Un véritable casse-tête. Depuis plusieurs jours, trouver de l’essence à Moscou relève presque de la mission impossible. Pour avoir une chance de faire le plein, certains automobilistes prennent désormais la direction de la banlieue. « Depuis ce midi, je cherche de l’essence, soupire Pavel, les joues creuses et le visage marqué par la fatigue, alors que le soleil commence déjà à décliner. Toutes les stations sont à sec. »
À ses côtés, une file interminable de voitures s’étire devant une station-service. Pavel espère atteindre la pompe avant que le SP-92 ne disparaisse à son tour. Les automobilistes attendent, moteur coupé pour certains, téléphone à la main pour d’autres, à la recherche, sur les applications mobiles, d’une station qui aurait encore du carburant. Hassan, venu de Tchétchénie pour passer ses vacances d’été à Moscou, en est déjà à sa dixième station-service de la journée.
« On est trop mous avec l’Ukraine », peste cet ancien combattant de la guerre en Ukraine, blessé à la jambe.
Une queue devant une station-service à Himki, en Russie.L’Ukraine cible les raffineries
Cette nouvelle crise intervient après une reprise des frappes ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières russes. Une attaque de drone, début août, a notamment contraint à l’arrêt la raffinerie d’Orsk, près de la frontière avec le Kazakhstan. Selon les autorités régionales, le site pourrait rester à l’arrêt pendant plusieurs mois. Une nouvelle vague de frappes, presque quotidiennes, commencée autour du 20 juillet, a touché à au moins 14 reprises des raffineries russes, parmi lesquelles plusieurs des plus importantes du pays.
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En une semaine, la situation s’est notamment dégradée dans les régions de Volgograd, Tcheliabinsk, Orenbourg, Voronej, Samara, Penza, Saratov, Lipetsk et Rostov, ainsi qu’au Tatarstan. Au 16 août, l’essence n’était disponible que dans 28,1 % des stations- service russes, soit à peine plus d’une sur quatre. « La situation reste tendue dans plusieurs régions du pays en ce qui concerne l’approvisionnement des stations-service en carburant », a déclaré le gouvernement russe, samedi.
Une station Gazprom à court de carburant. (Photo Luba Yordanskiya)La popularité de Poutine s’érode inéluctablement
« Merci Poutine ! », peste Vladislav, dont la station-service la proche de son domicile est sans essence depuis un mois. « On est tous en colère. On est tous stupéfaits de voir qu’un pays qui vit depuis des décennies de sa rente pétrolière en soit arrivé à une crise à cause de quelques drones ayant frappé des raffineries. »
Au 16 août, l’essence n’était disponible que dans 28,1 % des stations- service russes, soit à peine plus d’une sur quatre
Après plus de quatre ans de guerre, les difficultés quotidiennes s’accumulent : carburant devenu difficile à trouver, attaques de drones de plus en plus fréquentes, restrictions d’accès à Internet et hausse du coût de la vie. Par conséquent, la popularité du président russe baisse inéluctablement. D’après le dernier sondage du centre indépendant Levada, la cote de popularité de Poutine s’érode à environ 74 %, le plus bas taux depuis le début de la guerre en Ukraine. « Tout cela ne fera malheureusement pas pression sur Poutine lui-même, considère, néanmoins, Maksim. Il préférera sans doute cesser de vendre de l’essence à la population pour qu’il reste suffisamment de carburant pour alimenter les chars. Pour aucune des deux parties ce conflit ne se terminera bien. »