Le 11 mai 2023, la bande dessinée bretonne perd l’une de ses figures. La victime se nomme Jean-Yves Brouard. « Un homme non-violent, humaniste, respectueux des règles et des gens », décrit son frère, présent ce mardi au procès du conducteur qui lui a ôté la vie. Né à Saint-Brieuc, l’auteur, passionné d’histoire maritime et d’aéronautique, s’est fait un nom en signant notamment les scénarios de Missions Kimono, série narrant les aventures de deux pilotes de Rafale. Le 24e tome vient tout juste de sortir lorsqu’il est fauché à l’âge de 66 ans, en pleine tournée de distribution du journal Ouest-France dans les rues de Rennes.
À 4 h 29, il circule dans le sud de la ville et vient de franchir un feu vert lorsqu’un autre véhicule le percute de plein fouet. Jean-Yves Brouard meurt sur le coup. L’autre conducteur abandonne sa voiture et s’enfuit à pied. Il s’appelle Ali Essid, il a 25 ans. En panique, le jeune homme appelle sa sœur pour qu’elle vienne le chercher. Elle met près de trois heures à le retrouver dans un abribus. C’est elle qui l’amène aux policiers, toujours présents sur les lieux de l’accident, après avoir appris le décès de la victime via les réseaux sociaux.
Un jeune conducteur déjà condamné neuf fois
Les expertises révèleront que le mis en cause circulait en excès de vitesse et venait de griller un feu rouge juste avant le choc. Dans son sang : 0,8 g d’alcool. Confronté par le président du tribunal à ses déclarations contradictoires et sa propension à minimiser sa responsabilité tout au long de la procédure, le prévenu répond : « J’avais peur des conséquences et d’être grondé, comme un enfant. Aujourd’hui je souhaite être honnête. » Il le répète à plusieurs reprises, parfois en sanglots : « Tous les jours, je le regrette et je pense à M. Brouard et sa famille. »
Ses regrets ne lui attirent pas la clémence du président. Le casier du prévenu porte déjà neuf mentions, dont trois pour des infractions routières. « Elles n’ont servi à rien, vous avez de nouveau conduit comme un chauffard », insiste le magistrat. Placé en détention provisoire après la mort de Jean-Yves Brouard, le prévenu bénéficie ensuite d’une remise en liberté, dans l’attente de son procès. Alors que son contrôle judiciaire lui interdit de conduire et de se rendre à Rennes, il est surpris, début 2026, au volant d’une grosse cylindrée dans un quartier de la ville. Et ce, alors qu’il n’a plus de permis. Son contrôle judiciaire est révoqué. Il retourne en prison.
Condamné à X ans de prison ferme par le tribunal
Depuis le box des prévenus, il écoute la procureure égrener les circonstances aggravantes – délit de fuite, consommation d’alcool et ce feu rouge grillé – ainsi que son casier judiciaire. « Une répétition des comportements dangereux », pointe-t-elle, en s’interrogeant sur sa capacité à comprendre la gravité des faits. Elle requiert huit ans de prison ferme, sur les dix maximum prévus par la loi. « Une peine particulièrement lourde », plaide Me Fabian Lahaie pour la défense. Sans chercher à contester les éléments établis par la procédure, il brandit ces 66 pages écrites par son client au fil des mois, démontrant qu’il aurait fini par admettre sa lourde responsabilité.
Des arguments qui ne portent que peu auprès du tribunal, qui le déclare coupable : Ali Essid est condamné à sept ans de prison ferme. « Compte tenu de la gravité exceptionnelle des faits, de vos précédentes condamnations nombreuses, et de l’impression que vous donnez de ne pas avoir intégré la gravité de votre comportement », détaille le président. Le jeune homme proteste : « Vous me mettez sept ans ! Vous imaginez, sept ans ? Là, la justice, je comprends pas. » Commentaire du président : « Cela confirme l’absence de prise de conscience que le tribunal a évoquée. »