Deux plaintes au procureur de la République de Nice, une plainte au procureur général d’Aix-en-Provence, une transmission pour information au Parquet national financier et deux signalements à la chambre régionale des comptes en quelques semaines : la régie Ligne d’Azur (RLA) traverse cet été une crise sans précédent.
Au cœur du dossier : des soupçons d’emplois fictifs, d’heures de délégation syndicale injustifiées et d’avantages hors norme au sein de l’opérateur de transport public de la Métropole Nice Côte d’Azur (1 800 salariés, 250 millions d’euros de budget annuel).
L’élément déclencheur ? La situation contractuelle d’un cadre dirigeant de la régie, qui a mis la puce à l’oreille d’AC !! Anticorruption. Par l’intermédiaire de son avocat Vincent Poudampa, l’association a déposé plainte pour « détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts ».
« En 2026, la rémunération annuelle de ce directeur général adjoint culmine à plus de 160 000 euros brut – le plus gros salaire de la régie – assortie d’un véhicule de fonction, carburant et péage illimités, frais de déplacement et trajets vers la Corse. Son contrat intègre même une reprise d’ancienneté de 14 ans alors qu’il travaillait auparavant pour une autre entreprise », fait valoir Me Poudampa.
La directrice générale de la régie, recrutée en janvier 2025, avait entrepris de régulariser ce contrat « jugé fragile par les avocats ». Mais il existerait des cas similaires dans l’entreprise. La directrice générale affirme avoir subi d’« intenses pressions politiques » avant d’être suspendue le 1er juillet 2026 par le nouveau président de RLA, Bertrand Gasiglia.
« 5 000 heures de délégations syndicales n’ont pas été justifiées »
Ce n’est pas la seule anomalie avancée par les nombreux salariés qui ont apporté leur témoignage à Nice-Matin. Selon l’un des signalements transmis à la justice, « 5 000 heures de délégations syndicales n’ont pas été justifiées en 2025, soit un préjudice de 200 000 euros ».
Autre élément pointé par les signalements : « Une provision financière exorbitante de plus de 10 millions d’euros accumulée au sein de RLA en raison du report illégal et indéfini des congés annuels non pris ». « Il y a des salariés qui ont 400 jours de congé reportables qu’ils gardent à la fin de leur contrat et qu’on leur paye. Et ça, c’est illégal », témoigne un lanceur d’alerte.
L’intéressement des salariés est également dans le viseur. La directrice générale explique qu’un « mécanisme a été élaboré […] pour garantir le versement systématique des primes. On se débrouillait toujours pour verser la même somme parce qu’à chaque fois qu’on se mettait autour de la table, l’un de mes adjoints me disait : “On doit le faire parce que le syndicat majoritaire (la CGT) veut que ce soit ainsi.” »
Le président de la régie assure « ne pas être au courant d’un quelconque dysfonctionnement »
Le président de la régie Ligne d’Azur, Bertrand Gasiglia, nie en bloc : « C’est une entreprise soumise au contrôle de légalité. Elle est soumise à tout un tas de contrôles. Tout est conforme aux règles en vigueur. » Interrogé sur les plaintes, il assure « ne pas être au courant d’un quelconque dysfonctionnement. » Il justifie l’éviction de la directrice générale par des « problèmes de management » tout en reconnaissant que sa « probité n’est pas en cause ».

Jean-Thomas Capriglione, délégué syndical CFTC, fustige l’attitude du président de la régie : « Quand il dit qu’il n’est pas au courant, il ment. Bertrand Gasiglia doit partir. » Pour Stéphane Champoussin, délégué syndical Sud Solidaires, « il faut tirer tout ça au clair. Les audits lancés par la direction doivent aboutir ».
Le président de la régie se veut rassurant sur les investigations internes : « Les audits sont en cours. Ils aboutiront bien sûr. S’il faut prendre des mesures et des dispositions, nous le ferons pour tenir compte des conclusions de ces audits. »
Bertrand Gasiglia l’affirme : « Si je suis au courant de faits graves, vous pensez bien que je ferai un article 40 [1] et qu’on prendrait toutes les mesures qu’il faudrait. »
1.L’article 40 du Code de procédure pénale impose à toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, a connaissance d’un crime ou d’un délit, l’obligation d’en aviser sans délai le procureur de la République et de lui transmettre tous les documents utiles.