Depuis quelques semaines, l’écologie politique semble de nouveau prise en tenaille : Rousseau regarde vers Mélenchon, Jadot vers Glucksmann, tandis que Tondelier tente de tenir une ligne autonome et unitaire. Cette scène, nous venons presque de la vivre à Montpellier aux municipales. Une municipale n’est pas une présidentielle, mais la mécanique se ressemble.

Trois stratégies s’affrontaient chez les écologistes montpelliérains.

La première : un retour dans le giron de Delafosse et du PS, malgré une politique municipale de plus en plus éloignée d’une écologie de transformation : bétonisation, orientation sécuritaire, positionnement pro-israélien, projet de CSR, un incinérateur à plastique, en pleine ville.

La deuxième : suivre LFI et sa ligne, c’est-à-dire construire son pôle autour d’Oziol et demander aux autres de s’y rallier, avec une tête de liste fixée à l’avance et malgré le silence pesant de LFI sur le CSR, René Revol, alors maire LFI de Grabels, portant pourtant ce projet pour Delafosse à la Métropole. Oziol, très identifiée à la ligne mélenchoniste, restait clivante, y compris chez les insoumis·es locaux, notamment du fait de son soutien à Quatennens après sa condamnation pour violences conjugales et de ses responsabilités dans l’appareil électoral de LFI au moment des investitures très contestées de juin 2024, dénoncées comme une purge.

La troisième voie, portée par Jean-Louis Roumégas et Coralie Mantion, visait une alternative écologiste, sociale et citoyenne, indépendante du PS, sans tête de liste imposée, avec l’abandon du CSR comme marqueur. Rien de marginal, au contraire : en juin 2025, elle recueille 68,62 % des suffrages des écologistes montpelliérains. Mignacca, adhérente des Écologistes à Montpellier depuis les précédentes municipales et ayant rapidement accédé à des responsabilités nationales dans le parti, en est alors l’une des principales actrices. Elle porte cette ligne aux côtés de Jean-Louis Roumégas et est placée deuxième des douze premiers candidat·es.

En septembre, Jean-Louis Roumégas, Coralie Mantion et Mignacca présentent d’ailleurs ensemble le Printemps montpelliérain, réunissant Les Écologistes, L’APRÈS et Génération·s, bientôt rejoints par l’Assemblée des quartiers puis SDE. La ligne est claire : ne pas repartir avec le PS, construire au contraire une liste aussi large et plurielle que possible, et mener une campagne collective autour d’un projet de justice sociale et de transformation écologique. Il s’agit d’en finir avec la ville à deux vitesses héritée du frêchisme, avec plusieurs marqueurs politiques forts, au premier rang desquels l’abandon du CSR. Une démarche et un projet alors pleinement défendus par l’ensemble de la liste, Mignacca comprise.

Puis un sondage de décembre place le Printemps à 7 %. Quelques semaines plus tard, Mignacca quitte le navire, rejoint Oziol, sans que le différend sur le CSR ait été publiquement tranché, le flou continuant de régner chez LFI.

Elle devient ensuite l’une des animatrices des Verts populaires, étiquette créée pour l’occasion. Des échanges avec Bompard, révélés dans les médias, montrent que leur développement s’inscrit dans une recomposition nationale, sur fond de futures négociations électorales et législatives. Quelques semaines après les municipales, les Verts populaires rejoignent officiellement la campagne de Mélenchon pour 2027.

Derrière Montpellier se dessine ainsi une stratégie plus large : découper les Écologistes, attirer vers le pôle mélenchoniste l’aile la plus compatible avec LFI, renvoyer l’autre vers le PS ou Glucksmann.

C’est ce qui s’est produit localement : alors que Mignacca rejoignait Oziol, une autre aile écologiste repartait avec Delafosse. L’espace qui rassemblait pourtant près de 70 % des écologistes montpelliérains s’est retrouvé broyé entre les deux pôles.

Résultat : le Printemps tombe à 4,72 % au premier tour, Oziol obtient le plus faible score électoral de LFI à Montpellier depuis 2022, avec 15,36 %, Delafosse recueille 33,41 % et est réélu au second tour en écrasant ses adversaires.

On peut discuter des erreurs du Printemps. Mais un fait demeure : une stratégie soutenue par 68,62 % des écologistes neuf mois avant le scrutin termine à 4,72 % après avoir été dépecée entre PS et LFI. Et le bénéficiaire final aura été… Delafosse.

Pendant ce temps demeurent les vraies questions pour l’avenir de Montpellier : CSR, bétonisation, logement, inégalités, services publics dont l’école, la santé…, accès à une alimentation saine, adaptation aux canicules, aux sécheresses et à la raréfaction de l’eau…

Bref, une question demeure : quel modèle de ville voulons-nous ? Sortir du frêchisme ou continuer à en subir les conséquences ?

C’est là que Montpellier devient une inquiétante répétition générale.

À l’échelle nationale, Rousseau regarde vers Mélenchon, Jadot vers Glucksmann, tandis que Tondelier et les partisans d’une dynamique unitaire et plurielle, autour d’un programme de type NFP, sont pris en tenaille. Les acteurs diffèrent, mais les rôles se ressemblent : Mignacca hier, Rousseau aujourd’hui ; des écologistes repartis avec Delafosse hier, le pôle Jadot-Glucksmann aujourd’hui ; Jean-Louis Roumégas, Coralie Mantion et le Printemps hier, Tondelier et les unitaires aujourd’hui.

LFI peut ainsi espérer conquérir l’hégémonie sur la gauche de transformation en éclatant les Écologistes, tout en attirant, du fait des dangers de l’extrême droite et des catastrophes écologiques qui ne font que commencer, une partie du NPA et des forces de la gauche de rupture aujourd’hui en recomposition, tandis qu’une autre partie serait repoussée vers le pôle social-libéral de Glucksmann.

À l’arrivée, sans doute un pôle mélenchoniste dominant, mais sur un champ politique rétréci. Une LFI hégémonique, certes, mais hégémonique sur une gauche trop faible et trop fragmentée pour accéder au pouvoir, dans un contexte où, pour l’instant du moins, le mouvement social demeure particulièrement atone.

La même responsabilité incombe bien évidemment à celles et ceux qui, au PS et autour de Glucksmann, préfèrent enterrer le NFP, son programme et sa dynamique, et reconstruire la ligne dévastatrice portée par Hollande en son temps.

Pendant que chacun cherche boutiquièrement à absorber ou marginaliser l’autre, les crises sociale, écologique et démocratique s’aggravent dangereusement. L’enjeu n’est pas de savoir qui dominera une gauche rétrécie, mais de construire une force capable de gagner et d’enfin lancer la bifurcation pour construire une société robuste.

À Montpellier, l’écartèlement et les manœuvres ont fait gagner Delafosse. En 2027, ils pourraient faire gagner l’extrême droite, avec le RN, ou une droite ultralibérale et productiviste autour de Philippe.

Montpellier n’annonce pas nécessairement 2027. Mais on vient d’y voir comment quelques-un·es peuvent gagner leur bataille d’appareil pendant que, collectivement, le peuple de gauche perd la bataille pour la majorité et la possibilité de changer la vie.

Il faut une dynamique large, unitaire et plurielle des gauches et des écologistes. Pas un ralliement, encore moins une soumission.

Il est encore temps de ne pas rejouer la pièce.