« En France, les médecins sont bons en technologie, en sciences. Mais mauvais en créativité, en écoute, en empathie, dans la capacité à interpréter un récit », estime le Dr Laurent Messer, chef du service de rhumatologie des Hôpitaux civils de Colmar. Depuis deux ans, il pratique la médecine narrative auprès de certains de ses patients et coordonnera, les 11 et 12 février 2027, une nouvelle formation universitaire à Strasbourg.

« Les études françaises et internationales montrent qu’on écoute le patient entre 11 et 18 secondes avant de l’interrompre, sans lui laisser le temps de déplier sa pensée », ajoute Laurent Messer. La médecine narrative, née en 2000 à l’université Columbia, à New York, sous l’impulsion de la médecin Rita Charon, a précisément pour principe de redonner une place au récit du malade.

Travail autour de l’écoute et de l’interprétation

À Colmar, son équipe s’est notamment intéressée à des malades qui continuaient à se plaindre de symptômes alors que, du point de vue médical, leur maladie semblait contrôlée. Lors des séances, « les patients racontent leur version des faits ». « Il y a une forme de catharsis. Ils reprennent le contrôle dans leur maladie », observe le rhumatologue. Une démarche qui vise moins à modifier un traitement qu’à « se mettre à la place de l’autre » et à replacer le patient « au cœur du soin ».

La formation strasbourgeoise alternera apports théoriques — histoire, anthropologie, philosophie, littérature — et ateliers pratiques autour de l’écoute, de la subjectivité et de l’interprétation des récits. « Nous utilisons notamment des textes de littérature pour développer les capacités d’écoute, d’absorption et d’interprétation », explique Laurent Messer. Elle est ouverte aux médecins et paramédicaux, mais aussi aux chercheurs et chercheuses et personnes travaillant dans le social.