Le phénomène prend de l’ampleur depuis le printemps. Les « small boats » jusque là privilégiés par les réseaux de passeurs pour le franchissement de la Manche des personnes exilées, cohabitent désormais avec des embarcations allant jusqu’à 15 mètres et pouvant transporter jusqu’à 200 personnes.

Ces « mega boats » sont plus grands que les « small boats », mais tout aussi surchargés et dangereux pour les personnes cherchant à monter à bord. « Le mouvement de masse au moment de l’embarquement représente en effet un risque majeur, d’autant que de nombreuses personnes présentes ne savent pas nager », indique ainsi la station SNSM de Berck-sur-Mer, dont le semi-rigide (Notre-Dame-des-Sables) a été très sollicité durant l’été par le CROSS Gris-Nez, aux côtés des autres moyens de secours de la zone. 

Le 10 août, l’une de ces embarcations pneumatiques de fortune a ainsi réussi à atteindre les côtes britanniques avec 230 candidats à l’exil à son bord, dont une vingtaine d’enfants. La semaine précédente, le moteur d’un « mega boat » avait pris feu, obligeant ses 173 occupants à se jeter à l’eau, sans faire de blessés. Selon un décompte du journal britannique The Guardian, 11 traversées de ce type ont eu lieu en 2026.

Le recours à ces « mega boats » serait en lien avec le durcissement des contrôles, mis en œuvre depuis l’été dernier dans le cadre de l’accord migratoire franco-britannique, qui aurait poussé les réseaux de passeurs à adapter leur méthode : moins de traversées, mais avec des embarcations de plus grande capacité. Selon le Home Office, les arrivées au Royaume-Uni ont baissé d’environ 40% par rapport à la même période l’an dernier. Près de 17.000 personnes ont tenté la traversée depuis le 1er janvier, et plus de 2200 ont été secourues, selon la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord. Une vingtaine sont décédées.

Nombre de décès record en Méditerranée

En mer Méditerranée, le bilan humain est particulièrement lourd depuis le début de l’année. Une trentaine de personnes sont mortes noyées ces derniers jours, au large de la Libye. Selon l’Office international des migrations (OIM), plus de 1600 personnes ont perdu la vie ou sont portées disparues depuis janvier, contre 1100 l’an dernier à la même période. Dans son rapport publié le 12 août et portant sur les quatre premiers mois de l’année, l’OIM indique que le nombre de décès constatés sur la route de la Méditerranée centrale a doublé par rapport à l’année précédente, en raison principalement de la tempête Harry survenue en tout début d’année. 

Des décès en nette hausse alors que les arrivées par les voies maritimes du sud de l’Europe sont globalement en baisse, avec un peu plus de 47.000 arrivées (avec la route de l’Atlantique via les îles Canaries) depuis le début de l’année, sur 58.000 arrivées totales, d’après les données du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR). A la même période l’an dernier, près de 93.000 candidats à l’exil avaient atteint l’Europe par la voie maritime, sur 98.000 arrivées totales. 

Entraves aux opérations de secours

Au nord comme au sud du continent européen, le renforcement des contrôles au large des pays de départ pousse les migrants à prendre de plus en plus de risques, dénoncent les organisations humanitaires, qui déplorent également la multiplication des entraves aux opérations de secours. En Italie, le décret Piantedosi oblige par exemple les navires des ONG portant secours aux migrants à rejoindre immédiatement un port assigné par les autorités sans effectuer d’autres opérations de sauvetage, sous peine de sanctions administratives, allant de l’amende à l’immobilisation du navire. 

Plusieurs navires humanitaires, dont l’Ocean Viking de SOS Méditerranée, ont également été pris pour cible par les garde-côtes libyens ces derniers mois. La Libye occupe une place centrale dans la politique migratoire de l’Union européenne en Méditerranée centrale : les garde-côtes libyens sont soutenus financièrement, matériellement et opérationnellement pour intercepter les embarcations de migrants en mer et les ramener vers le territoire libyen, dans le cadre de coopérations avec l’UE et plusieurs États membres. 

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