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Mariane RIAUTE

Publié le

21 août 2026 à 6h06

« Il parlait avec tellement d’aplomb et de sang-froid que j’ai fait ce qu’il demandait. » En quelques heures, Guillaume Villain, restaurateur, s’est fait dérober 24 000 euros par un faux conseiller bancaire. Une arnaque qui menace aujourd’hui l’avenir de son établissement, Crep’Chignon, installé depuis 2008 à Cornebarrieu, près de Toulouse. Champion de France de la crêpe et détenteur du Trophée Lucien Vanel, le gérant a été victime d’une arnaque, mardi 11 août 2026, dont les conséquences pourraient être lourdes pour son établissement. Au point de craindre de devoir mettre la clé sous la porte. Face à cette situation, Guillaume Villain lance un appel à l’aide à ses clients.

24 000 euros perdus

Dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 août 2026, Guillaume Villain reçoit un mail de Mondial relay lui indiquant qu’un colis est en attente depuis un mois. Il attend alors effectivement un colis depuis plusieurs semaines, bloqué chez le transporteur à cause d’une erreur d’adresse. Le mail lui demande de payer 0,99 euro pour le débloquer. Il s’exécute et reçoit rapidement une confirmation : le colis sera livré sous trois jours.

C’est à ce moment-là que l’arnaque commence.

Le lendemain, vers 18 h 37, Guillaume Villain reçoit l’appel d’un certain « David Cohen » qui se présente comme un conseiller bancaire. Il lui affirme qu’une alarme vient de se déclencher sur son compte professionnel : « Vous êtes en train de vous faire escroquer de 29 000 euros. Il faut stopper l’hémorragie de suite. »

« Il m’a mis en confiance », raconte le restaurateur.

« Il parlait avec tellement d’aplomb et de sang-froid »

Son interlocuteur lui dit avoir une visibilité sur trois opérations, dont celle de 0,99 euro, effectuée auprès de Mondial relay, ainsi que des montants plus élevés. Il affirme pouvoir les bloquer.

Pour chacune des opérations, Guillaume Villain effectue la même manipulation : il signe un mail et sa voix est enregistrée pour confirmer qu’il souhaite annuler ces prélèvements.

Mais l’escroc ne s’arrête pas là. « On a stoppé l’hémorragie. Maintenant, on va sécuriser votre trésorerie » en créant un nouvel IBAN, présenté comme étant hébergé dans le « coffre-fort de la Banque de France. » L’escroc lui demande ensuite d’y transférer 24 000 euros.

« Il parlait avec tellement d’aplomb et de sang-froid dans une situation qui, pour moi, semblait être de l’urgence, que j’ai fait ce qu’il demandait », raconte Guillaume Villain.

C’est finalement lorsque le faux conseiller lui demande de sécuriser un autre compte dans une autre banque que le restaurateur commence à avoir des doutes. Il raccroche.

« Il me reste 177 euros »

Le lendemain, il se rend compte que sur son compte courant, il ne lui reste plus que 17 euros et 177 euros sur son compte professionnel.

L’agence bancaire qu’il s’empresse d’aller voir lui confirme qu’il s’agissait bien d’une arnaque qui lui a coûté cher : 24 000 euros.

Un remboursement a été demandé par sa banque, mais la récupération des fonds s’annonce complexe. En cause : le virement instantané.

« Dès l’arrivée de la somme, elle est transférée vers un autre compte à l’étranger. Si ça avait été un virement classique, les banques ont 48 à 72 heures pour demander le retour des sommes escroquées », répète le restaurateur.

Il se rend ensuite à la gendarmerie et comprend alors que le premier mail reçu, concernant son colis Mondial relay, a servi de point de départ à l’arnaque. Les gendarmes lui indiquent que le site du transporteur a été piraté et que les escrocs auraient utilisé cette commande en attente comme prétexte pour entrer en contact avec lui.

« Ils m’ont également dit que je n’ai pas été arnaqué par un petit escroc dans son garage mais par une mafia sûrement en lien avec le narcotrafic », relate Guillaume Villain, qui témoigne d’ailleurs afin d’alerter confrères et particuliers.

« Ce n’est pas un cas isolé »

Selon lui, cette arnaque est loin d’être un cas isolé. Il soupçonne les escrocs d’adapter leurs horaires en fonction de leurs victimes : « Je pense qu’ils appellent des personnes âgées et des inactifs en journée, puis des actifs et des chefs d’entreprise après 17 h, pour qu’on ne puisse pas contacter notre conseiller », alerte le restaurateur.

S’il a peu d’espoir de récupérer les 24 000 euros perdus, c’est désormais l’avenir de son restaurant, Crep’Chignon, qui l’inquiète.

« Le 15 du mois, il y a l’Urssaf, le 21, la TVA et dans dix jours, ce sont les salaires. Je ne sais pas comment je vais faire. J’ai des charges qui tombent tous les mois et des emprunts à rembourser. »

Face à cette situation, le restaurateur lance un appel à ses clients. Il espère pouvoir renflouer rapidement les caisses et éviter de devoir fermer son établissement.

« Mon seul souhait, c’est que mes fidèles clients essaient de venir plus régulièrement », confie le maître restaurateur.

« Pour la survie du restaurant »

Aujourd’hui, une crainte hante le maître crêpier : devoir, pour sa 19e saison, mettre la clé sous la porte à cause de cette mésaventure.

« Qu’on soit un particulier ou un chef d’entreprise, si demain vous vous faites piller vos comptes, le ressenti est le même : on se demande comment on va faire », confit le gérant de l’établissement référencé dans le guide Gault & Millau.

Pour tenter de rattraper les 24 000 euros perdus, il envisage même d’ouvrir son établissement les lundis et mardis, habituellement fermé.

« Je cherche tous les outils, tous les moyens, toutes les solutions pour renflouer au plus vite les 24 000 euros. Ce n’est pas de l’argent qui dort, c’est pour la survie du restaurant, c’est un fonds de roulement dont j’ai besoin », explique-t-il.

Guinguette, traiteur, événements et restauration de qualité

À Crep’Chignon, le maître crêpier propose une offre qui va bien au-delà des crêpes et des galettes. L’établissement dispose d’une salle de restauration, d’un patio couvert et chauffé ainsi que d’une pergola sous les vignes et fonctionne comme une guinguette à l’année.

Le restaurant accueille également des repas et apéritifs cocktails pour les entreprises et les événements privés, comme les anniversaires ou les baptêmes, avec également une activité traiteur.

« Ça a un goût d’amertume, d’avoir énormément travaillé pour ça et qu’en un clic d’ordinateur, on se fait dérober tout son travail. C’est à en vomir », conclut-il.

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