À l’Aéroport Montpellier Méditerranée, les avions ne sont pas les seuls à décoller. Chaque jour, une centaine d’espèces d’oiseaux volent, s’envolent ou survolent la plateforme. Pour prévenir les risques de collision, le Service de Prévention du Risque Animalier, multiplie les opérations d’effarouchement. Reportage.

Certains passagers sont un brin particuliers. Ils ont des ailes, un pelage, un bec, etc. Et pèsent quelques grammes. À l’Aéroport Montpellier Méditerranée, à Mauguio (Hérault), plus d’une centaine de volatiles — parmi eux des aigrettes, flamants roses, canards colverts ou autres outardes canepetières — ont posé leurs valises. « L’aéroport est situé sur un flux migratoire, les oiseaux viennent, nichent, chassent. C’est pour ça que l’on retrouve de nombreuses espèces sur la plateforme », explique Eric Nampon, responsable du service de prévention du risque animalier (SPRA).

Ici, à côté des pistes, sous l’assourdissant fracas des 70 départs quotidiens qu’enregistre l’aéroport héraultais, près de 300 hectares de faunes et de flores. Des prairies, des bosquets, des étangs, etc. « Le cadre est idéal pour les oiseaux… Il faut donc les protéger mais aussi faire en sorte qu’ils ne nuisent pas au bon fonctionnement de l’aéroport », ajoute l’ancien officier au sein du bataillon des marins pompiers de Marseille.

Mars 2017, dernier accident aviaire à Montpellier

Car ces colocataires, qui volent avec les mastodontes en fibres de carbone peuvent parfois poser problème. « Il peut y avoir des collisions entre les avions et les oiseaux, ça peut être problématique. Ça peut abîmer un appareil ou causer des accidents plus importants », témoigne Jérôme Borne, un agent du SPRA. On appelle ça un « bird strikes », une collision d’oiseaux en français.

Pour éviter les accidents aviaires, l’Aéroport Montpellier Méditerranée mise sur le SPRA, une bande d’une trentaine de bonshommes formée aux métiers de pompier d’aéroport. Ces agents sillonnent les pistes la tête levée, leurs missions : trouver des oiseaux puis les éloigner des pistes. « On commence nos missions d’effarouchement une demi-heure avant le lever du soleil, puis on termine une demi-heure après le coucher du soleil », souffle Florian Duron. C’est lui qui patrouille aujourd’hui. Il nous présente son matériel : « j’ai ici deux pistolets d’alarme et une carabine. La, j’ai les cartouches, il y a deux variétés de munitions, les crépitantes et les détonantes. Elles ont des bruits et des portées différentes », explique l’Héraultais de 40 ans. Sans oublier le générateur de bruit, un boîtier dans lequel sont enregistrés plus d’une centaine de gazouillements. « Tous ces dispositifs permettent d’éloigner les volatiles des pistes et de réduire le risque de collision avec les appareils », ajoute-t-il.

Un aéroport sécurisant, qui attire de nouvelles compagnies

« La direction de l’aéroport nous accorde un budget de 60 000 euros. Les agents agissent dans d’excellentes conditions », souligne Eric Nampon. Des formations sur les oiseaux et les techniques d’effarouchement sont proposées régulièrement aux agents du SPRA. Et il y a aussi des investissements dans le matériel. « Près de 70 munitions sont tirées chaque jour », lance Florian Duron. Ça fait beaucoup. Ça fatigue surtout rapidement les barillets et les canons des pistolets d’alarme, qu’il faut changer tous les ans… Montant d’un pistolet : 600 euros. Aïe. Le SPRA en dispose une dizaine.

« J’utilise une autre technique, basée sur des faucons »

Au-dessus du tarmac, aucun volatile à l’horizon… Les équipes du Service de Prévention du Risque Animalier (SPRA) de l’Aéroport Montpellier Méditerranée ont bien travaillé. Ils ont utilisé leur armada habituelle… Basé sur les armes à blanc et des systèmes de nuisance sonores. « Moi pour effaroucher, j’utilise une autre technique, basé sur des faucons », explique Cédric Toubas, effaroucheur dans la région. « J’élève une cinquantaine de faucons ! Je les utilise pour diverses missions d’effarouchement », lance le quadragénaire. Pour les missions en aéroport, Cédric Toubas s’appuie sur des Buses de Harris, des rapaces sud-américains dociles, endurants et surtout considérés par certains volatiles (comme les mouettes ou les goélands, NDLR) comme un prédateur mortel. Rien que ça.

Mais les volatiles sont-ils plus performants que les systèmes sonores et pyrotechniques ? « Je dirais que c’est avant tout complémentaire », souffle l’ornithophile, qui a créé son entreprise d’effarouchement il y a près d’une décennie. « Il ne faut tout de même pas oublier que mes faucons sont des êtres vivants », ajoute Cédric Toubas. Sous-entendu : ces oiseaux après plusieurs heures d’efforts, ils sont remplacés, mis au repos, etc.

Des investissements qui en valent la peine ? Le dernier accident sur la plateforme montpelliéraine date de 2017, un Airbus avait alors heurté un flamant rose. Les risques aviaires, c’est tabou, « on n’en parle pas souvent », ajoute le sexagénaire à la tête du service SPRA. En même temps, la sécurité des pistes d’atterrissage est primordiale pour un aéroport. C’est ce qui attire, ou non, de nouvelles compagnies à s’installer. « On est satisfait du travail mais il ne faut pas se relâcher », lance Éric Nampon.

Se relâcher ? Bien sûr que non, l’aéroport n’a jamais desservi autant de destinations. Une quarantaine, un record.