ENTRETIEN — À 24 ans, Christo Popov est la figure de proue du badminton tricolore. Malgré un calendrier surchargé et la pression constante, le champion d’Europe espère un premier podium aux Mondiaux, en Inde.
Il n’y a eu que la Chine pour stopper la France aux Championnats du monde par équipes masculines, en mai, au Danemark. Dominant depuis deux ans, le badminton tricolore vit un âge d’or qu’il a les moyens d’étirer à New Delhi (Inde), lors des Mondiaux qui se tiendront du 17 au 23 août. Avec, en figure de proue, le champion d’Europe individuel et en double, Christo Popov (24 ans), actuel cinquième meilleur joueur mondial.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Depuis les Jeux olympiques de Paris 2024, vous enchaînez les compétitions sans arrêt. Comment tenez-vous ?
CHRISTO POPOV — Il n’y a jamais de coupure, sauf en décembre, après les Finals. Mais comme j’ai participé aux Finals en 2025, je n’ai pas eu de pause. J’ai même augmenté ma charge d’entraînement pour préparer la saison en cours. Cela fait plus d’un an que je n’ai pas vraiment coupé. En revanche, les périodes où je peux rentrer à la maison et m’entraîner constituent une forme de récupération.
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Vous ne manquez pas d’entraînement ?
Il faut trouver un équilibre car les périodes d’entraînement permettent de préparer le corps à la multiplication des matchs. Mais c’est en compétition qu’on acquiert l’expérience et la connaissance des adversaires. Avec mon frère (Toma Junior), entre 2022 et 2024, nous avons énormément joué pour accumuler cette expérience. Avant de prendre de longues périodes d’entraînement pour construire notre jeu et capitaliser sur cette dynamique.
Avez-vous des craintes pour votre corps ?
Je sens déjà une différence par rapport à l’olympiade précédente. Je dois respecter une hygiène de vie irréprochable car je paie aussitôt un manque de sommeil ou une alimentation inadaptée. Les matchs sont tellement intenses qu’il faut parfois plusieurs jours pour récupérer. Heureusement, je ne vais pas en finale de toutes les compétitions. Nous essayons aussi de mieux cibler notre calendrier mais nous avons l’obligation de participer aux plus gros tournois, les Super 1000, 750 et 500.
Cette année, en revanche, je n’ai disputé qu’un seul Super 300 et j’ai fait l’impasse sur l’Orléans Masters pour mieux préparer les championnats d’Europe. Un choix payant. Je vais loin dans les compétitions donc je peux sélectionner davantage. En revanche, un joueur qui cherche à grimper au classement est obligé d’enchaîner.
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Il y a beaucoup de tournois, mais les meilleurs joueurs bénéficient de véritables périodes de repos et de préparation.
La retraite forcée, à 32 ans, du double champion olympique Viktor Axelsen vous a-t-elle fait réfléchir ?
Forcément. On ne se pose pas de question quand tout va bien. Il y a une dizaine d’années, la préparation physique spécifique était très peu développée. Les préparateurs venaient d’autres disciplines et adaptaient leurs méthodes. Or, le badminton impose énormément de contraintes aux articulations et aux ligaments. On doit les anticiper sur le long terme.
Ne faudrait-il pas alléger le calendrier ?
L’aménager, oui. Le tennis est un bon exemple. Il y a beaucoup de tournois, mais les meilleurs joueurs bénéficient de véritables périodes de repos et de préparation. On dispute jusqu’à deux matchs plusieurs jours d’affilée. Le format des compétitions par équipes passe à dix jours avec une journée de repos entre deux rencontres. C’est une excellente évolution qu’il faudrait appliquer aux Super 750 et Super 1000.
Après votre victoire aux championnats d’Europe en individuel, en avril, avez-vous profité ?
J’ai dû repartir immédiatement pour les championnats du monde par équipes juste après. Il y avait cette envie d’aller chercher une médaille et de rivaliser avec les meilleures nations. J’étais très heureux de ce titre mais on essaie toujours d’aller plus loin.
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Quels souvenirs gardez-vous du sacre à Huelva ?
Un sentiment assez particulier car mon esprit était déjà tourné vers la finale du double. Nous savions que nous aurions très peu de temps. Il a fallu aller rapidement voir les kinés, essayer de récupérer quelques minutes, bien manger, faire redescendre le rythme cardiaque, puis repartir s’échauffer. Sur le moment, cela a un peu atténué la saveur de ma victoire.
Il s’est écoulé moins de deux heures entre vos deux finales. Les joueurs ne protestent pas contre l’organisation ?
Mon frère avait vécu cette situation en 2025. Il faut atteindre la finale dans deux tableaux, ce qui est assez rare. Nous sommes parmi les seuls à disputer le simple et le double. Je ne suis pas certain que les organisateurs modifient les règles pour nous. En revanche, si davantage de joueurs commencent à atteindre des doubles finales, ils constateront peut-être qu’il existe un problème.
Malheureusement, les règlements évoluent souvent après des blessures ou des situations graves. Nous étions préparés à vivre une journée extrêmement compliquée. Nous ne nous sommes pas plaints car atteindre deux finales reste une excellente nouvelle. Mais il est vrai que ce soir-là, nous sommes rentrés vers une heure du matin et que j’ai encore dû honorer d’autres obligations très tôt le lendemain.
Gagner les Championnats d’Europe représentait une importante épreuve mentale.
Vos résultats ont décollé depuis un an. Que s’est-il passé ?
J’avais déjà le niveau pour aller chercher une médaille européenne, mais pas forcément l’or. En 2023, j’avais déjà obtenu l’argent aux Jeux européens, qui sont assimilés à des championnats d’Europe. Là, j’étais tête de série numéro 2 et cinquième mondial, donc on attendait quasiment de moi une victoire ou au moins une finale. Lorsque j’étais sixième ou huitième mondial, un quart de finale était considéré comme un bon résultat ; une médaille comme une belle performance. Gagner les Championnats d’Europe représentait une importante épreuve mentale.
Les Jeux de Paris ont-ils marqué un tournant ?
Oui. Cet objectif a accompagné toute mon adolescence. Je me disais que ce serait incroyable d’y participer. Nous avons joué mais sans être favoris, simplement avec l’ambition de faire notre place. On a beaucoup réfléchi à la suite. Nous étions déjà installés sur le circuit professionnel et nous réalisions quelques performances marquantes mais ponctuelles. Nous avons énormément travaillé après Paris.
Il a fallu six ou sept mois pour que ce travail produise de vrais résultats. Aujourd’hui, nous essayons de capitaliser dessus pour jouer les premiers rôles aux Jeux olympiques et aux championnats du monde. Une médaille serait une grande performance. Si l’analyse des adversaires est bonne et que tous les éléments s’alignent, c’est envisageable.
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Quels sportifs de la génération 2024 suivez-vous de près ?
Victor Wembanyama est incroyable. Mais la NBA est compliquée avec le décalage horaire. Pareil pour les frères Lebrun quand ils jouent en Asie. Pendant les JO, c’était plus facile. Je me souviens notamment des finales de Léon Marchand, que nous regardions ensemble au village olympique. On avait le sentiment de former une seule équipe de France. C’est très agréable d’appartenir à cette génération. Lorsqu’on allume la télévision, il y a presque toujours un sportif français qui réalise une grande performance.
Les sports de raquette connaissent un essor important. Merci aux fratries Lebrun et Popov ?
Longtemps, on a vu les mêmes champions, au badminton ou au tennis avec le Big Four. C’est encore plus intéressant lorsque des Français figurent parmi les meilleurs. On en parle davantage et cela attire les jeunes. Les nouveaux visages renouvellent l’intérêt du public.
Quels sportifs vous ont inspiré ?
Avec mon grand frère, on adore le football. On est fidèle à l’Olympique de Marseille même si c’est compliqué. Plus jeune, je ne connaissais pas vraiment les badistes français. Leurs résultats étaient trop rares pour que l’on puisse s’identifier. Avec mon père, nous regardions les finales mondiales et olympiques, les grandes affiches internationales avec Lin Dan ou Peter Gade. Un parent passionné peut désormais dire à son enfant : « Il y a un Français en finale ».
Le badminton a longtemps eu l’image d’un sport de plage ou scolaire. J’étais le seul de ma classe à le pratiquer. Nous avons toujours dit que les résultats étaient indispensables pour nous faire connaître. Même s’il n’y a pas encore de titre olympique ou mondial, les performances sur le circuit international et aux championnats d’Europe méritent d’être mises en avant. Les jeunes peuvent maintenant s’identifier à des joueurs de haut niveau.