Par

Margot Nicodème

Publié le

23 août 2026 à 19h10

Leurs physiques contrastent irrémédiablement dans la salle d’audience du palais de justice de Lille (Nord), alors qu’ils ne sont séparés que de quelques mètres. Lui, 56 ans, à la chevelure grisonnante sur un crâne dégarni, paire de lunettes sur le nez, et l’air un peu hagard dans le box des prévenus. Elle, 15 ans, cheveux longs joints en queue de cheval, visage poupon et silhouette frêle, accompagnée de sa mère sur le banc des parties civiles. Ce jeudi 20 août 2026, le tribunal livre les détails de leurs rencontres, qui se sont étalées sur plusieurs mois entre 2025 et 2026, à Wattrelos, Roncq, Loos. Le prévenu est jugé pour avoir eu recours à la prostitution avec cette mineure, et une autre, qui n’est pas présente. Sa monnaie d’échange ? De l’argent, mais surtout des « cadeaux », tous ceux dont une adolescente peut avoir envie. Les juges l’ont condamné.

« J’étais amoureux d’elle » : à Lille, un homme de 56 ans jugé pour recours à la prostitution avec une mineure de 15 ans

Printemps 2025. Ils nouent le contact par le biais de la petite-cousine du prévenu, elle aussi âgée de 15 ans et amie de la jeune plaignante, que nous prénommerons Léa*. « C’est parti d’une blague », dit le prévenu. « Blague » qu’il conviendrait de requalifier de proposition indécente, puisqu’il a cherché à savoir si Léa était prête à « coucher » avec lui contre 300 €. Par l’intermédiaire de sa cousine, qui a joué les entremetteuses, une rencontre est organisée dès le lendemain, au domicile du quinquagénaire.

Une relation sexuelle a lieu à l’étage, alors que ladite cousine attend au rez-de-chaussée. L’homme finit par déposer les deux adolescentes au centre commercial Westfield Euralille, en leur donnant 200 € pour une session shopping. Dès lors, l’homme de 56 ans et la jeune fille de 15 ans multiplient les rencontres, chez lui, dans un logement qu’on lui prête. Les relations sexuelles ne sont pas toujours ponctuées de remises d’argent, mais quasi systématiquement de cadeaux – des habits, bijoux, du parfum – à l’attention de Léa.

Sommé de s’expliquer au tribunal de Lille, le quinquagénaire livre une version que beaucoup jugeraient lunaire. « J’étais amoureux d’elle. Il n’y a pas eu d’argent, mais des cadeaux, parce que je l’aimais. Pour moi, c’était ma copine », dit-il, imperturbable. Il fait d’ailleurs la distinction avec une autre mineure de 15 ans, avec laquelle il a eu des relations sexuelles. Cette dernière, qui est aussi partie civile dans l’affaire et représentée le 20 août par son avocate, recevait exclusivement des sommes d’argent.

Avec Léa, c’étaient des attentions personnelles, cherche-t-il à faire comprendre depuis le box. Pendant plusieurs mois, ils se sont vus jusqu’à deux fois par semaine, et l’adolescente a été un temps filmée sans le savoir pendant leurs rapports sexuels. Des vidéos que le prévenu a menacé d’envoyer à ses parents, à chaque fois qu’elle prenait de la distance avec lui ou envisageait de rompre la relation, explique Léa.

Il était gentil avec moi mais manipulateur. Je regrette absolument tout.

Léa, mineure de 15 ans qui se livrait à la prostitution.

Fin 2025, le prévenu se rend chez la mère de Léa pour, menace-t-il l’adolescente, tout lui révéler. La mineure prend les devants et relate tout de cette relation incluant des avantages, suscitant la colère de son frère.

Ce jour-là, les deux hommes frôlent l’altercation physique, et le prévenu sort un couteau de son véhicule pour se défendre. La querelle n’ira finalement pas plus loin, mais la vérité éclate au grand jour et l’action judiciaire démarre.

Père de 3 enfants, il ne « sait pas pourquoi il a fait ça »

L’homme, père de trois grands enfants, répond sans résistance aux questions de la présidente. « Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. J’ai toujours été attiré par des femmes matures. »

L’avocate de Léa et de sa mère, de son côté, décrit une mineure sous emprise. « À plusieurs reprises, elle tente de mettre fin à cette relation, mais il était sans cesse en train de la harceler. » Elle requiert 2 000 € au titre du préjudice moral de Léa, et 1 000 € pour celui de sa mère, décrite comme encore profondément perturbée par la découverte d’un tel secret.

L’avocate de la seconde jeune fille de 15 ans, au parcours chaotique – elle a été abusée sexuellement étant enfant, puis s’est adonnée à la prostitution alors qu’elle était placée en famille d’accueil – réclame pour le préjudice de sa cliente 10 000 €.

Une peine de 4 ans de prison ferme pour le Nordiste de 56 ans

Le procureur s’interroge : avec 41 ans d’écart, le prévenu pouvait-il sérieusement croire à une histoire d’amour entre elle et lui ? Ses réquisitions sont lourdes, 5 ans de prison dont un an avec un sursis probatoire pendant 2 ans, et son maintien en détention. Il requiert également une interdiction de porter une arme pendant 3 ans, eu égard au couteau qu’il transportait dans sa voiture, et une interdiction définitive d’exercer une activité au contact de mineurs.

Le tribunal requalifie finalement les faits de recours à la prostitution avec non pas une, mais plusieurs mineures. Le Nordiste est déclaré coupable, il écope de 5 ans de prison dont un an avec un sursis probatoire pendant 2 ans et est maintenu en détention. Il a interdiction d’entrer en contact avec les mineurs victimes pendant 3 ans, et est condamné à verser 2 000 € à Léa, 1 000 € à sa mère et 1 000 € à la seconde mineure victime. Son nom sera inscrit au Fichier des délinquants sexuels (Fijais).

*Le prénom a été changé

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