« On pensait qu’on aurait plutôt une bonne récolte cette année : il y avait pas mal de noix et elles avaient un bon calibre », lâche Cédric Ruzzin, agriculteur à la ferme du Lotaret à Poliénas, dans le sud-Grésivaudan, en Isère.
C’était sans compter sur l’épisode de grêle qui s’est abattu mi-juillet 2026 sur la commune. « À cause des grêlons et du vent, j’ai perdu entre 50 et 70 % de ma production », estime le producteur de noix de Grenoble AOP. Concrètement, si les années passées, il ramassait environ deux tonnes de noix sèches par hectare, Cédric Ruzzin pense difficilement atteindre les 800 kg cet automne. Cela représente 80 000 euros de perte sur son chiffre d’affaires de l’année.
© Agathe Legrand – Cédric Ruzzin s’inquiète de la sécheresse de cet été 2026. Il a déjà perdu 40% de son chiffre d’affaires habituel. L’AOP noix de Grenoble en difficulté
Si encore cette année 2026 était une exception… mais la filière noix de Grenoble est en difficulté depuis maintenant de nombreuses années. « En 2018, je faisais 400 000 euros de chiffre d’affaires par an, se souvient Stéphane Ferlin, agriculteur et conseiller municipal de Poliénas. Depuis, mon chiffre d’affaires est divisé par deux. »
Un chiffre d’affaires en baisse. Et des recettes également, liées aux pertes et à l’inflation. « Quand j’ai repris la ferme familiale en 1996, j’achetais mon gasoil un franc le litre et je vendais le kilo de noix à 13 francs. Aujourd’hui, j’achète mon gasoil à deux euros et je vends le kilo de noix à deux euros », poursuit Stéphane Ferlin.
Même constat pour Cédric Ruzzin, qui jusqu’à 2021 pouvait compter sur la noix de Grenoble pour faire tourner la ferme. Aujourd’hui, bon nombre de producteurs de noix ont dû diversifier leur activité pour s’en sortir. Ainsi, à la ferme du Lotaret, Cédric Ruzzin possède un élevage de 200 brebis, 30 hectares de noyers, des volailles en label rouge vendues aux grandes surfaces et un peu de céréales.
Un été de sécheresse
Le problème, c’est que désormais la sécheresse impacte les noyers, mais aussi le bétail : « J’ai mis mon troupeau lundi dans cette parcelle de quatre hectares, il faudra que je les change dès la fin de la semaine et le peu d’herbe qu’il y avait ne repoussera pas. »
© Agathe Legrand – Sur la ferme de Cédric Ruzzin, l’herbe est grillée et les brebis mangent ce qui reste en moins d’une semaine, laissant les noyers à nu.
Cédric Ruzzin estime pour l’instant une perte de 40 % de son chiffre d’affaires annuel (375 000 euros), mais cela pourrait bien grimper s’il ne pleut pas. « On serait obligés de rentrer les brebis à la bergerie dès la fin août. Et on n’a pas pu faire assez de foin pour tenir tout l’hiver, à cause de la sécheresse. »
Côté noyers, les conséquences pourraient aussi se faire ressentir durant les années suivantes : le stress hydrique pousse les arbres à produire beaucoup moins de fruits à coque. Alors que l’eau de pluie suffisait habituellement à arroser les noyers, les agriculteurs sont actuellement à 1 200 m3 par hectare, en espérant sauver les jeunes plants.
© Agathe Legrand – Mahamadou Diarra, le secrétaire général de la préfecture de l’Isère, s’est déplacé sur l’exploitation de Cédric Ruzzin, aux côtés du président de la chambre d’agriculture et du maire de Poliénas et vice-président de l’intercommunalité pour faire quelques annonces et comprendre la situation vécue par les agriculteurs. Cellule de crise sécheresse et mise en place de mesures
Face à cette situation, plusieurs cellules de crise départementales ont été créées en France. Celle de l’Isère s’est réunie le 7 août 2026 à la préfecture. Une vingtaine de propositions ont émergé et deux d’entre elles appliquées presque immédiatement : les agriculteurs peuvent désormais tailler les haies avec une semaine d’avance sur le calendrier habituel afin de nourrir leurs bêtes et utiliser également la jachère à cet effet.
Une autre réunion est prévue le 27 août 2026, cette fois pour penser à des solutions à plus long terme. Le gouvernement devrait ensuite s’appuyer sur ces propositions pour annoncer une série de mesures à l’automne.