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Cinq saisons et L’Immortel : une plongée dans la mafia qui ne laisse aucun répit
Gomorra accroche d’abord par son absence de romantisme. La violence n’y offre aucune grandeur rassurante : elle constitue un moyen de gouverner, de punir et de survivre. Les alliances sont fragiles, les personnages imprévisibles et les rapports de force continuellement remis en jeu. Ce mouvement permanent explique en grande partie le caractère addictif de la série.
Là où d’autres fresques criminelles installent patiemment une figure centrale, Gomorra fait de l’instabilité son moteur. Personne ne semble durablement à l’abri, et chaque décision peut modifier l’équilibre d’un clan. Tournée presque entièrement dans les lieux qu’elle représente, la série tire également sa force de Naples et de ses quartiers, qui ne servent jamais de simple décor. L’environnement, les rues et l’enfermement social donnent une densité particulière aux luttes de pouvoir. Sur cinq saisons, cette approche compose moins une galerie de gangsters qu’un système où l’ambition finit par contaminer toutes les relations. Pour les lecteurs qui découvriraient seulement cet univers, ou ceux qui souhaiteraient en reprendre le fil, l’intégrale des cinq saisons et le film L’Immortel sont disponibles sur Canal+. Une occasion pratique de suivre l’ensemble de la saga avant d’en explorer les racines.

Les origines remonte à l’instant où Pietro Savastano a basculé
La préquelle déplace le regard sans abandonner la question centrale de Gomorra : comment le pouvoir criminel finit-il par devenir un horizon ? En 1977, Pietro n’a que 15 ans. Élevé dans l’un des secteurs les plus pauvres de Secondigliano, il survit avec ses amis grâce à de petits larcins commis à mobylette. Luca Lubrano lui prête ses traits, tandis que Francesco Pellegrino incarne Angelo « la Sirène », le « roi » du quartier que l’adolescent rêve d’égaler. Mais la naissance d’un futur parrain ne se résume pas ici à une succession d’actes violents. La rencontre avec Imma, jeune musicienne interprétée par Tullia Venezia, introduit une autre possibilité : l’amour comme refuge, voire comme salut. Ce tiraillement donne au récit initiatique son enjeu le plus intéressant. Derrière la légende du chef de clan apparaît un garçon encore capable d’hésiter.
Réalisateur des quatre premiers épisodes, coscénariste et superviseur artistique, Marco D’Amore connaît intimement cet univers puisqu’il incarnait Ciro Di Marzio dans la série originale. Francesco Ghiaccio dirige les deux derniers volets. Le ton annoncé s’inspire d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone : à l’hyperréalisme du Naples contemporain succède ainsi une ville plus belle, presque fantasmée. Ce choix visuel promet moins une imitation de la série mère qu’un regard différent sur la mémoire, la jeunesse et la fabrication d’un destin.
Les origines peut donc séduire autant les fidèles que les nouveaux venus. Les premiers connaissent l’homme que Pietro deviendra ; les seconds découvriront comment un adolescent attiré par le pouvoir entre dans un jeu qui le dépasse. C’est précisément là que Gomorra demeure si prenante : elle ne demande pas seulement qui va gagner, mais ce que chacun devra perdre pour y parvenir.