Bis repetita ? Un peu moins d’un mois après la crise migratoire à Ceuta, un nouveau bras de fer pourrait se profiler au sein de l’Union européenne. Si la majorité des 72 000 migrants ayant franchi la frontière fin juillet ont été renvoyés au Maroc, la situation des exilés restants dans l’enclave espagnole provoque la discorde entre Madrid et Bruxelles.

En cause : la décision du gouvernement espagnol d’accueillir les mineurs isolés, selon les dispositions légales existantes en Espagne, et de notamment transférer 500 adolescentes vers l’Espagne continentale. La loi espagnole indique en effet que l’État a un devoir de protection envers les mineurs non accompagnés jusqu’à leurs 18 ans, explique The Guardian.

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« En Espagne, les expulsions massives de mineurs sont illégales », a mis en avant Ruben Perez Correa, le secrétaire d’État à l’Enfance, ce jeudi 20 août, lors d’un entretien à la radio Cadena SER. Les filles non accompagnées à Ceuta – dont certaines n’ont que 10 ou 11 ans – sont dans des « situations familiales très complexes » et « exigent une prise en charge spécialisée », a-t-il ajouté.

Mais l’annonce n’est pas accueillie favorablement au sein de l’Union européenne. En conférence de presse mardi 18 août, le porte-parole de la Commission pour les Affaires intérieures Markus Lammert a déclaré que « tous les migrants en situation irrégulière » encore présents à Ceuta devaient être renvoyés au Maroc. « Y compris les mineurs non accompagnés », a-t-il ajouté, comme le rapporte The Guardian.

Le porte-parole a ensuite assuré que ces retours étaient bien encadrés par le droit de l’Union européenne.

Des témoignages de violences

« Nous entrons dans le champ d’application de la Convention relative aux droits de l’enfant, de la loi sur la protection juridique des mineurs, et même dans le cadre européen de l’écoute active des mineurs, ce que le commissaire européen ne mentionne pas et ce que le Parti populaire ne mentionne pas non plus », a répliqué le secrétaire d’État à l’Enfance espagnol sur la Cadena SER.

Pour la correspondante du Guardian, ces prises de parole contradictoires peuvent s’expliquer par le fait que le dernier Pacte européen sur la migration et l’asile, entré en vigueur le 12 juin dernier, n’a pas encore été intégré au droit espagnol. La décision de Madrid est également débattue dans le pays. Les régions dirigées par le Parti populaire (droite), parfois avec le soutien du parti d’extrême droite Vox, s’opposent à l’annonce du gouvernement central de gauche.

D’après les informations du quotidien El País, la plupart des adolescentes viennent de situations « de violence » et refusent ouvertement de rentrer. À Ceuta, elles ont passé les trois dernières semaines à dormir dehors, alors que les ONG avertissent de la vulnérabilité des femmes et des filles dans cette situation. « Je ne dors pas bien. Nous avons tout le temps peur (…). Les garçons essaient de t’attraper, de te faire des choses horribles, sexuelles », a témoigné Wafae, 28 ans, auprès d’El País.

L’afflux de dizaines de milliers de personnes à Ceuta avait déjà provoqué un bras de fer au sein de l’Union européenne au cours de l’été. L’Espagne de Pedro Sánchez, dont le gouvernement défend une approche plus ouverte en matière migratoire, et les États de l’UE partisans d’une ligne migratoire très ferme, comme l’Italie ou le Danemark, s’étaient opposés des jours durant, avant de mettre fin aux tensions diplomatiques lors d’un échange entre les 27 pays de l’UE début août.

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