Jean-Luc Mélenchon, le 23 août 2026 à Valence ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

Jean-Luc Mélenchon, le 23 août 2026 à Valence ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

La proposition de Jean-Luc Mélenchon d’annuler une partie de la dette française suscite l’ire du gouvernement, du bloc central et de l’extrême droite, à l’aube du dernier budget avant une campagne présidentielle où la question de la réduction de la dette devrait être centrale.

Dimanche, le candidat de la gauche radicale à l’élection présidentielle de 2027 a de nouveau proposé que la Banque centrale européenne (BCE) « mette au congélateur les dettes des États en commençant par celles de la période Covid ».

Partant du constat que 18% de la dette française est détenue par la Banque de France, Jean-Luc Mélenchon affirmait déjà fin juin qu’il « suffit d’y aller, de les prendre et de les foutre au feu » et que « personne ne s’apercevra jamais que ça a disparu ».

« C’est se moquer du monde, c’est prendre les Français pour des lanternes, c’est mettre en danger la signature de la France », a martelé lundi le ministre de l’Economie Roland Lescure sur BFMTV/RMC à propos de cette idée.

Côté soutien, Jean-Luc Mélenchon peut compter sur le banquier d’affaires et homme de gauche revendiqué Matthieu Pigasse, invité des universités d’été de La France insoumise (LFI).

« Le mur de la dette n’existe pas. C’est un argument idéologique imposé pour nous dire qu’on ne peut rien faire (…) La France emprunte chaque semaine sans aucun problème », a développé celui qui a déjà restructuré les dettes grecque, ukrainienne ou argentine.

« La réalité, c’est que Jean-Luc Mélenchon, s’il fait ce qu’il dit, avec Monsieur Pigasse à ma place, c’est la crise financière assurée », a répliqué Roland Lescure mardi, alertant sur une possible flambée des taux français.

« Les créanciers, qui nous prêtent, qui disent +ah bah l’Etat français vient de dire merde à 20% de sa dette. Ils vont dire quoi? Moi je vous prête plus à quatre, je vous prête à quatre et demi, je vous prête à cinq+ ».

Lundi, le taux d’intérêt de la France à 10 ans était à 4,11%, après avoir dépassé jeudi 4,14%, au plus haut depuis la crise financière de 2008.

Le banquier d'affaires Matthieu Pigasse aux universités d'été de LFI, le 22 août 2026 à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse aux universités d’été de LFI, le 22 août 2026 à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

Même son de cloche chez le Premier ministre Sébastien Lecornu, pour qui une telle politique « détruirait l’actif le plus important de notre pays, la confiance ». « Si la France, qui doit lever 310 milliards d’euros cette année, reniait sa propre signature, qui nous prêtera encore ? », a réagi dimanche le chef du gouvernement.

L’exécutif n’est pas le seul à avoir réagi : Gabriel Attal a dénoncé mi-août un discours « délirant », tandis que Jordan Bardella a échangé dimanche une passe d’armes sur le réseau social X avec Matthieu Pigasse, accusant ce dernier de « raconter n’importe quoi ».

« Contraire aux traités européens »

Très critiquée politiquement, la proposition de Jean-Luc Mélenchon se heurte également à des obstacles juridiques.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'un déplacement à Merignac, le 17 août 2026 ( POOL / Christophe ARCHAMBAULT )

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d’un déplacement à Merignac, le 17 août 2026 ( POOL / Christophe ARCHAMBAULT )

« Geler la dette publique détenue par la Banque centrale européenne, c’est contraire aux traités européens, qui garantissent son indépendance opérationnelle », explique à l’AFP Xavier Ragot, président de l’Institut français d’économie (IFE).

« Les verrous qu’imposent les traités européens ne représentent pas une loi de l’économie mais un choix institutionnel, aujourd’hui daté », plaident quant à eux une cinquantaine d’économistes, dont certains proches des Insoumis, dans une tribune parue dans le Nouvel Obs.

Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et signataire de la tribune, juge qu’effacer cette partie de la dette française est « techniquement, comptablement, institutionnellement possible », mais reconnaît « une vraie difficulté politique ».

« Si l’Eurosystème ne le veut pas, personne ne peut lui imposer, en vertu du principe d’indépendance » des Banques centrales, indique l’économiste.

Sollicitées par l’AFP, ni la Banque de France ni la Banque centrale européenne n’ont commenté.

L’ensemble de la dette publique française atteignait 3.536,1 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2026, soit 75,6 milliards de plus qu’à la fin 2025, et 117,5% du Produit intérieur brut (PIB), selon les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).