Posted On 21 août 2026
Cent jours de mandat, cent jours de silence : c’est peu ou prou l’aveu que vient de livrer Laurence Ruffin à Place Gre’net. Rattrapée par le journaliste très vigilant Florent Mathieu pour dresser le bilan public de sa démarche « cent jours pour inventer demain », lancée en grande pompe le 20 mai, la maire de Grenoble a fini par expliquer pourquoi ce rendez-vous promis n’a jamais eu lieu. Entre excuses embarrassées et aveux de désorganisation, l’entretien dessine le portrait d’une exécutive qui navigue à vue, sans projet, et déjà incapable de tenir ses propres engagements.
RUFFIN TRÉBUCHE SUR SA PROPRE COMMUNICATION
La promesse initiale était pourtant limpide : que les mesures des « cent jours » soient réalisées ou lancées d’ici le 14 juillet, suivies d’un point d’étape public. Mais à l’approche de la Fête nationale, rien. Sollicitée début août par Place Gre’net, la Ville de Grenoble a seulement fait savoir qu’une publication sur les réseaux sociaux était prévue. Celle-ci a fini par tomber le 6 août et c’est peu de dire que le ridicule de la petite vidéo publiée confirme bien qu’il ne s’est rien passé en ce début de mandat !
Le bilan des 100 jours vu par la comm municipale. Jugez par vous-même…
LES FAUSSES EXCUSES POUR SE JUSTIFIER
Interrogée sur ce silence, Laurence Ruffin invoque deux distractions. « La Tour Perret a pris plus d’importance de communication qu’on ne le pensait. Et ensuite il y a eu l’emballement autour de la question Barbara Butch ». La communication autour de la tour Perret a été ridicule eu égard à l’ampleur de ce qu’aurait dû représenter cet événement, et n’a occupé qu’un week-end début juillet, tandis que Ruffin a mis des jours et des jours à s’exprimer sur Barbara Butch et que la polémique s’est éteinte fin juillet. Aucun de ces deux événements ne la dispensait de faire son bilan promis.
La grande réussite de la comm’ pour la Tour Perret…
« VOIR SI ÇA FAIT ENCORE SENS » : L’ENGAGEMENT EST DEVENU UNE OPTION
Pourtant, la maire n’en démord pas sur le principe : « quand on s’engage, on est redevable d’un retour. […] C’est bien de dire ce qu’on va faire et, ensuite, de faire un retour sur ce qu’on a fait », insiste-t-elle. Belle profession de foi démocratique, qu’elle contredit aussitôt elle-même : ce temps de restitution, elle doit encore en discuter avec son cabinet pour « voir si ça fait encore sens » ! Une telle contradiction dans une même phrase est en soi un petit exploit qui permet de mesurer le degré d’amateurisme et de perdition de la Maire.
UN BILAN FAIT DANS L’ENTRE SOI, LOIN DES GRENOBLOIS
Laurence Ruffin assure malgré tout avoir « bien réalisé un bilan en interne avec ses équipes ». Un bilan tenu secret, réservé au huis clos du cabinet et des élus municipaux de la majorité : tout sauf un exercice de transparence envers les habitants qui l’ont élue. Cette manie n’est pas nouvelle à l’Hôtel de ville : elle prolonge une pratique déjà en cours sous Piolle, où la novlangue municipale distillée ça et là masquait invariablement l’absence de contradiction et de compte rendu public digne de ce nom.
LA TRANSPARENCE BUDGÉTAIRE SE SOLDE PAR UN ATELIER-JEU
Grande promesse des Cent jours : « une démarche de transparence » sur la conception du budget, via une vidéo pédagogique. Résultat : un pauvre atelier-jeu organisé le 7 juillet à l’hôtel de ville dans la confidentialité la plus totale. Un gadget pour un sujet gravissime : l’endettement de Grenoble atteint 1 667 euros par habitant, 25 % de plus que la moyenne des villes comparables, tandis que les dépenses de fonctionnement progressent d’environ 11 % par an. La majorité espère qu’un vulgaire jeu de société (dont il n’y a eu aucun retour presse ou sur les réseaux, c’est dire le succès d’affluence que ça a dû être) permettra de s’affranchir du débat sur cette trajectoire catastrophique.
Avec Ruffin, c’est la démocratie du gadget. Source Hervé de Greuh!noble
DES CENTRES DE SANTÉ ET UNE « MAISON DU QUOTIDIEN » AU CALENDRIER FANTÔME
Sur le volet santé, le tableau n’est guère plus reluisant. Le soutien à un centre de santé dans le quartier Saint-Bruno, autre promesse phare, en reste toujours au stade de l’« analyse des lieux possibles » ; son ouverture, comme celle d’un second centre à Flaubert, n’est pas envisagée avant 2027. En bref : rien n’a avancé. Quant à la « maison du quotidien », vantée comme un « outil de démocratie locale », là encore elle la municipalité en est à réfléchir à un lieu de test pour ce qui ne constituera qu’un vague changement de nom des Maisons des Habitants existantes !
UN PLAN DE MANDAT QU’ON NE VOIT TOUJOURS PAS
Et au-delà des cent jours ? Laurence Ruffin promet encore un « plan de mandat », censé couvrir six ans et dont la présentation est repoussée à l’automne. Soit plus de 7 mois après son élection du 22 mars, pour que Grenoble sache enfin où sa maire entend l’emmener. « On donne les grandes lignes, les orientations, et ensuite on décline sur les 18 premiers mois », promet-elle. En réalité le cap n’a jamais existé et n’existe toujours pas, si ce n’est continuer dans la roue de ce que faisait Piolle.
LES ALERTES DE CLÉMENT CHAPPET
Face à ce vide, Place Gre’net relaie les alertes de Clément Chappet, président du groupe d’opposition Réconcilier Grenoble. Interrogé par Les Échos, il résume sans détour : « élue sans programme, elle parle d’un plan de mandat pour l’automne. Et dans la perspective des 100 jours, outre la réappropriation de l’existant, ne restent que quelques gadgets : des rubans colorés dans une rue en juillet pour le commerce et une trempette dans l’Isère fin août ». Un constat que les faits confirment chaque jour.
LE COMMERCE GRENOBLOIS, GRAND OUBLIÉ DES « CENT JOURS »
L’opposition ne mâche pas ses mots sur le commerce, absent des priorités affichées. « Qui peut sérieusement penser que la situation du commerce à Grenoble s’améliore avec la municipalité Ruffin ? Ça me met en colère quand j’entends certains représentants d’associations subventionnées qui nous expliquent que la rue colorée serait le symbole de l’écoute », dénonce encore Clément Chappet. Un « ciel de rue » ne règle en effet ni le stationnement, ni la propreté, ni l’insécurité, dans un centre-ville où la vacance commerciale culmine à 14 %, contre 6 % avant 2014.
UNE MÉTHODE : COMMUNIQUER D’ABORD, GOUVERNER PEUT-ÊTRE
Mise bout à bout, cette accumulation de reports, d’aveux et de gadgets dessine une méthode, ou plutôt son absence. Un point d’étape escamoté, un bilan tenu secret, une transparence budgétaire réduite à un jeu, des centres de santé renvoyés à 2027, un plan de mandat sans cesse repoussé : à chaque étape, c’est la communication qui pilote l’action, jamais l’inverse. Grenoble n’a pas une maire qui gouverne avec un cap ; elle a une maire qui tente de gérer, au jour le jour, l’image qu’elle donne d’elle-même. Mais même ça, elle n’y parvient pas.
TOUJOURS LE MÊME CAP INCERTAIN
Cette impuissance méthodique n’a rien d’un accident de parcours. Laurence Ruffin gouverne avec la moitié des adjoints d’Éric Piolle, dans la continuité assumée de 12 années où la communication a toujours primé sur la gestion de la ville. Le nom a changé sur le papier tandis que la méthode demeure la même : celle d’un mandat sans boussole, où gouverner se résume à faire patienter.