Sur le plan de la désinformation, la campagne présidentielle bat déjà son plein. Début août, de fausses informations avaient déjà circulé au sujet des candidats Edouard Philippe et Gabriel Attal et du probable candidat PS Raphaël Glucksmann. Le parquet de Paris a d’ailleurs lancé les 6 et 18 août derniers une enquête sur ces soupçons d’ingérence numérique russe.
Le candidat Renaissance semble être particulièrement visé puisqu’après ces deux attaques de début de mois, deux autres ont été repérées les 12 et 19 août. De fausses informations, bien entendu, mais qui détournent une dizaine de grands médias – dont Ouest-France – pour appuyer visuellement ses allégations. Viginum, l’organisme gouvernemental de détection des ingérences étrangères numériques du gouvernement, a identifié la publication d’au moins cinq faux reportages et cinq fausses unes de médias français et européens. Les publications relaient une variété de narratifs par exemple autour d’une prétendue maladie de Parkinson de Gabriel Attal ou de l’implication de proches du candidat dans les cyberattaques ayant visé l’administration fiscale française. Dès le 20 août, le lendemain de la diffusion, Ouest-France a lancé une procédure juridique afin de dénoncer l’usurpation de son identité et de faire supprimer les posts en question du réseau social X (ex-Twitter). La fausse « Une » de Ouest-France évoquait quant à elle une fictive inculpation du candidat pour des faits de corruption envers un procureur.
Modus operandi « Matriochka »
Selon nos sources, l’implication de la Russie ne fait guère de doutes. Le « mode opératoire informationnel », c’est-à-dire la façon dont est produite et diffusée la fausse information, correspond en tous points à celui baptisé « Matriochka », bien connu des services de Viginum depuis plusieurs années. Lancement de la fausse information depuis un compte X récemment créé, gonflement artificiel par des robots de la visibilité du post, usurpation de médias français… Tout désigne une ingérence numérique russe. Ce « modus operandi » Matriochka agit sur les réseaux depuis septembre 2023.
Lire aussi. Attention aux usurpations d’identité de vrais médias
Cette opération s’inscrit clairement dans la continuité des opérations informationnelles pro-russes qui ont ciblé plusieurs candidats à l’élection présidentielle de 2027 au cours des dernières semaines confirme un proche du dossier.
Visibilité encore très faible
Reste que les « fake news » en question n’ont eu qu’une visibilité très faible. Le post a été vu « seulement » 150 000 fois et la quasi-totalité des interactions sont le fait de robots et non d’humains. L’un des comptes X dont émane la fake news reprenant la fausse Une de Ouest-France, par exemple, ne compte que… cinq abonnés. Nous ne reproduisons pas ici ce post afin, justement, de ne pas lui offrir de caisse de résonance.
Lire aussi. Notre rubrique sur la lutte contre la désinformation
L’objectif de ces campagnes est triple. En premier lieu, discréditer un candidat bien sûr. Mais également la campagne présidentielle de manière générale et donc encourager en creux l’abstention ou le vote blanc. Enfin, jeter le discrédit sur les médias français : si l’internaute croit la fausse Une, l’opération fonctionne, s’il ne la croit pas, cela risque d’altérer sa confiance dans le média. Dans les deux cas, l’attaque est gagnante.
Galop d’essai avant le vrai lancement
Pour l’heure, malgré la multiplication des attaques numériques depuis les Municipales de 2026, aucune n’a réellement eu de visibilité ni d’impact réel avait rappelé Sébastien Lecornu dans une conférence de presse le 11 juin dernier, prophétisant une menace lourde sur l’élection présidentielle. C’est encore le cas pour ces campagnes estivales de désinformation. Mais à en croire les spécialistes, il s’agirait de simples galops d’essai avant l’accélération le top départ de la campagne présidentielle attendu ces prochaines semaines.