À 4,13%, l’emprunt français à dix ans retrouve un niveau inédit depuis novembre 2008. Au-delà des inquiétudes sur la dette tricolore et la présidentielle, le reflux des capitaux japonais et les 750 milliards de dollars investis dans l’IA raréfient l’argent disponible.
C’est du jamais-vu depuis novembre 2008. Mercredi 19 août, le taux d’emprunt à 10 ans de l’État français a atteint 4,13 %. Ce chiffre matérialise la crainte des prêteurs d’accorder du crédit à la France. La dette publique y culmine en effet à 117,5 % du PIB. Une méfiance encore accentuée par l’élection présidentielle. Celle-ci pourrait voir arriver au pouvoir des partis considérés comme très dépensiers. Mais l’état des finances publiques françaises n’explique pas seul cette flambée des rendements exigés par les investisseurs.
La hausse des taux est aussi visible en Italie (4,08 %), au Royaume-Uni (5,03 %) ou encore aux États-Unis. Outre-Atlantique, le rendement à 10 ans flirte avec ses records pré-crise des subprimes (4,68 %). « Il y a une cause commune, c’est la compétition accrue du capital disponible pour financer l’investissement », explique à La Tribune Florian Ielpo, chef économiste chez Lombard Odier Investment Managers. Deux facteurs étrangers à la France pèsent sur tout le marché du prêt aux États.
La hausse des taux japonais chamboule le marché obligataire mondial
Le premier vient du Japon. Depuis trente ans, les investisseurs nippons inondent les États d’argent frais, faute de rendements locaux attractifs. Les épargnants japonais sont les premiers détenteurs de la dette américaine avec plus de 1 100 milliards de dollars de titres, très loin devant le Royaume-Uni et la Chine. Tokyo détient aussi environ 4 % de toute la dette française, soit autant que Washington.
Sauf que depuis plus d’un an, la Banque du Japon augmente ses taux directeurs. Ces derniers ont même atteint 1 %, soit leur plus haut niveau depuis 1995. « Les investisseurs commencent à envisager de nouvelles hausses, alors que l’inflation sous-jacente se rapproche durablement de l’objectif de 2 % et que le yen faible renchérit les importations d’énergie et de produits alimentaires », explique le responsable de la stratégie d’investissement de Cité Gestion, John Plassard, dans une note.