Utilisée historiquement par les Zurichois pour amener du millet encore chaud à Strasbourg afin de symboliser la rapidité de l’assistance, la marmite possède ses secrets. En un demi-millénaire d’histoire, elle a connu des amitiés, des guerres, a failli être détruite, avant d’être à nouveau exhibée aujourd’hui.
Certains ont la colombe, d’autres un rameau d’olivier. Strasbourg et Zurich ont… une marmite pour symboliser la paix et l’amitié qui les unit. À l’occasion de la Hirsebreifahrt, les deux villes se souviennent de leurs liens passés, quand, symboliquement, les Suisses apportaient une marmite de millet encore chaud à leurs alliés.
Cette alliance, concrétisée en 1456 après des décennies de proximité, sera réaffirmée en 1576, dans un contexte de solidarité entre villes protestantes. La Hirsebreifahrt devient alors véritablement un symbole politique de l’alliance. Et par extension : la marmite.

Les restes de la marmite originale ayant symbolisé l’amitié entre Strasbourg et Zurich, au musée historique de Strasbourg, le 22 août 2026.
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© Cathy Huber / France télévisions
Ce symbole, aujourd’hui exhibé au musée historique de Strasbourg, a subi les affres du temps, mais pas seulement. Car l’ustensile a gardé en lui les traces de conflits bien postérieurs, au cours desquels l’amitié ancestrale a rejailli. En 1870, la France et la Prusse, qui allait devenir à l’issue du conflit l’Allemagne unifiée, entrent en guerre. Strasbourg subit un intense bombardement d’artillerie au cours du siège. Le couvent des dominicains, où sommeille la marmite, est touché de plein fouet et s’embrase. Dans l’incendie, le symbole d’amitié s’abîme irrémédiablement. La fumée et la chaleur ont-elles contribué à convoquer des sentiments anciens ?
Toujours est-il que Zurich, avec Bâle et Berne, va venir au secours de son ancienne ville sœur. En plein siège, une délégation suisse intervient auprès du commandement allemand et obtient l’autorisation de faire sortir de Strasbourg une partie de la population civile particulièrement vulnérable : femmes, enfants et vieillards, ainsi que des personnes blessées. Les chiffres varient selon les sources, autour de 1 400 à 2 000 personnes.

La Suisse secourant les douleurs de Strasbourg pendant le siège de 1870, oeuvre de Bartholdi.
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© Romainbehar / Creative Commons
Cette action humanitaire est commémorée par le spectaculaire monument de Bartholdi à Bâle, inauguré en 1895 : « la Suisse secourant les douleurs de Strasbourg pendant le siège de 1870 ». Le monument associe d’ailleurs deux mémoires : sur son socle figurent à la fois l’évacuation des Strasbourgeois en 1870 et la Hirsebreifahrt de 1576. Une promesse d’assistance tenue par les voisins suisses, 300 ans plus tard, alors que l’Europe venait de changer à jamais.