Par

Jade David

Publié le

23 août 2026 à 7h12

À neuf ans, Léa Jamelot découvre le kayak alors qu’elle est en colonie de vacances. Elle tombe amoureuse de ce sport et continue à le pratiquer en loisir dans un club nautique en Bretagne. À l’âge de 15 ans, elle rejoint le Pôle France de Rennes – un centre d’entraînement – où elle reste pendant huit ans avant de rentrer à l’INSEP – l’Institut national du Sport, de l’Expertise et de la Performance – à Paris. C’est à l’occasion d’un stage d’une semaine à Toulouse en 2018, qu’elle découvre la Ville rose… et en tombe amoureuse. Elle y a très vite emménagé, et maintenant qu’elle a fini sa carrière d’athlète professionnelle, elle y commence le chapitre de sa nouvelle vie. Son nouveau départ.

Un coup de cœur immédiat

« Je me suis baladé un soir et je me suis cru en Espagne, dans la même semaine, j’ai visité un appartement », se rappelle la kayakiste olympienne Léa Jamelot. Elle a alors emménagé à Toulouse en 2018, où elle a pu se préparer aux Jeux Olympiques de Tokyo. La jeune femme y a participé en 2020, à Tokyo, après une première expérience au Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016.

Toulouse rassemblait tout ce dont Léa avait besoin : « J’ai toujours choisi là où j’habitais par rapport aux centres d’entraînements, et il y en a qu’à Paris (Vaires-sur-Marne), Rennes, Nancy et Toulouse. Toulouse, c’est une ville dans laquelle je me sens bien. »

« Je ne me voyais pas rendre ma carte d’identité de sportive de haut niveau »

En 2024, Léa Jamelot n’a pas été sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Paris, ce qui a amené à une période de remise en question. Elle est alors partie six mois en Australie pour réfléchir. À son retour, elle a effectué 420 kilomètres à la pagaie, en parcourant le canal de Nantes à Brest. Le but de cette démarche était de boucler sa carrière sportive en parcourant le canal sur lequel elle avait initialement découvert le kayak, et dont elle ne connaissait qu’une seule partie.

Mais acter une fin de carrière est plus compliqué que ce qu’on pourrait penser. La jeune athlète a d’ailleurs commencé à dire qu’elle arrêtait sa carrière de kayakiste au moment où elle a pu commencer un nouveau projet dans la Ville rose. « Je ne me voyais pas rendre ma carte d’identité de sportive de haut niveau sans avoir quelque chose à côté », justifie Léa.

De kayakiste à gérante d’une péniche

« Je rêvais d’être entrepreneure mais je me suis toujours dit qu’il fallait une idée hyper innovante », explique-t-elle. Et pourtant non, depuis le mois de mai 2025, la kayakiste gère la Péniche Saint-Louis, amarrée au Port Saint-Sauveur. Ce lieu ne lui était pourtant pas destiné.

Un jour, un ami lui envoie l’annonce d’une péniche à vendre. Elle la visite et rencontre même certains propriétaires des péniches alentour. Elle la trouve finalement trop grosse pour elle toute seule et abandonne l’idée. Une décision que Jean-Marc Lasserre et Patrice Kermarrec – les propriétaires de la Péniche Saint-Louis avec qui elle a pu sympathiser – ne soutiennent pas. Ils ont aimé son projet et lui proposent alors de s’associer avec eux.

Créer une institution dans la ville

Ce nouveau projet est alors la bonne alternative pour Léa qui est « terrorisée de l’ennui et de ne plus être intéressante ». « Je me suis construite dans la vie de sportive, hyper intense, alors je me suis demandé comment est-ce que j’allais réussir à retrouver cette intensité », raconte-t-elle.

Au final, elle a trouvé beaucoup de parallèles entre la préparation olympique et le fait de monter une boîte. « Je peux avoir un deuxième chapitre tout aussi intéressant », a réalisé l’athlète. Son ambition à long terme est que la Péniche Saint-Louis devienne une institution à Toulouse.

Elle veut y mêler business, sport et activités originales. Elle a déjà pu organiser des entretiens d’embauche sur des canoës suite à une demande de France Travail. Il est également possible de la réserver pour des événements professionnels, ou de particuliers. Cet été, Léa a testé un concept qui a su séduire les Toulousains : le canoë-brunch.

Lier deux passions

Cette péniche permet alors à Léa Jamelot de mêler ses deux vies : celle d’entrepreneuse et de sportive de haut niveau. Elle aimerait d’ailleurs avoir son propre parc à bateaux pour pouvoir proposer des activités nautiques sur le plus long terme. Les idées pullulent d’ailleurs dans l’esprit de Léa : « Ce qui est génial, c’est que la moindre idée que t’as dans la tête tu peux la tester. C’est passionnant, ça me rappelle le sport de haut niveau. Il n’y a pas de routine. »

Un de ses objectifs est également de mettre les entrepreneurs au centre de plusieurs événements. « Ce que j’adore, c’est de pouvoir rencontrer d’autres entrepreneurs, par le biais des collaborations par exemple. J’aimerais bien mettre en place des rendez-vous durant lesquels on pourrait se retrouver et discuter des problématiques qu’on rencontre, etc. », précise la jeune femme.

Le sport, toujours dans sa vie

La jeune femme ne souhaite pas mettre le sport de côté dans sa vie. Elle aimerait alors organiser des projections de grandes compétitions sportives, inviter des athlètes pour qu’ils puissent parler de leur sport ou encore des stages d’accompagnement sportif de haut niveau qui sont en fin de carrière.

Effectivement, ça a été une phase compliquée dans la vie de la jeune femme qui est passée par « une zone de gros brouillard ». Elle en a également fait un film qui s’intitule « Léa, la vie d’après ? ». Elle s’y pose de nombreuses questions, notamment sur son identité au-delà du sport, et sur comment rebâtir une vie professionnelle et personnelle après 16 ans de vie consacrée à la compétition.

Ce n’est pas pour autant que le kayak ne fait plus partie de sa vie. « J’en fais toujours, mais un peu moins, je n’aime pas en faire seule. Je veux garder ce sport dans ma vie, je l’aime vraiment au-delà de la compétition », explique la jeune femme. « La première fois que je suis montée dans un kayak, à neuf ans, je me suis immédiatement dit que c’était exotique, je me suis sentie comme Pocahontas », se rappelle Léa Jamelot. Une sensation qu’elle ne perdrait pour rien au monde.

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