Au printemps 2023, la Ville de Paris interdisait les trottinettes électriques à l’issue d’un référendum citoyen. Une exception ? Pas vraiment. Valence, Montpellier, Toulouse, Nice… Ces dernières années, de plus en plus de villes ont fait le choix, au nom de la sécurité, de bannir ces engins électriques de leur centre-ville.

À Marseille, plusieurs accidents survenus ces derniers jours ont relancé le débat : le 11 août, un homme de 64 ans a été grièvement blessé après une chute avenue de Corinthe, derrière le stade Vélodrome (6e) ; quatre jours plus tôt, un adolescent de 17 ans était gravement blessé après avoir percuté une voiture sur la corniche Kennedy (7e).

En janvier dernier, en pleine campagne des municipales, Benoît Payan, interrogé par une auditrice sur Ici Provence, avait annoncé la disparition des trottinettes électriques à l’échéance des contrats actuels, à l’été 2027. En mars 2025, déjà, face aux lecteurs de La Provence, le maire (DVG) avait prévenu : « Si ça ne s’arrange pas, j’interdirai les trottinettes en libre-service. » Depuis, il n’a plus pris position publiquement. « Le maire penche pour l’interdiction, mais nous nous donnons jusqu’à l’été 2027 pour prendre une décision et voir comment faire respecter les multi-usages sur la voie publique, assure aujourd’hui Nicolas Hue, conseiller municipal (Génération écologie) délégué aux mobilités douces. Notre priorité, c’est la sécurisation de l’espace public. »

80 tués en 2025 en France

Si Marseille n’enregistre, d’après cet élu, pas plus d’accidents que d’autres villes, la question de l’accidentologie reste prégnante. En 2025, en France, la mortalité routière liée à ces engins a atteint un pic alarmant de 80 conducteurs tués, soit presque le double de l’année précédente. La situation est telle que des professionnels de santé, notamment le groupe francophone de réanimation et urgences pédiatriques, ont alerté cet été les autorités sanitaires, leur demandant de renforcer la prévention et la réglementation. Les accidents de trottinette engendrent en effet des traumatismes graves, avec une forte proportion de traumatismes crâniens sévères, selon les données de l’Observatoire français des traumatismes.

Pour la plupart jeunes, voire très jeunes, les usagers sont loin de tous connaître et respecter le code de la route. Stationnement anarchique, circulation sur les trottoirs, trottinettes à deux passagers, vitesse excessive… Les trottinettes sont une source d’anxiété pour beaucoup de piétons, cyclistes et automobilistes. « Elles répondent à des besoins de mobilité mais il y a un réel problème de mésusage de ces engins », reconnaît Nicolas Hue. Depuis un an et demi, la Ville a donc durci le ton avec les deux opérateurs Lime et Voi qui déploient chacun 1 500 engins.

« En période d’observation », ces derniers multiplient les actions pour sensibiliser les usagers au respect des règles. Les opérateurs brident la vitesse grâce à la géolocalisation ; Voi contraint chaque nouvel inscrit à passer un questionnaire sur le Code de la route et interdit l’accès aux mineurs par un système de double vérification d’identité ; les usagers qui abandonnent leur trottinette en pleine rue sont soumis à une pénalité de 25 €. « Nous travaillons avec les opérateurs sur ces points de vigilance, résume Nicolas Hue. Une réunion bilan est prévue en septembre. Nous aurons ensuite des points réguliers d’ici au printemps, date à laquelle nous déciderons ou non de renouveler le contrat des opérateurs. »