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Un satellite valant 2,9 milliards de dollars, gros comme un bus scolaire, tourne autour de la Terre sans que personne ne puisse plus lui parler. Depuis le 8 avril 2012, Envisat ne répond plus. Et il continuera de tourner, silencieux, encore un siècle et demi avant de se consumer dans l’atmosphère.
À retenir
- Un satellite flambant neuf se volatilise d’un coup sans aucun signe d’alerte préalable
- L’Europe a tout essayé pour le récupérer, mais une défaillance irréversible a scellé son sort
- Une bombe gravitationnelle invisible menace silencieusement des générations futures
Sommaire
- Le jour où l’Europe a perdu le contact
- Un géant de 8,2 tonnes qui n’a rien vu venir
- 150 ans d’attente, et un risque bien réel
Tout s’est joué en quelques secondes, lors d’un passage anodin au-dessus de la Suède. Le problème est survenu le 8 avril 2012, lorsque les contrôleurs de l’ESA ont cessé de recevoir les transmissions du satellite pendant un passage au-dessus de la station de Kiruna. Rien n’annonçait la panne. Il n’y avait aucun signe de dégradation avant la perte de contact, ce qui a poussé l’équipe à rassembler d’autres informations pour comprendre l’état du satellite.
Pendant un mois entier, les ingénieurs de l’Agence spatiale européenne se sont acharnés. Les équipes techniques ont immédiatement lancé des procédures d’urgence pour tenter de rétablir les communications, et les spécialistes de l’agence spatiale ont passé des semaines à essayer de reprendre le contrôle de l’engin. On a même mobilisé un autre satellite. Des radars au sol et même d’autres satellites ont été utilisés pour observer Envisat et vérifier d’éventuels signes de dommages structurels. Rien n’y a fait. Malgré ces efforts, aucune tentative n’est parvenue à rétablir le contact.
Le 9 mai 2012, l’ESA a jeté l’éponge. Quelques semaines seulement après avoir célébré sa dixième année en orbite, la communication avec le satellite Envisat a été soudainement perdue le 8 avril, et après des tentatives rigoureuses pour rétablir le contact et l’étude de scénarios de défaillance, la fin de la mission a été déclarée. Un scénario cruel, quand on sait que l’appareil avait été conçu pour cinq ans de service et qu’il en avait tenu dix, sans faiblir jusqu’à ce fameux 8 avril.
Un géant de 8,2 tonnes qui n’a rien vu venir
Envisat n’était pas un satellite comme les autres. Lancé depuis Kourou en 2002, c’était tout simplement le plus grand satellite civil d’observation de la Terre jamais construit. Sa mission principale consistait à étudier la Terre avec dix instruments sensibles pour cartographier terres, océans, glaces et atmosphère dans les moindres détails, et il a été utilisé par plus de 4 000 projets représentant 70 pays différents. Des données précieuses, notamment sur le recul de la banquise arctique.
Avec ses 26 mètres sur 10 sur 5 mètres pour un poids de lancement de 8 211 kilogrammes, la bête est colossale, imaginez un immeuble de plusieurs étages qui file en orbite à plus de 7 kilomètres par seconde. Sa masse a d’ailleurs très vite inquiété les spécialistes du débris spatial. Dès 2010, avant même la panne, des experts en débris orbitaux affirmaient que la taille de ce satellite en ferait une préoccupation majeure une fois sa mission terminée, estimant qu’il resterait probablement en orbite environ 150 ans, sauf circonstances imprévues.
Le hasard a voulu que cette prédiction se réalise dans le pire scénario possible : une panne totale, sans aucune possibilité de manœuvre de fin de vie. L’agence a confirmé que le satellite restait en orbite stable mais était totalement incapable de recevoir des commandes ou de transmettre des informations, une perte qui continue de préoccuper les experts de la sécurité spatiale puisque, contrairement aux satellites modernes, il n’a pas pu exécuter de manœuvre de désorbitation contrôlée avant d’être perdu.
150 ans d’attente, et un risque bien réel
Un siècle et demi, c’est long. Assez pour que quatre ou cinq générations se succèdent avant qu’Envisat ne redescende enfin sur Terre, quelque part entre 2160 et 2170. Pendant tout ce temps, le colosse restera une menace latente pour le trafic spatial, qui n’a fait que se densifier depuis 2012. Il est resté en orbite dans l’une des régions les plus fréquentées de l’espace, avec un risque de collision avec d’autres satellites ou fragments de débris spatiaux, sachant qu’une collision impliquant un objet de près de huit tonnes pourrait générer des milliers de nouveaux fragments orbitaux.
C’est précisément ce type de scénario catastrophe, un effet domino de collisions en cascade, qui hante les agences spatiales depuis des années. L’Europe a d’ailleurs fini par agir, mais pas directement sur Envisat. L’ESA a lancé le programme ClearSpace-1, une mission pionnière de nettoyage orbital. Ce véhicule spatial doit effectuer un rendez-vous, capturer et faire effectuer en toute sécurité une rentrée atmosphérique à un morceau de lanceur de 112 kg en orbite depuis 2013, une première mondiale pour extraire un débris spatial de son orbite. Un test grandeur nature, mais sur une cible bien plus modeste que les 8,2 tonnes d’Envisat.
L’agence européenne a montré depuis qu’une autre voie était possible pour ses satellites encore fonctionnels. En 2024, elle a réussi une manœuvre inédite avec un autre engin en fin de vie, ERS-2, dont la rentrée a été anticipée avec précision plutôt que laissée au hasard. Pour la rentrée dans l’atmosphère de ce satellite de 2,3 tonnes, l’Agence spatiale européenne estimait que le risque d’un choc était, pour un individu donné, inférieur à 1 sur 100 milliards, et les débris résiduels se sont abîmés sans incident dans l’Océan Pacifique le 21 février 2024. La différence avec Envisat ? ERS-2 avait pu être piloté jusqu’au bout. Envisat, lui, n’a jamais eu droit à cette sortie en douceur : il attend toujours, muet, quelque part au-dessus de nos têtes, à 790 kilomètres d’altitude.
Sources : en.clickpetroleoegas.com.br | aerocontact.com