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Un astéroïde de trente mètres de large tournant paisiblement autour de la Terre depuis plusieurs mois : voilà ce qu’a cru découvrir l’astronome amateur Bill Yeung le 3 septembre 2002. Ce jour-là, cet observateur amateur découvre un objet qu’il pense être un astéroïde jamais observé auparavant, en orbite rapide autour de la Terre. Mais l’affaire allait vite se révéler bien plus surprenante qu’une simple découverte astronomique de plus.

À retenir

  • Un objet céleste mystérieux captive la communauté astronomique en septembre 2002
  • Les calculs orbitaux révèlent quelque chose d’impossible pour un astéroïde naturel
  • La peinture blanche à l’oxyde de titane du vaisseau spatial américain trahit son vrai secret

Sommaire

  1. Un astéroïde qui n’en était pas un
  2. Le puzzle orbital résolu par le JPL
  3. La peinture qui a tout révélé
  4. Apollo 12, coupable tout désigné

Un astéroïde qui n’en était pas un

L’objet reçoit une désignation provisoire, J002E3, digne de n’importe quel caillou céleste répertorié par le Minor Planet Center. Mais quelque chose cloche presque immédiatement. Alors qu’il est relativement simple pour des planètes massives comme Jupiter de capturer régulièrement des astéroïdes ou des comètes, la Terre, plus petite, dispose de bien moins de puissance gravitationnelle pour influencer les visiteurs interplanétaires. un vrai astéroïde piégé par notre planète relève de l’exception statistique, pas de la routine.

Les astronomes du Minor Planet Center flairent vite l’anomalie. Les astronomes du Minor Planet Center réalisent rapidement que J002E3 n’est pas un astéroïde, mais une analyse des lancements récents ne permet d’identifier aucun candidat possible à l’origine de l’objet. Aucun engin envoyé récemment ne colle avec sa trajectoire. Il faut remonter le fil du temps, et c’est précisément ce que va faire le Jet Propulsion Laboratory de la NASA, à Pasadena.

Le puzzle orbital résolu par le JPL

Paul Chodas, spécialiste de la dynamique orbitale au JPL, se penche sur les chiffres. Son analyse détermine que l’objet est entré dans une orbite géocentrique en avril, après avoir circulé sur une orbite héliocentrique. En clair : J002E3 tournait autour du Soleil avant d’être happé par le champ gravitationnel terrestre. Une manœuvre de capture qui, en temps normal, n’a rien de naturel pour un simple caillou spatial.

Chodas pousse l’enquête plus loin. L’objet s’était échappé de l’orbite terrestre en mars 1971, ce qui correspond à son identité la plus probable : le troisième étage de la fusée Saturn qui a emmené les astronautes d’Apollo 12 vers la Lune en novembre 1969. Le puzzle prend forme : un objet lancé par la NASA elle-même, trente ans plus tôt, venait de refaire une apparition surprise dans le ciel terrestre. Comme le résume joliment Chodas lui-même dans un communiqué du JPL, « ce type d’orbite ne peut pas durer très longtemps, c’est une des raisons pour lesquelles il serait très improbable de trouver un astéroïde avec une orbite comme celle-ci ».

La peinture qui a tout révélé

Reste à confirmer l’hypothèse par la physique, pas seulement par le calcul de trajectoire. C’est là qu’interviennent des chercheurs du MIT et de l’Université d’Arizona, qui pointent leurs instruments sur cet étrange visiteur. Ils veulent vérifier si l’objet est un astéroïde ou un étage de fusée Apollo Saturn, et parviennent à observer J002E3 dans l’infrarouge, en collaboration avec des astronomes du Lunar and Planetary Laboratory de l’Université d’Arizona.

Le résultat spectral surprend d’abord par son étrangeté : rien à voir avec les astéroïdes classiques. La combinaison des données permet de produire un spectre unique, dont la forme ressemble beaucoup à celle de la peinture à l’oxyde de titane. Or cette peinture blanche n’a rien d’anodin dans l’histoire spatiale américaine : le troisième étage de la fusée lunaire Saturn V était justement peint avec cette peinture blanche à l’oxyde de titane. La correspondance est troublante, presque trop parfaite pour être un hasard.

D’autres équipes affinent l’analyse en croisant plusieurs longueurs d’onde. Des astronomes de l’Université d’Arizona ont trouvé que les observations spectrales de l’objet indiquaient une forte corrélation avec des matériaux fabriqués par l’homme, dont de la peinture blanche, de la peinture noire et de l’aluminium, cohérents avec les fusées Saturn V. Le verdict scientifique tombe : il ne s’agit ni d’un rocher ni d’un astéroïde, mais bien de ferraille spatiale humaine.

Apollo 12, coupable tout désigné

Reste à déterminer quelle mission exactement avait abandonné cet étage dans l’espace. Un premier indice pointait vers Apollo 14, mais l’hypothèse tombe rapidement à l’eau : NASA connaissait l’emplacement de tout le matériel utilisé pour cette mission, le troisième étage ayant notamment été délibérément écrasé sur la Lune pour des études sismiques. Il fallait chercher ailleurs.

La bonne piste se trouve du côté des toutes premières missions lunaires habitées. Lors des quatre premières missions lunaires (Apollo 8, 10, 11 et 12), l’étage S-IVB avait été laissé sur une orbite héliocentrique. Un choix technique qui allait changer dès la mission suivante : à partir d’Apollo 13 en 1970, les étages usagés étaient volontairement dirigés vers la Lune afin que les scientifiques puissent mesurer l’impact lunaire grâce à des sismomètres déployés lors des missions précédentes. Apollo 12, lancée le 14 novembre 1969, correspondait donc parfaitement à la fenêtre temporelle recherchée.

Les données orbitales collent, elles aussi, avec une précision troublante. Des indices circonstanciels suggèrent que cet objet est en réalité l’étage d’Apollo 12, laissé sur une orbite terrestre très éloignée après son passage près de la Lune le 18 novembre 1969, ce corps de fusée abandonné ayant été vu pour la dernière fois sur une orbite terrestre avec une période de 43 jours, proche de celle de J002E3. Autant dire que le dossier était bouclé : un morceau de ferraille américaine, propulsé vers la Lune en pleine course spatiale, venait de refaire un tour de piste inattendu trente-trois ans plus tard.

L’histoire ne s’arrête pas à cette identification. Ce bout de débris spatial baladeur devait s’échapper après sa sixième orbite mi-2003, avant de basculer à nouveau d’une orbite solaire vers une orbite terrestre dans les décennies suivantes. Un cycle qui se répète environ tous les quarante ans selon les astronomes, et qui rappelle une réalité peu connue du grand public : l’espace proche de la Terre garde la mémoire de nos anciennes conquêtes, prêt à nous les renvoyer sous forme de fausses alertes scientifiques.