Par
Océane LALOUM
Publié le
20 août 2026 à 17h31
À Montpellier, la précarité étudiante commence souvent par le logement et finit par peser sur l’ensemble du budget. En 2025, un classement de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) du coût de la vie étudiante place Montpellier à la 18ᵉ place. Mais en regroupant les communes de la région parisienne, Montpellier se hisse à la 10ᵉ place, avec un budget moyen de 1 221,15 euros par mois, un budget non négligeable pour un étudiant.
Enola Kraemer, porte-parole du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, le SCUM, le constate au quotidien : « Il va d’abord prioriser son loyer, la nourriture est devenue secondaire », affirme-t-elle avec inquiétude. Avec des loyers élevés et une forte demande, les étudiants aux ressources limitées disposent de peu de solutions.
Selon Adam Jarraf, agent immobilier chez Human Immobilier, un studio coûte environ 450 euros dans les quartiers les moins chers et peut atteindre 600 à 650 euros dans des secteurs comme Clémenceau. Son agence reçoit une dizaine d’appels d’étudiants chaque jour. Face à ces prix, beaucoup acceptent de revoir leurs exigences : « Ils sont tous prêts à aller en colocation, ils sont prêts à prendre n’importe quoi », explique-t-il.
Des restrictions jusque dans l’assiette
Une fois le loyer payé, l’alimentation devient souvent l’un des premiers frais sur lesquels les étudiants réduisent leurs dépenses. Toutes les deux semaines, et à partir de la rentrée scolaire, le SCUM organise une distribution dans une épicerie solidaire de l’université Paul-Valéry, utilisée par plus de 300 étudiants. Depuis 2022, le nombre de colis distribués est passé de 7 000 à 15 000. Pour Enola Kraemer : « La précarité étudiante ne cesse d’exploser ». Le Crous constitue également un soutien essentiel. En 2025, les restaurants du Crous Montpellier-Occitanie ont servi plus de 2,7 millions de repas, dont 1,7 million à des étudiants boursiers et précaires. Pourtant, selon la porte-parole du SCUM : « Chaque année une personne sur deux saute des repas malgré le repas à 1 € », preuve que certaines situations restent extrêmement fragiles.
Pour certains étudiants, les aides, comme la gratuité des transports depuis quelques temps, ne suffisent toutefois pas à couvrir l’ensemble de leurs dépenses, rendant nécessaire le recours à un emploi pour équilibrer leur budget. C’est le cas de Sirine, étudiante en pharmacie, qui a un job étudiant pour payer son loyer et ses charges. Cette organisation lui demande de jongler entre ses études et son emploi, tout en l’obligeant à revoir ses habitudes de consommation : « J’ai dû supprimer la viande quand je fais mes courses pour économiser », raconte-t-elle.
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Le repas à 1 euro du Crous lui permet malgré tout de préserver une alimentation régulière : « Je ne saute pas de repas parce que je mange au Crous et ça me revient moins cher, ils sont à 1 € », explique-t-elle. Et pourtant, cela ne résout pas l’ensemble de ses difficultés financières. Malgré cet accompagnement, elle doit notamment renoncer à certaines sorties avec ses amis, surtout en fin de mois.
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Des renoncements qui dépassent l’alimentation
La précarité touche également les étudiants qui bénéficient d’un soutien familial. Maxime, étudiant dans une école privée, a ses parents qui prennent en charge son loyer. Il constate toutefois que cette aide pèse sur leur pouvoir d’achat et les oblige à être plus attentifs à leurs dépenses. Lui-même doit faire des choix : « Par exemple, je supprime les fruits des courses car ils sont vendus à des prix parfois qui dépassent l’entendement », raconte-t-il. Il estime qu’un étudiant aurait besoin d’au moins 300 euros par mois pour pouvoir manger correctement et acheter des produits de qualité.
Les loisirs sont eux aussi affectés par les difficultés financières. Même lorsqu’ils sont invités, les étudiants doivent parfois réfléchir à leurs dépenses avant d’accepter une sortie : « Quand on m’invite, je regarde l’argent qu’il me reste. Parfois je me prive de sortir avec mes amis parce que financièrement je ne peux pas », témoigne Maxime. D’après lui, une sortie coûterait en moyenne 50 euros et une place de cinéma environ 15 euros, des dépenses qui peuvent rapidement peser sur un budget étudiant et limiter l’accès aux activités culturelles et sociales.
Pour Lola, étudiante en journalisme à Montpellier, les difficultés sont encore plus marquées. Elle vit avec sa meilleure amie dans un appartement de 18 m² appartenant à ses parents, ce qui lui permet de ne pas payer de loyer. Malgré cela, son compte régulièrement le poids de ses dépenses : « À la fin du mois il me reste à peine 10 € sur mon compte et dernièrement je suis en négatif ». Elle se tourne alors vers les produits les moins chers, les aliments bientôt périmés et les surgelés. Son alimentation devient moins variée et il lui arrive de sauter des repas. Cette situation affecte également sa vie sociale : « Ma situation financière m’empêche parfois de sortir avec mes amis », témoigne-t-elle.
Des aides qui restent insuffisantes
Pour le SCUM, ces situations montrent que les aides actuelles ne permettent pas toujours aux étudiants de vivre dignement. Le syndicat demande notamment que les bourses puissent atteindre 1 288 euros et réclame la construction de logements supplémentaires. Enola Kraemer rappelle que les profils concernés sont très variés : « Il n’y a pas de profil type pour un étudiant… Rupture parentale, pas de bourse car trop âgé, et d’autres qui ont la bourse, mais ce n’est pas suffisant. »
À Montpellier, la précarité étudiante ne concerne donc pas uniquement les étudiants sans ressources. Elle touche aussi ceux qui travaillent, bénéficient d’une aide familiale ou perçoivent une bourse insuffisante. Derrière les chiffres et les dispositifs d’aide, les témoignages montrent surtout une succession de choix imposés par le manque d’argent, qui affectent aussi bien le logement, l’alimentation que les études et la vie sociale.
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