Sur les coups de midi, le très populaire marché de Noailles, dans le centre-ville de Marseille, est bien rempli. Khattabi, habituée à acheter fruits et légumes sur ce marché, choisit ses pommes de terre avec précaution : « Ici, c’est moins cher que les magasins, les pauvres comme moi, on n’oublie pas. »

Comme elle, de nombreux clients ne jurent que par ces étals pour se ravitailler. « À part peut-être le marché aux Puces, il n’y a pas mieux que Noailles. Les produits sont bons, c’est abordable », reconnaît Ouari, qui profite des rabais sur les produits abîmés. « Ici, j’économise. Je viens tous les 15 jours et je remplis mon chariot avec 20 euros pour ma femme, mes deux bébés et moi. » Content d’avoir déniché une belle demi-douzaine de bananes pour 1 euro, Robert, originaire de Sicile, loue aussi les promotions faites aux alentours de 17h ou 18h, avec des vendeurs qui essayent de vendre « la marchandise qu’ils ne remballent pas ».

Mais l’augmentation du prix des fruits et légumes, due à la baisse de la production en raison de la canicule et de la sécheresse, se fait tout de même ressentir. « J’achète moins », déplore Amar, retraité. Avant, je prenais un kilo de raisin. Maintenant, j’en prends seulement un demi-kilo. »

Des articles plus chers et moins de choix

Côté vendeurs, l’augmentation est d’autant plus palpable. « Avant, on vendait des salades, mais là il n’y a plus d’eau », lance Mano, derrière son étal entre deux blagues avec son collègue Jackie, qui coupe des pastèques derrière lui. Dans cette belle équipe qui anime le marché depuis les années 80, il y a aussi Sissi qui fait état de 30% d’augmentation des prix. Certains produits ont même doublé comme « les tomates de France et de Belgique », selon Mimoun, installé quelques mètres plus loin. À l’échelle nationale, la production de tomates aurait baissé de moitié selon la filière.

Rayan, qui aide son père à vendre ses produits, constate : « Les tomates aujourd’hui on n’en a pas, c’était trop cher par rapport au prix qu’on avait prévu. » La rareté des primeurs gourmands en eau se conjugue à l’inflation constatée sur le carreau du Min des Arnavaux. « Aux Arnavaux, où on se fournit chaque matin, le prix des articles augmente au fur et à mesure de la semaine et parfois on ne peut pas acheter. » Une situation difficile pour ce marché situé dans un quartier paupérisé que la « gentillesse » de ses commerçants, décrite par Robert, ferait presque oublier.