Emmanuel Macron et le prince Mohammed ben Salmane sur le perron de l’Elysée, ce lundi 24 août. JEANNE ACCORSINI/SIPA / JEANNE ACCORSINI/SIPA
Emmanuel Macron a reçu ce lundi 24 août le prince héritier d’Arabie saoudite pour une visite consacrée aux crises du Moyen-Orient, mais aussi au rapprochement économique, avec l’annonce officielle d’un projet « colossal » financé par Ryad pour créer trois parcs d’attractions près de Paris, dont un sur l’univers des mangas.
La venue de Mohammed ben Salmane à Paris a permis de concrétiser les discussions, qui avaient filtré durant l’été, pour faire naître un parc potentiellement dédié à Dragon Ball sur le site de l’ancien parc Mirapolis dans le Val-d’Oise, fermé il y a 35 ans avec son énorme Gargantua.
Parmi l’ensemble des accords signés (partenariat de défense, etc.), c’est Emmanuel Macron qui a choisi de braquer les projecteurs sur cette « annonce sans précédent » : « 6 milliards d’euros d’investissements » saoudiens pour la création de trois parcs d’attractions à Cergy-Pontoise, avec « 22 000 emplois » directs attendus. « Du jamais vu depuis Disneyland Paris », s’est-il félicité.
« Une opportunité historique »
Les élus locaux ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. « C’est une belle manière de terminer l’aménagement de cette ville nouvelle qui a plus de 50 ans », s’est ainsi félicité auprès de l’AFP Jean-Paul Jeandon, président de la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, choisie pour accueillir les futurs chantiers.
« C’est un projet d’envergure », ajoute l’élu, soulignant qu’il « nécessiterait, bien évidemment, une concertation avec les élus, avec les habitants ». A l’échelle du département, l’un des plus jeunes de France comptant « 16 000 jeunes qui entrent sur le marché du travail chaque année », rappelle-t-il, « c’est une énorme opportunité pour eux de pouvoir trouver des emplois qui leur correspondent. »
Dans un communiqué, le groupe de La Gauche d’Île-de-France s’est aussi dit favorable au projet, pour le dynamisme de la région. « Si nous avons des réserves sur la manière présidentielle d’aménager le territoire francilien, ce projet pourrait générer des milliers d’emplois en Ile-de-France et tout particulièrement dans le Val d’Oise », peut-on y lire.
Sur ce point, l’accent est mis sur une requête : la mise en place, avec le porteur du projet, de « clauses sociales permettant la formation et l’embauche de jeunes franciliens. » « Le choix de ce site constitue une opportunité historique pour améliorer la branche Cergy du RER A qui souffre d’une fréquence réduite, dénoncée depuis des années par les élus locaux », pointe également le communiqué.
Des chantiers sur plusieurs années
Ce projet « est né d’une discussion entre le président de la République et le prince héritier en décembre 2024 » à Ryad, lorsqu’ils ont découvert leur « passion commune » pour les mangas « et notamment Dragon Ball Z », a ajouté une conseillère d’Emmanuel Macron.
Les thèmes des deux autres parcs n’ont pas été précisés. Le chantier doit s’étaler sur plusieurs années, sans calendrier défini à ce stade.
Interrogée sur le fait de confier ce projet à Ryad, malgré les critiques sur son bilan en matière de droits humains, la présidence française a mis en avant que la France en serait la « bénéficiaire ». « A aucun moment quand on attire un projet, on cherche à donner des leçons ailleurs », s’est-on borné à répondre.
Mohammed ben Salmane a parcouru en quelques années un chemin spectaculaire : mis en cause par le renseignement américain pour l’assassinat en 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul, un temps isolé sur la scène internationale, il est désormais un partenaire stratégique courtisé par les grandes puissances. Celui qui est surnommé « MBS » a toujours nié avoir ordonné ce meurtre.
« MBS », un interlocuteur redevenu incontournable
Sa réception à l’Elysée en 2022 avait suscité la colère des ONG de défense des droits humains. Plusieurs syndicats de journalistes français ont cette fois encore qualifié la visite de « provocation ».
La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine en février 2022 et les bouleversements énergétiques ont rappelé le poids de Ryad, acteur pétrolier majeur, tandis que le royaume cherche à renforcer son autonomie diplomatique en développant ses relations avec Washington, Pékin et Moscou, mais aussi la Turquie et le Pakistan. De l’Iran au Liban en passant par l’énergie et la défense, « MBS » est devenu un interlocuteur incontournable au Moyen-Orient.
Après avoir assisté ensemble dimanche soir à Paris à la finale de l’Esports World Cup, organisée pour la première fois hors d’Arabie saoudite, le chef de l’Etat et le prince ont présidé lundi la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé lors de la visite d’Emmanuel Macron à Ryad fin 2024.
Dans une déclaration conjointe, les deux pays ont affiché leur entente sur l’Iran, en appelant à une « solution négociée » et à un rétablissement de la navigation sans péages dans le détroit d’Ormuz, ou sur Gaza, en exhortant à mettre en œuvre l’accord sur le désarmement du Hamas.
Ils ont aussi exigé « la fin de la politique de colonisation israélienne » qui « menace la solution à deux Etats », palestinien et israélien, qu’ils avaient tenté ensemble, mais en vain, de relancer l’an dernier.
Paris et Ryad doivent aussi co-organiser une conférence pour soutenir les forces armées libanaises et l’intégrité territoriale du Liban, qui a été repoussée sine die en mars en raison du déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Aucune date n’est mentionnée, mais la déclaration conjointe évoque un engagement à « intensifier leurs efforts vers une résolution finale du conflit au Liban ».