois ans qu’il fait vraiment trop chaud. » L’extinction de certains insectes nourrit aussi les inquiétudes, puisqu’ils constituent la principale source d’alimentation des oiseaux. « Globalement, tous les oiseaux migrateurs paludicoles sont fortement sensibles aux effets du réchauffement climatique », explique Thomas Vulvin, écologue et chargé d’études au pôle Protection de la nature de la Ligue pour la protection des oiseaux Occitanie.

Autour du Méjean, le Locustelle luscinioïde, la Rousserolle turdoïde, le Bruant des roseaux, le Héron pourpré ou encore le Blongios nain sont menacés de disparition, selon une étude du GOR et de la LPO Occitanie. « Les canicules marines vont aussi avoir un impact sur les ressources alimentaires des oiseaux qui dépendent de la mer pour pêcher et se nourrir », ajoute l’écologue.

Il est nécessaire de garder un maximum d’eau douce pour la biodiversité

Pendant la période de nidification, le réchauffement climatique a un effet majeur, « surtout avec l’arrivée de canicules précoces », précise Thomas Vulvin. Les oiseaux qui pondent directement au sol, comme les limicoles ou les laridés, y sont particulièrement sensibles. En cause : les dérangements anthropiques liés aux chiens non tenus en laisse, aux randonnées hors sentier ou encore au piétinement des dunes. « On a maintenant un sentier où les animaux de compagnie sont complètement interdits », détaille Ambre Samson.

Les oiseaux migratoires sont fortement sensibles au réchauffement climatique

Les oiseaux migratoires sont fortement sensibles au réchauffement climatique

Ce dérèglement favorise enfin la prolifération d’espèces envahissantes. « La jussie est une plante qui se développe avec la chaleur dans les milieux stagnants et qui vient étouffer l’espace aquatique, explique Ambre. Elle s’installe rapidement, au détriment des espèces qui y sont liées. » Des opérations d’arrachage sont menées pour contenir sa progression : l’un des nombreux fronts sur lesquels l’équipe du Méjean tente, saison après saison, de préserver l’équilibre du site.

 

Les espèces menacées

Une étude du GOR et de la LPO Occitanie pointe cinq espèces directement menacées sur le site.
La Locustelle luscinoïde est difficile à observer directement. Elle a besoin de roselières denses et surtout inondées : dès que l’eau se retire, elle déserte les lieux.
La Rousserolle turdoïde est également associée aux roselières inondées. Ainsi, l’assèchement de son habitat de reproduction est la principale menace pesant sur l’espèce.
Le Bruant des roseaux est menacé à l’échelle nationale. Certains commencent à nicher dans des habitats plus secs alors que leur habitat naturel est humide.
Le Héron pourpré est un grand échassier migrateur moins menacé que les autres mais qui dépend des mêmes milieux.
Enfin, le Blongios nain est le plus petit héron d’Europe. Son maintien dépend directement de la gestion du niveau des eaux, un équilibre que l’étang du Méjean cherche à préserver malgré la sécheresse.