Par
Léa Nicosia
Publié le
18 août 2026 à 6h32
C’est une histoire qui a particulièrement touchée les bénévoles de La Seyne-Saint-Mandrier.
Alors qu’il écumait ses mails, comme à l’accoutumance, Éric Boniou, bénévole et président de la station SNSM de La Seyne-Saint-Mandrier découvre un message qui le surprend. « C’était le siège, à Paris, qui nous informait du souhait d’un homme, fidèle soutien de notre station, de déverser ses cendres en mer, dans le Var. »
Durant huit ans, ce fameux monsieur a soutenu la SNSM de La Seyne-Saint-Mandrier, sans jamais chercher à se mettre en avant. Chaque année, le mystérieux donateur installé à Paris faisait parvenir 1 000 euros à la station, contribuant ainsi à faire vivre les moyens des Sauveteurs en mer. Il n’avait pas de famille, mais une attache particulière à la mer et à ceux qui la protègent.
Dans son testament, il avait soigneusement inscrit sa dernière volonté : que ses cendres soient dispersées au large des Sablettes, à La Seyne-sur-Mer. Aujourd’hui, les bénévoles de la station attendent que ses cendres leur soient confiées pour accomplir ce dernier souhait.
« Cette histoire est vraiment touchante pour nous, puisqu’on ne sait jamais qui se cache derrière les dons que l’on peut recevoir. Pouvoir faire ce dernier geste pour ce donateur, ça nous fait chaud au cœur. »
Éric Boniou, bénévole et président de la station SNSM de La Seyne-Saint-Mandrier
Une possibilité méconnue
L’histoire de cet homme est aussi une opportunité pour rappeler cette mission, que tous les volontaires de la SNSM en France propose : la dispersion des cendres d’un proche en mer. Car si ces derniers passent leur vie à sauver des vies en mer, ils peuvent aussi accompagner ceux qui souhaitent y faire leurs derniers adieux.
À La Seyne-Saint-Mandrier, aussi, la station propose depuis plusieurs années, de manière discrète, des sorties en mer pour permettre aux familles de disperser les cendres d’un proche ou d’immerger une urne biodégradable. Une mission particulière, où le côté humain prend une place essentielle.
« C’est un service qu’on rend », résume Éric Boniou, bénévole et président de la station SNSM de La Seyne-Saint-Mandrier. Ce n’est pas une prestation dont la station fait la promotion, bien qu’elle existe depuis de nombreuses années, essentiellement grâce au bouche-à-oreille.
À bord de la vedette, les familles peuvent vivre un dernier moment avec leur proche disparu, au large du littoral varois. Jusqu’à une quinzaine de personnes peuvent embarquer, dont une dizaine de membres de la famille. Les sauveteurs encadrent la sortie, fournissent les gilets de sauvetage et restent présents avec discrétion pendant toute la cérémonie.
« On les accompagne en toute discrétion », explique Éric Boniou. La sortie dure généralement environ deux heures. Les proches peuvent apporter des fleurs, de la musique ou encore leurs propres enceintes. « On met nos moyens le temps de la cérémonie », poursuit-il.
« Le côté humain ressort chez tous les sauveteurs »
Pour Éric Boniou, cette mission revêt une dimension particulière. Lui-même travaille dans le milieu maritime et s’est porté volontaire pour accompagner les familles. Il a déjà participé à ces cérémonies pour ses parents et pour des amis.
« J’ai fait ces cérémonies très vite, sans savoir que cela existait », confie-t-il.
Les bénévoles qui embarquent sont volontaires. Ils sont généralement quatre à bord et prennent le temps d’accompagner les familles, sans jamais s’immiscer dans leur recueillement. « Le côté humain ressort chez tous les sauveteurs », souligne le président de la station.
La station respecte également toutes les convictions religieuses. Aucun représentant d’un culte n’est imposé aux familles, qui peuvent organiser la cérémonie comme elles le souhaitent.
Un dernier voyage au large des Deux Frères
Certaines familles arrivent avec un lieu bien précis en tête. D’autres demandent simplement à être accompagnées au large. Parmi les endroits les plus sollicités autour de La Seyne-sur-Mer figurent notamment les Sablettes et les Deux Frères, ces deux rochers emblématiques qui émergent au large de la côte.
« Ce sont les principaux lieux demandés », indique Éric Boniou.
D’autres familles choisissent un endroit qui avait une signification particulière pour le défunt. Certaines reviennent même dans le Var après avoir quitté la région, simplement pour permettre à leur proche de retrouver cette mer à laquelle il était attaché.
Une cérémonie encadrée et soumise aux conditions en merLa station facture la sortie 350 euros, une somme destinée notamment à participer à l’entretien des moyens et au fonctionnement de la SNSM.
Les cérémonies sont principalement organisées entre mai et octobre, généralement le samedi, et uniquement lorsque les conditions météorologiques le permettent. En cas de mauvaise météo, la sortie peut être reportée. « On évite car cela peut être difficile avec le mal de mer », explique Éric Boniou.
La dispersion des cendres est également encadrée par la réglementation. Elle doit être effectuée à plus de 300 mètres des côtes, tandis que l’immersion d’une urne nécessite une urne biodégradable et doit être réalisée à plus de trois milles nautiques du rivage, soit un peu plus de 5,5 kilomètres.
À l’issue de la cérémonie, la famille reçoit un extrait de carte permettant de connaître précisément le lieu de dispersion ou d’immersion. Un souvenir géographique qui permet, si elle le souhaite, de revenir un jour sur cet endroit.
Une dernière traversée, autrement
Pour les sauveteurs, il ne s’agit donc pas seulement de prendre la mer. Pendant quelques heures, leur mission change de nature.
Il n’est plus question de partir secourir un plaisancier en difficulté, mais d’accompagner une famille dans un moment intime, parfois douloureux, parfois profondément symbolique.
Et en regardant une dernière fois l’horizon, certains proches peuvent ainsi laisser partir celui ou celle qu’ils aiment dans un endroit qui lui ressemblait.
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