Une barrière visant à empêcher les deux-roues autres que les vélos d’emprunter une nouvelle piste cyclable a été démontée, peu après sa mise en service. En cause, la dangerosité du dispositif, que l’actuelle équipe municipale nie avoir ordonné… tout comme l’ancienne.
Y aurait-il un syndrome de la rue Mélanie dans les couloirs de la municipalité à Strasbourg ? Pour rappel, cet aménagement kafkaïen d’une rue avait été moqué en France et avait collé aux basques de l’ancienne équipe municipale, comme le sparadrap du capitaine Haddock.
Le nouvel épisode aurait pu plaire à ce capitaine de la marine marchande, puisqu’il prend place rue de Rotterdam, plus grand port d’Europe. En cause, un dispositif baroque visant à empêcher les deux roues autres que les vélos de passer.
Dans cette rue désormais réservée aux mobilités douces, une longue piste cyclable borde désormais l’école maternelle du Conseil des XV. Le lieu sent le neuf : le goudron a encore des reflets noirs, les arbres ne se sont pas émancipés de leur tuteur, et une odeur de copeaux de bois émane du lieu, abondamment végétalisé. Problème, des scooters ou véhicules deux-roues motorisés l’empruntent à vive allure. D’où l’idée de cette barrière.
Mais le dispositif, mal éclairé et étrangement pensé, a vite été pris en grippe par les cyclistes qui y dénoncent un danger. L’association CADR 67 le pointe sur sa page Facebook, le 19 août, démontrant sa dangerosité couplée à son inutilité, les contrevenants pouvant facilement le contourner. Il n’en faut pas plus pour que des internautes narquois le tournent en dérision.
Chose rare, dans les commentaires, Landdry Augier de Lajallet, l’adjoint chargé des mobilités, répond directement. Plus surprenant encore : il dénonce à son tour (il n’a pas donné suite à nos sollicitations) l’installation. « L’exécutif actuel n’a jamais validé un tel dispositif, assure-t-il. Ni l’adjointe de quartier ni moi-même n’avons été informés de cette pose et nous n’avons validé ni son emplacement ni les modalités précises de son installation. Nous partageons donc pleinement le constat que ce dispositif n’est pas adapté à cet emplacement. »
Pas du fait de l’actuelle équipe municipale ? Pas de problème, il suffirait donc de se tourner vers l’ancienne pour comprendre l’esprit de cet aménagement décrié. « C’est fort de café, s’agace Pierre Ozenne, ancien adjoint en charge de ces dossiers, qui assure avoir cru à un montage à la découverte de la photo. Si l’actuel adjoint aux mobilités découvre l’aménagement après cinq mois dans ses fonctions, je m’inquiète pour lui. C’est facile d’accuser l’ancienne municipalité quand un aménagement ne l’arrange pas. » Il assure ne pas avoir validé un tel dispositif qui n’a « pas sa place à un tel endroit ».

Ne reste plus du dispositif démonté que des clous dans le sol.
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© Nicolas Skopinski / France Télévisions
Impossible, donc, de savoir qui l’a ordonné. En revanche, l’équipe municipale actuelle l’a d’ores et déjà fait retirer. Désormais, ne reste plus dans le sol que les trous ayant servi à fixer les dangereuses barrières. Tandis que l’on prend la photo de l’équipement actuelle, un fatbike semble n’avoir eu que faire de ces débats et trace tout droit à travers la zone piétonne, en parallèle.
La fin de l’histoire ? Non. « À la rentrée, nous reprendrons le travail sur la sécurisation de cette piste cyclable en associant les habitants qui nous ont notamment alertés sur des problèmes de rodéos, ainsi que le CADR 67 et les autres associations cyclistes », promet Landdry Augier de Lajallet sur Facebook. Catherine Trautmann voulait « réparer » et « apaiser » Strasbourg lors de son élection. La tâche s’annonce encore longue.